14/09/2008

Les Démons de Dexter / Jeff Lindsay

J'étais prêt. Oui, j'étais prêt, définitivement prêt à sortir l'artillerie lourde, à savoir le dictionnaire encyclopédique des superlatifs. J'étais même tout disposé à en inventer quelques uns, histoire d'illustrer l'intérêt croissant que j'avais porté à Jeff Lindsay et à son héros ambivalent, Dexter.

Trois mois venaient de passer depuis le jour où j'avais appris que le troisième tome allait enfin paraître. Trois mois que j'attendais avec une impatience toute juvénile, que mon portefeuille vibrait sous mon costume, en proie à une fébrilité que je ne lui connais guère. Trois mois, enfin, que je battais le rappel à droite et à gauche, auprès de tous ceux à qui j'avais vivement conseillé de lire Ce Cher Dexter et le Passager noir (rebaptisé Dexter revient lors de sa sortie en poche), que je laissais des post-it sur le bureau de mes collègues de travail: "Tremblez. Bientôt, Dexter se rappellera à vous...".

Sans nul doute, il s'agissait là des séquelles laissées par l'enchantement de la lecture des premiers tomes : maîtrise parfaite des intrigues, un narrateur dont l'absence totale d'émotion ne peut laisser indifférent et, cerises sur le gâteau, un humour et un cynisme ravageurs. Une alchimie si évidente que les studios américains ne s'y sont pas trompés en faisant de Dexter, une excellente série.

De fait, je n'ai pas pu m'empêcher de me poser la question suivante : Dexter, victime de son succès télévisuel ? Car ce troisième tome est une bien belle daube des familles, qu'on se le dise.

Ce n'est pas dans mes habitudes de parler ainsi d'un livre mais là, franchement, difficile de faire autrement. Dans cette histoire, Dexter n'a pas seulement perdu son Passager noir, cette entité indispensable à l'exécution de ses crimes. Il s'est aussi défait de tous ses attraits pour finalement revêtir un costume dont la trame est composée ainsi : 40% grand-guignolesque - figurez-vous que c'est confirmé, les enfants de la compagne de Dexter, brisés, ont en eux le même potentiel pour devenir des tueurs en série et insistent pour que leur beau-père se décide à les initier -, 30% stupidité - l'un de ces mêmes enfants voit les ombres noires planer au dessus des gens très très méchants - 20% absurdité - Dexter succombe aux notes de musiques sacrificielles résonnant dans sa tête et se livre naturellement à ses kidnappeurs - 10% vide -

-.

On ressort de cette lecture avec le sentiment que Jeff Lindsay a bataillé dur pour donner un semblant de forme à tout ça. Il n'aurait pas dû se donner cette peine.

7 commentaires:

Manu a dit…

Bon, ben je n'ai pas encore lu les premiers tomes (chouette, je sais déjà que je ne dois lire que les deux premiers ;-) ) et je n'ai malheureusement pu voir que le premier épisode de la série (diffusée trop tard dans mon plat pays). En plus, j'adore l'acteur qui était déjà excellentissime dans "Six feet under".

Bref, tout ça pour dire que j'hésitais à lire cette série. Je l'ajoute à l'infinie liste (je crois que je vais devoir demander à mon chat une de ses vies, en espérant qu'il lui en reste :-/ )

BiblioMan(u) a dit…

Le pire avec ce genre de situation où les premiers tomes sont vraiment prenants et le suivant nettement moins, c'est que je risque de lire le prochain en me disant que l'auteur aura su retrouver son personnage et ce qui fait qu'on l'apprécie.
Au fait, si ton chat est généreux, je suis preneur ;O)

Manu a dit…

Le vilain m'a répondu qu'il les gardait toutes pour lui ! Pffffff trop gâté :-D

BiblioMan(u) a dit…

Il faut lui faire du chantage à la gamelle, on sait jamais ;O)

Less a dit…

Bon. Je vais me contenter des deux premiers, on dirait.

BiblioMan(u) a dit…

A mon avis, si tu es aussi emballé que je l'ai été pour les deux premiers, tu voudras quand même essayer le troisième. J'ai même rempilé pour avec le quatrième plus tard. J'avais entendu dire qu'il redressait encore un peu la barre mais si c'était mieux que le troisième, c'est parfois un peu too much. Et un nouveau doit sortir le mois prochain je crois. A ce que j'ai lu, la série n'a plus rien à voir avec ces ouvrages et c'est tant mieux. Après je me demande dans quelle mesure l'auteur - qui doit bien avoir vu la série - n'est pas parasité par le succès et les scénarios adaptés. ça demande à être fouillé.

Christelle Pigere Legrand a dit…

Je suis d'accord. Ce troisième volet se révèle bien décevant par rapport aux deux précédents, et ce, malgré l'écriture délicieusement ironique de Jeff Lindsay.
Ma critique complète se trouve ici :
http://www.christelle-pigere-legrand.com/les-demons-de-dexter-jeff-lindsay.php