17/02/2009

Peindre au noir / Russell James

Suite au décès de l'un de ses plus proches amis, Sidonie Keene, 85 ans, une femme au panache avéré et à la personnalité bien trempée, se fait un devoir de se rendre aux funérailles. C'est l'occasion rêvée pour Hugo Gottfliesh, un marchand d'art sans scrupules. Il envoie l'un de ses sbires , Ticky, fouiller la maison de la la vieille femme afin de confirmer ses soupçons. Il est en effet persuadé que Sidonie possède encore des tableaux de sa défunte sœur, Naomie Keene, dont l'apparition régulière de toiles sur le marché n'a eu de cesse de faire grimper sa cote. Cette intrusion marquera le début des confessions de la vieille femme, de ce que fut sa vie mondaine dand les années trente en Angleterre et de ses voyages fréquents en Allemagne.

Une nouvelle fois, le Mal incarné par le régime nazi s'invite dans le polar. Du déjà vu apparemment, d'autant qu'il est ici question d'art et de ténébreux secrets que d'aucuns auraient tout intérêt à laisser enfouis. Seulement Russell James aborde sa plongée dans l'Histoire d'une manière tout à fait surprenante, voire dérangeante au premier abord. Il apporte un éclairage nouveau sur certains aspects historiques de l'entre-deux guerres, méconnus, en ce qui me concernait : l'adhésion aux thèses fascistes par toute une partie d'européens encore ébranlés par les ravages de la crise de 29, et admiratifs en quelque sorte de la renaissance de l'Allemagne dans un contexte encore plus ardu.

En donnant la parole à une vieille femme partageant les thèses fascistes, Russell James cherche à ébranler le lecteur (cela fonctionne à merveille) mais en dehors de toute adhésion à l'ensemble des propos de Sidonie, il tend à montrer que le Mal n'était en aucun cas perpétré ni partagé par des monstres, des êtres assoiffés de sang et de revanche coûte que coûte, mais bel et bien par des êtres humains ancrés dans une époque bouleversée, ce qui lui a conféré un poids d'autant plus redoutable.

Néanmoins, c'est à travers ces focus récurrents et cette mise en garde implicite - personne n'est à l'abri - que l'histoire a sombré en cours de route. Elle n'est plus parvenue ensuite à se remettre à flot, pas même avec ses personnages pourtant délicieux et une fin trop vite prévisible.

"Il nous offre un roman noir d'une exceptionnelle tenue, un portrait dense et documenté de la figure du Mal dans toutes ses ambiguïtés.", mentionne la quatrième de couverture. "Documenté". C'est exactement cela. A un point tel que j'ai vraiment eu l'impression que partie documentée et partie fictionnelle ont évolué en parrallèle sans jamais parvenir à se confondre tout à fait, ne permettant pas à ce polar d'accéder au rang de "roman noir exceptionnel".

Intéressant et instructif, certes, mais souvent redondant, Peindre au noir, ne sera jamais parvenu à faire baisser mon désintérêt grandissant.

Peindre au noir, Russell James, traduit de l'anglais par Corinne Julve, Fayard (Fayard noir), 458 p.

4 commentaires:

Manu a dit…

J'aime lire des romans se déroulant pendant la seconde mondiale (ou la première) mais ceux qui mettent en scène les petites gens, pas les romans policiers ou les romans noirs. Donc, je ne note pas celui-ci, surtout que tu as émis des réserves à son sujet.

BiblioMan(u) a dit…

Les deux ne me semblent pas indissociables (les petites gens dans les romans policiers ou noirs). En fait, je crois que ça dépend du traitement que l'on en fait. Là, je n'ai pas adhéré. En revanche dans le genre, il y a un bouquin qui me fait de l'oeil et qui relate les enquêtes d'un inspecteur sur le front de la guerre 14-18, je crois que c'est la "cote 512" de Thierry Bourcy (si je me trompe, qu'on n'hésite pas à rectifier). Mais je comprends ce que tu veux dire :O)

Manu a dit…

C'est bien ça ! Il est noté dans ma LAL celui-là. Si tu aimes la guerre 14-18, dans un autre genre (quoi que souvent considéré comme policier par certains), je ne peux que te conseiller le romancier belge Xavier Hanotte qui a écrit plusieurs romans qui tournent plus ou moins (certains plus, d'autres moins) autour de ce thème. Sinon, il y a aussi "Le der des ders" de Daeninckx qui est pas mal.

BiblioMan(u) a dit…

Oui, j'ai lu le "der des der". Pour le Hanotte, je le connais de nom mais je ne l'ai jamais lu. Ah sinon, il y a un autre bouquin superbe, mais vraiment, "Siegfried, une idylle noire de Harry Mulisch". Avec tout ça, on est loin de manquer de lecture, il me semble.