07/10/2010

L'Amour est une île / Claudie Gallay + interview de l'auteure.

Claudie Gallay signe une nouvelle fois un roman de grande qualité. Je me doute pourtant qu’elle était attendu après le succès des Déferlantes, d’ailleurs, moi, je l’attendais le roman suivant.

Et je ne suis pas déçue.

Contrairement à Carlos Ruiz Zafon qui après l’énorme buzz créé par l’Ombre du vent, nous avait resservi de l’Ombre du vent dans le Jeu de l’ange, Claudie Gallay, elle, a su s’extraire totalement de ses déferlantes, voire même de l’intégralité de son œuvre, pour nous convaincre encore du fait qu’elle est une grande, une très grande écrivain.

Avignon, l’été de la grève des intermittents du spectacle. Avignon caniculaire, Avignon qui saigne. Notez tout de suite qu’il s’agit là, de la première fois, que l’auteur intègre aussi concrètement son texte dans une époque.

Odon Schnadel possède un théâtre, le Chien fou, dans lequel cette année, il présente la Nuit rouge, pièce écrite par Paul Selliès, jeune auteur mort sans avoir été reconnu par le public. Sans même savoir que son texte serait publié. Marie, Marie l’écorchée vive, l’enfant de la trainée, la fille de Marie-Madeleine, la sœur de Paul Selliès, vient à la rencontre d’Odon, pour essayer de comprendre son frère, mort.

Et puis il y a Mathilde, dite, la jogar. La comédienne avignonaise reconnue internationalement qui revient au pays, après des années d’absence, alors qu’elle est au sommet de sa beauté, de son succès et de sa carrière. Mathilde l’ancienne maîtresse d’Odon. Mathilde est revenue....

Autour du texte de Paul Selliès va s’ouvrir une pièce, un lien, une intrigue entre Odon, Marie et Mathilde, dont l’issue retentit encore sous mes cellules mais dont je ne peux absolument rien vous dévoiler.


Une fois de plus, Claudie Gallay a réussi à m’extraire totalement de la surface de la terre pour quelques heures... et je n’aurai pas les mots pour la reconnaissance, m’entendez vous.

Bien au delà d’un simple roman, elle déroule sous nos yeux et entre nos mains, une tragédie contemporaine au cœur de son texte. Tout y est.

Le Choeur, porté par les intermittents en grève, qui hurle à la trahison, les héroïnes, la jalousie, les rapports frère/sœurs (récurrents dans toute l’ œuvre de l’auteur), la religion, le sacrifice, la vengeance, l’amour, la filiation, l’amitié, le théâtre.

Le tout dans une ambiance caniculaire, dans cette ville dont je reconnais au fil des pages les moindres recoins, qui n’est autre d’ailleurs que la ville de l’auteur elle-même. Avec jusqu’au bord des narines, les odeurs de cuisine, les lumières, le fleuve, la péniche.

Et puis, et puis il y a aussi, les personnages secondaires, capitaux. Ceux là même qui avaient contribué à la force ravageuse des Déferlantes, qui avaient aidé l’auteur a tout balayer sous le passage de sa plume.

Il y a Odile, la sœur de Jeff, enfermée avec ses 4 fils solaires et nus, il y a Jeff, l’homme à tout faire, du théâtre et de la péniche d’Odon, Julie la fille de Nathalie et d’Odon, les acteurs de la troupe d’Odon, et Isabelle. Isabelle reine magnifique à la peau usée par les ans, pilier du festival, amoureuse transie de la vie et de la jeunesse, des arts, ayant côtoyé chez elle les plus grands de Gérard Philippe à Calder en passant par Willy Ronis. Isabelle la reine, dont l’appartement servira de refuge à Marie loin de chez elle.

Et on retrouve toute la force physique de l’écriture de Claudie Gallay. Le rythme du roman est guidé par la mise en page. Une page et demie grand format de chez actes sud, jusqu’à trois maximum, et on reprend son souffle, on plisse les yeux, et on repart. Sous le soleil de plomb au cœur de cette tragédie aux symptômes modernes de l’auto mutilation par exemple ou de l’anorexie.

Et on tremble avec Marie qui porte sa fragilité avec une grâce vulgaire, on tombe amoureuse de la force et de la générosité d’Odon, on irait bien manger avec Odile et se faire raconter des histoires du temps d’avant chez Isabelle. Et on observe de loin, la beauté arrogante de Mathilde, on lorgne du côté de son succès et on ressent pour quelques secondes, ce pouvoir immense donné par un public, celui de la reconnaissance.

Et on comprend avec une force qui a à voir avec nos intimités que chaque chose porte en elle son contraire, que de l’amour naît la mort, et que nous n’y pourrons jamais rien. Que rêver et faire naitre la poésie reste une arme, puissante et si belle contre les fragilités de nos vies qui ne tiennent qu’à un souffle.

Gallay râpe nos peaux avec des phrases sans verbes. Courtes pour la plupart. Elle fait siffler à nos oreilles des phrases qui tombent comme des couperets. Elle invoque aussi pour nos esprits et contre leurs formatages à la chaîne, les contes et légendes, ou l’ancien testament, le requiem de Mozart, la poésie de Pessoa, les photos de Nan Goldin, et celle de la misère qui naît partout, même au fond des bouges.

Claudie Gallay réécrit pour nous, pour nos mémoires et nos épidermes, pour nos souffles et nos vies, une Antigone à faire pâlir Anouilh, et moi, je retiens mon souffle, jusqu’au jour où je pourrai à nouveau l’interviewer pour vous.


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2 commentaires:

Karine:) a dit…

J'ai lu plusieurs billets sur ce roman mais c'est la première fois que je suis tentée. Cette idée de tragédie moderne me plaît beaucoup.

Marie-Pierre Soriano a dit…

Et bien me voilà toute remplie de fierté :-) En espérant que vous ne soyez pas déçue à présent. Bonne lecture, et surtout n'hésitez pas à poussez les portes de "l'univers Gallay"...ses anciens romans, pourtant méconnus (à part les Déferantes bien sûr) sont excellents.