06/09/2010

may le monde / Michel Jeury

J’ai immédiatement répondu un oui de principe à la proposition de Biblioman(u) d’écrire ici, à l’occasion, quand le cœur m’en dirait. J’y avais pensé de mon côté. Puis, je crains de le dire, j’ai un peu dit non. Je lis beaucoup, ce qui ne signifie pas grand chose quant à la capacité de mes lectures. Particulièrement s’agissant de SF : je suis un dévoreur de mondes. Je crois sincèrement qu’alors je lis pour oublier. Un roman de SF est une branche d’où ululer dans mon coin à la lune. Je ne suis pas un lecteur éclairé de SF, je suis une sorte de taupe, j’y creuse mes obscurités. Entendons-nous : rien de plus facile que l’obscurité ; c’est la lumière qui est complexe. Je lis comme un ogre, un rien me guide vers mes cavernes aveugles – devine et songe. Ce qui à mes yeux me disqualifie complètement en tant qu’exégète. Je ne compte plus les chiteries que j’ai lues, soyons franc, aussi. Il me paraitrait fort peu élégant de commenter ces mésamours passagères ; on se trompe souvent quand on n’aime pas inconditionnellement. J’avais d’abord dit oui puis j’avais reculé. Ce n’est pas rare dans mon cas. Le ventre plus gros que les yeux. Je préférais me taire. J’avais connu certains petits mondo paradisio tout au long de l’été mais j’avais manqué de coup de foudre. On ne le dit pas assez : il arrive souvent que le plus gros travail soit celui du lecteur… Difficile toutefois de résister n’est-ce pas à un super héraut. D’autant qu’il est patient, attentif et toujours prêt à vous faire découvrir un nouveau livre, c’est-à-dire vous-même, cet autre ; sa sélection se fait de plus en plus serrée, il a ajusté ses antennes, il vous empathe pour finir tout entier ; à la fin de l’envoi il touche.

Animé d’une grande gaité de cœur, après que Livre-Homme-(Main), héraut aux supers pouvoirs, me l’a si justement et amicalement proposé à la lecture, je viens donc vous parler, à ma façon (désolé le cas échéant) de may le monde, de Michel Jeury, qui sort aujourd’hui, le zéro six zéro neuf deux zéro un zéro, en France, un peu partout. N’oubliez pas cette combinaison, elle pourrait bien vous ouvrir l’insoupçonné de votre propre monde.

M’est avis qu’existent autant de lectures d’un seul livre qu’il y aurait de mondes parallèles. Non. Qu’il y a de mondes parallèles. A la physique propre, la même une autre. Par exemple l'œuf monde Grandora où s’échangent des rires air-eau, tout gloutants. Où les apprentis-vivants nagent-volent à la rencontre du Mal, la foire aux proies. Les mondes 1 et 2 et celui de la lunatic fringe, marge et théâtre, hors du temps… Ces mondes ont l’air inventé, ce pourrait être ceux des rêves, dont on sait formellement qu’ils sont réels. Je vous les laisse découvrir par vous-même de la façon qu’il vous plaira. La particularité des parallèles est qu’elles ne se croisent pas. On passe de l’une à l’autre en sautant. Sautons à une autre lecture, voulez-vous ?

may le monde à n’en pas douter est un livre de SF. Il est une œuvre d’anticipation. Sa langue est déjà la nôtre, celle de nos enfants, de nos petits enfants, qui sait ? On pourrait la croire décalée, elle est logiquement (et joyeusement) futuriste. C’est dire si elle est attentive, ici et maintenant, à ce qui se dit dans le monde bonobo et alentour. Je ne vais pas vous la faire bonzarchic, voyez par vous-même.

may le monde à n’en pas douter est un livre de SF. Il est une œuvre d’imagination. De toute évidence ses personnages sont tous vrais, ils sont attachants, on les aime aussitôt. Pour autant ils changent d’identité tout le temps, font des sauts de côté, se forment puis se déforment dans un miroitement infini, de monde en monde. Changer/ ne pas est la grande affaire humaine, vous n’êtes pas d’accord ? Nous sommes ici en plein tourbillon. Qui est qui, on ne sait plus qui l’on suit. Filez les personnages, vous comprendrez.

may le monde à n’en pas douter est un livre de SF. Il est une œuvre d’idées. Sur le(s) monde(s), l’humanité, la vie et la mort, les êtres, tous les êtres, homme femme enfant, plantes et bêtes. Il est une œuvre de forêt, de foisonnement, d’ensemencement.

may le monde à n’en pas douter est une œuvre de Science-Fiction. Un auteur, Michel Jeury, y joue de tout son savoir, qui n’est pas mince, pour vous transporter de l’intérieur de votre quotidien vers la fiction. Rien ici n’est bizarre mais tout est étrange. Il tient du Docteur Goldberg autant que de Panthéra la panthère.

Autant de lectures que de mondes parallèles. Il y aurait tant et tant à dire. Lisez, à vous de jouer, à vous de sauter. Dans may le monde, bien sûr, il y a may. Comme joli mois de. Comme peut-être. Peut être, je devrais dire. Une fillette charmante, vivante à un point. C’est une autre lecture ici tout à coup, faite par un homme à une fillette malade, délicatement, chaleureusement, une lecture de chevet, un souffle dans la nuit, un espoir et une élévation, un calme et une rage, une réinvention… Et vice et versa.
On nous dit que Michel Jeury, auteur prolixe, fait retour à la Science-Fiction. Il me semble moi bien plutôt qu’il ouvre des perspectives le long desquelles j’espère me laisser changer à nouveau. Le plus tôt sera le mieux.

Merci aux éditions Robert Laffont et à Blog-O-Book pour cette lecture.

Torcol


may le monde, Michel Jeury, éditions Robert Laffont (Ailleurs et demain), 403 p.

9 commentaires:

Guillaume44 a dit…

Merci pour cette chronique, très intéressant.

Lhisbei a dit…

Nelfe a un avis totalement contraire et m'encourage à ne pas le lire.
ton billet n'est pas fait pour me rassurer tout de même. ;)

Nelfe a dit…

Effectivement, j'ai un avis totalement contraire au tien. Après tout, les goûts et les couleurs... Pour moi, cette lecture a plus relevé du suplice que du plaisir. L'écriture ne m'a pas du tout transporté, les personnages m'ont laissé de marbre et l'ensemble m'a semblé indigeste.

Espérons que les lecteurs avertis de Jeury ne soient pas déçus par ce virage à 180°.

Pour les écritures révolutionnaires, tout en restant dans la SF, je maintiens: "Des fleurs pour Algernon" est un vrai chef-d'oeuvre.

El Jc a dit…

Les avis divergent de fort belle manière, il faudra sans doute se faire sa propre opinion.

Brize a dit…

Je note seulement que tu as aimé (et que les avis divergent) mais je ne lis pas ton billet pour le moment : j'avais l'intention de lire le roman et j'ai envie de le découvrir.
Et après, je reviendrai comparer nos points de vue !

Less a dit…

Qu'on aime ou non, le livre ne semble pas laissé indifférent. Je vais devoir le lire on dirait...

BiblioMan(u) a dit…

Torcol est retourné temporairement dans sa grotte. Effectivement, les avis semblent diverger. La question de la langue semble être l'un des points d'accroche du roman. Comme le disent El JC et Less, il semble qu'il faut se lancer soit même dans l'aventure pour se faire une réelle idée. A moins que d'emblée le titre n'attire pas plus que ça.
@Brize : on guette ton avis !

Brize a dit…

Mon avis ne viendra pas dans l'immédiat car, pour le moment, j'en suis à attendre son acquisition par la bibliothèque !

Brize a dit…

Je ne suis pas aussi enthousiaste que Torcol, dommage.