01/10/2009

Communiqué


BiblioMan(u) a perdu la majorité de ses pouvoirs. Il se serait échoué dans un livre dont il ne parviendrait pas à ressortir malgré son envie constante de découvrir encore et encore de nouveaux auteurs, de continuer l'exploration de ceux qui l'ont émerveillé. Et avant que toute communication soit définitivement rompue avec lui, nous avons tout de même pu lui poser certaines questions.

‒ Qu'est-ce que tu fous, bordel ?

‒ Ben quoi, ça se voit pas, je lis.

‒ Et t'en es à quelle page, parce que ça fait un moment que t'as plus écrit là, tu t'en rends compte?

‒ 1435.

‒ Et c'est bien ?

‒ Super.

‒ Monsieur nous a habitué a être plus bavard. Qu'est-ce qui se passe?

‒ Je lis.

‒ Et peut-on espérer que BiblioMan(u) la grosse tête nous fasse part de ses commentaires.

‒ Hum... ?

‒ Et peut-on espérer que....

‒ Si je le fais, ce ne sera pas avec mon costume.

‒ Quoi ?

‒ Grommfff... on était vraiment obligé d'en arriver là ? J'ai perdu mes pouvoirs, voilà.

‒ Non ?

‒ Si.

‒ Oh, mon dieu, mais c'est terrible !

‒ C'est une question de point de vue. Moi je trouve pas ça si mal. Il est temps de passer à autre chose.

‒ Ah, et c'est quoi autre chose ?

ça, par exemple, qui me tient vraiment à cœur et où je pourrai toujours écrire des chroniques sur le blog Blabla , et à plein d'autres projets qui fourmillent de ci de là et qui ne demandent qu'à voir le jour. Autre chose, quoi. Qui change, qui se renouvelle et ne s'ancre pas, d'une certaine manière, dans une sorte de routine ronronnante.

‒ Alors voilà, c'est tout, c'est fini ?

‒ Ouaip'. Je lis.

‒ Et quand t'auras fini de lire, tu vas faire quoi ?

‒ Prendre un autre bouquin et... aller lire les autres blogs où tout un tas de passionnés s'en donnent à cœur joie, notamment Jean-Marc, Sandrine, Claude, Brize, El JC, Henri la grande gueule et de tant d'autres. Ah, et puis faudrait pas qu'elle croit que je l'oublie, La Manu ! Parce qu'il va sans dire que j'aurai toujours un énorme plaisir à lire ses chroniques, et à lui laisser des commentaires pour qu'elle lise enfin Le Croque-Mort a la vie dure !

‒ Oh, arrête... tu vas nous faire chialer...

‒ …

‒ …

‒ …

‒ … et là, tu lis toujours ?

‒ Oui. Je garde tout en mémoire, et puis, je tourne la page.

28/09/2009

Blabla



A l'heure où j'écris ces lignes, Blabla est encore sur la rampe de lancement. Le décollage est prévu aujourd'hui à 12 h 10 de notre méridien. Et si vous vous demandez à quoi peut bien ressembler ce module c'est par ici :

22/09/2009

Le Festin d'Alice / Colin Thibert


Découvrir un auteur, en ce qui me concerne, c'est un peu comme débarquer en territoire inconnu. Je suis d'abord un peu déboussolé, désappointé. Et puis, une fois mes marques prises, j'observe, j'explore, je m'imprègne et, au final, soit j'espère me retrouver en terrain connu, sur des rivages plus cléments, soit je profite pleinement du séjour et, quand vient la fin, je ne demande rien de mieux que de revenir sous les mêmes latitudes, avec l'espoir et la ferme intention d'être à nouveau surpris.

C'est sur cette dernière impression que j'ai terminé Le Festin d'Alice. Jusqu'à présent, je ne connaissais de Colin Thibert que le nom, pour l'avoir aperçu sur les étagères des librairies ou des médiathèques, sans jamais franchir la frontière qui me mènerait à son univers. Et pour tout dire, dans les premiers chapitres de cette histoire ô combien savoureuse, je me suis plusieurs fois demandé dans quoi j'avais bien pu m'embarquer.

Le Festin d'Alice commence en effet sur les chapeaux de roue avec une descente de police d'envergure. Il ne s'agit pas de débouler sur la scène d'un braquage ni d'appréhender de gros revendeurs de drogue. Non, l'interpellation s'effectue dans un appartement-ravioli, où une vieille Chinoise coordonne la cuisine de plats asiatiques dans des conditions ignorant les normes d'hygiène et de salubrité, le but étant de les revendre ensuite à des restaurants chinois. En amateur de science-fiction, je me suis félicité que l'odorama pour les livres n'ait tout compte fait pas encore été inventé - ici, l'évocation se suffit à elle-même. Mais tout de même, la scène surprend par son côté surréaliste ; par sa disproportion au regard des faits. Seulement, en ouvrant la fenêtre du quotidien, sur lequel le polar semble désormais avoir pignon sur rue, je me suis rendu compte que non, à bien y réfléchir, ce n'était pas si absurde - après tout, on voit bien des bambins en garde à vue pour moins que ça...

Cette fenêtre, Colin Thibert prend soin de la laisser ouverte tout au long de son récit, en jouant sur l'humour et le divertissement. Alors, on se familiarise avec cette magnifique Alice, cette somptueuse Alice, cette envoûtante Alice, fonctionnaire à la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, qui, contre toute attente fait main basse sur le magot de la vieille Chinoise, ainsi que sur un carnet dont elle espère bien tirer profit. Pour cela, elle entraîne dans son sillage un ancien chercheur au CNRS devenu traducteur. Et bientôt, la mafia chinoise se met de la partie.

Chassés-croisés, quiproquos, coïncidences, l'histoire roule et se déroule, servie en cela par toute une galerie de personnages auxquels on peine à trouver des qualités, même si, d'une certaine façon, c'est aussi cet aspect qui les rend si drôles et sympathiques, contribuant à faire du Festin d'Alice un roman qui ne manque ni de piquant, ni de... croquant.

Le Festin d'Alice, Colin Thibert, Fayard noir, 361 p.

Ainsi soit-il / Eli Gottlieb

A l'image de ce roman, je vais faire dans la brièveté. Enfin, je vais m'y essayer...
La mort tragique de son ami d'enfance pour lequel il vouait une admiration presque démesurée est l'occasion pour Nick de mettre noir sur blanc la souffrance qui l'habite et le ronge au jour le jour. Crise de la quarantaine, dit-il pour se rassurer, mais la source de sa douleur est bien plus profonde. En songeant sans cesse à Rob, jeune écrivain talentueux qui aurait tué sa compagne avant de se donner la mort à son tour, Nick ne fait rien d'autre qu'ouvrir la boîte aux secrets, laissée jusqu'à présent aux bons soins du subconscient.

Ainsi soit-il n'est pas un roman exceptionnel comme la collection de l'ouvrage nous inviterait à la penser. Au contraire. Il se lit aisément, ce n'est pas le problème mais il possède malheureusement un problème de taille : il fait preuve d'un manque d'originalité total. J'ai eu tout au long de sa lecture l'impression d'avoir déjà lu maintes et maintes fois la même histoire sous d'autres plumes. Les révélations qui sont faites sont pour le moins attendues. Et celle qui conclut le livre, qui se voulait de taille, ne percute pas et ne surprend pas non plus.

En un mot : bof.

Une impression partagée avec Brize

Ainsi soit-il, Eli Gottlieb, traduit de l'américain par Nathalie Perrony, 10- 18 (Les exceptionnels) 280 p.

13/09/2009

Les Voies de l'ombre. Tome, Stigmate / Nathalie Hug et Jérôme Camut


La suite, donc. Voici un peu plus d'un mois, je vous avais fait part de mon engouement pour le premier tome des Voies de l'ombre, Prédation, de Jérôme Camut et Nathalie Hug. Sans même penser une seule seconde que la déception pourrait être au rendez-vous, je me suis naturellement engouffré dans ce deuxième tome, pour retrouver Kurtz et tous ceux qui gravitaient autour de lui : chasseurs, traqués et victimes, alliés... ces catégories pouvant parfois se confondre tant les frontières entre les uns et les autres sont devenues logiquement et presque inévitablement floues.
Continuant d'affiner la psychologie de Kurtz, notamment à travers ses carnets qui ponctuent le récit, les auteurs en profitent aussi pour dépeindre les impacts et les cicatrices laissées sur les survivants de ce tueur hors norme. Et si, une fois de plus, le livre se lit assez vite – les phrases sont courtes, le style est alerte, comme on dit –, il n'en reste pas moins que plusieurs aspects, s'articulant sur divers pans de l'histoire, m'ont tour à tour interpelés, voire agacés jusqu'à freiner l'élan qui m'avait porté sur cette lecture.
La démonstration tendant à prouver que Kurtz n'est ni une bête ni un monstre sommaire, mais bel et bien un humain victime d'une société incurable, incapable de se contrôler et multipliant les dérapages de toutes sortes, ne m'a pas semblé concluante. Contrebalancée par les situations auxquelles le tueur manipulateur s'est trouvé confronté, celle-ci a même perdu de son crédit.
A travers plusieurs scènes, c'est en effet le côté surhumain qui ressort. S'il est aisé d'accepter l'intelligence du personnage, de la considérer comme le canevas essentiel de l'intrigue, il est plus difficile en revanche, la lecture faisant son petit bonhomme de chemin, de l'appréhender comme normale, ou humainement normale. Car c'est cela qui m'a gêné en fin de compte, de ne jamais avoir de surprise quant au sort de Kurtz, de ne jamais douter de son issue, même lorsqu'il semblait pourtant bel et bien plié.
Ajoutez à cela des scènes frôlant l'invraisemblable, des tergiversations et des réactions des victimes du tueur parfois difficilement crédibles, et le fait aussi que les carnets de Kurtz, dans ses invectives contre l'homme en société, m'ont farouchement rappelé un certain nemo on the net de Malhorne (un petit air de redite), et je referme le livre un tantinet déçu, même si je ne l'ai pas lu sans déplaisir non plus. Mais bon, autant j'avais tourné, viré autour de mes livres pour changer d'horizon alors qu'en fait je n'aspirais qu'à retrouver l'ambiance du premier tome des voies de l'ombre, autant je ne sais pas si je tenterai la plongée dans le troisième.
Les Voies de l'ombre. Tome 2, Stigmate, Le Livre de Poche (Policier/Thriller), 593 p.

02/09/2009

La Rivière rouge / John Hart

Cela fait maintenant cinq ans qu'Adam Chase s'est vu obligé de quitter sa ville natale pour New-York. Après avoir été acquitté du meurtre d'un jeune étudiant, il n'avait pas supporté les soupçons que sa famille portait encore à son égard. Et pour cause ! Sa belle-mère, la femme de son père, avait témoigné contre lui lors de son procès, persuadée de l'avoir vu commettre le crime.
Mais Adam ne voit pas d'autre alternative possible que de revenir chez lui dès lors que son ami d'enfance lui demande de lui porter secours, sans être plus précis pour autant. Seulement, à peine de retour, voici qu'un nouveau cadavre est découvert. Et comme de bien entendu, Adam devient le suspect idéal.

Je décrirais volontiers mes livres comme des thrillers ou des romans à énigmes mais ils tournent aussi autour de la famille. […] J'ai souvent dit que les dysfonctionnements familiaux constituaient une matière littéraire très riche, et c'est vraiment le cas. C'est un terreau fertile, idéal pour cultiver les secrets et les coups bas, et en faire des histoires explosives. (John Hart)

Voilà exactement le genre de thriller n'ayant pas d'autre prétention que celle de raconter une histoire et de se jouer du lecteur en l'amenant à explorer des pistes dont il se doute bien qu'elles le mèneront à des impasses. A ce titre, John hart est assez habile dans la manière qu'il a eu de tisser les fils de son intrigue. Bien évidemment, on le sait d'emblée, le retour d'Adam et le nouveau meurtre qui survient aussitôt, seront l'occasion d'éclaircir la première affaire encore jamais élucidée. Et l'auteur, par petites touches subtiles distribue toutes les cartes au lecteur, de sorte que celui-ci se trouve au fur et à mesure en possession de plusieurs mobiles, tenant tous la route. Et si l'identité du coupable lui a déjà effleuré l'esprit, c'est avec une phrase, une seule, une phrase à vous glacer les sangs, que la révélation s'opère.

Comme souvent maintenant, il convient de ne pas toujours faire confiance aux références citées en quatrième de couverture (John Hart, selon le Bookmark magazine soutiendrait la comparaison avec Raymond Chandler et John Grisham – j'en vois déjà qui grincent des dents. La Rivière rouge ressemble sans doute à bon nombre de thrillers, jouant sur des leviers qui ont fait leur preuve, mais John Hart a tout de même su y distiller une atmosphère prenante, si prenante que le livre se lit vite, très vite. De là à dire qu'il laissera un souvenir impérissable, ça, c'est une autre histoire...

La Rivière rouge, John Hart, traduit de l'anglais par Hélène Hiessler, JC Lattès, 405p.

06/08/2009

Prédation / Nathalie Hug et Jérôme Camut

Un corps nu est retrouvé dans une zone désaffectée, le bras arraché suite à l'explosion d'un bracelet qu'il avait au poignet.Un homme se tire une balle dans la tête, en plein centre commercial. Un autre se réveille dans une cellule, avec pour dernier souvenir sa balade avec sa fille dans un square de Paris. Trois affaires, trois mystères sur lesquels plane l'ombre d'un être machiavélique se faisant appeler Kurtz. Ce dernier se joue des hommes comme certains le font des bêtes. Il enlève des couples, ou des enfants et leurs parents, les sépare et les soumet à des missions, avec le chantage comme moyen de pression, avec la vie de l'autre, l'être aimé, dans la balance. Bien sûr, ces événements ne sont pas sans interpeler la police, et c'est à l'inspecteur Rufus Baudenuit, un râleur désabusé, alcoolique à ses heures, que va incomber l'insigne honneur de remonter la trace de Kurtz. La partie n'est pas des plus aisées.

On entend encore ici et là que le polar ou les romans policiers ne sont que des sous-genres de la Littérature (et je ne parle même pas de la science-fiction) avec un grand L. Souvent, le thriller est lui-même perçu comme un sous sous-genre du polar, autant dire sans grand intérêt si ce n'est celui d'offrir un bon moment de lecture-détente. Et quand bien même ! On aurait tort de se priver, non ? Tant que l'histoire est bonne, que le style et l'intrigue tiennent la route. Ah, et que les ficelles ne soient pas trop grosses, tant qu'à faire.

Et parmi toute la masse de thrillers qui paraissent chaque année, il arrive qu'il y en ait (plusieurs , heureusement !) qui sortent du lot. C'est le cas de Prédation. Parce qu'avec celui-ci, Nathalie Hug etJérôme Camut n'ont pas cédé à la facilité, parce qu'ils n'ont pas jeté leur texte sous prétexte qu'ils tenaient une bonne histoire. Bien mieux, ils sont parvenus à écrire un thriller où l'énigme ne repose pas sur l'identité d'une personne, ou en tout cas, pas sur son dévoilement. Car c'est bel et bien autour de Kurtz, avec Kurtz, d'une certaine manière, que les auteurs ont bâti leur livre. Tout tourne autour de sa folie, de son génie, de son amoralité. Il est l'électron libre autour duquel gravitent un ensemble de personnes, pour le moins intéressantes elles aussi. Qu'il s'agisse d' Andréas, détenu par Kurtz, ou de Beaudenuit, un énième revêche solitaire à la descente facile, de Cécile son assistante, ou même des enfants séparés de leurs parents, tous sont tenus, maîtrisés. Comme dans tout bon film populaire réussi qui se respecte (et, passage obligé, on ôte bien sûr le caractère péjoratif que ce terme colporte désormais), Kurtz remplit à merveille son office de « Méchant » révèle une identité complexe que nous n'avons d'ailleurs pas fini d'explorer. Il ne fléchit pas. Son intelligence ne vacille jamais au détour d'une page, comme c'est ponctuellement le cas dans les thrillers. Mais ça je l'ai déjà évoqué...

Pour finir, on retrouve ici des thèmes chers à Jérôme Camut – et que l'on devine tout aussi chers à Nathalie Hug –, des thèmes déjà explorés dans Malhorne, à savoir la nature de l'homme, le formatage qu'il subit, conditionné par un environnement souvent hostile. Sans oublier non plus l'individualisme croissant et galopant se caractérisant par une indifférence notoire sur ceux qui nous entourent, sorte d'acceptation, voire de déni, des folies relayées quotidiennement par nos chers outils d'information.

Alors je sais que l'heure est aux vacances (enfin, hum..., pour certains...), mais justement, si vous voulez vous laisser entraîner par un thriller digne de ce nom, haletant et tout le toutim, je vous fiche mon billet qu'avec Prédation, vous n'êtes pas au bout de vos peines... Et c'est peu de le dire.

Le frisson se poursuit donc avec : Stigmate et Instinct

Prédation, Nathalie Hug et Jérôme Camut, Le Livre de Poche (Thriller), 576 p.

28/07/2009

Le Chevalier errant suivi de l'Epée Lige / George R.R. Martin

Oui, je sais, je sais, je sais. Il n'y a pas si longtemps, j'ai dit ceci : "le bavardage et l'artillerie descriptive en Fantasy me portent à croire que cette littérature n'est décidément plus pour moi."

Et puis cela, plus tard : "tout simplement, je crois ne plus être sensible à l'univers médiéval, aux batailles, à l'aspect stratégico-politique qui touchent à ce genre d'ouvrages."

Cependant, j'avais aussi dit ça : "mais je sais aussi qu'il suffira d'une belle couverture (quand ce ne sera pas la quatrième) ou que je succombe au discours passionné d'un lecteur persuasif pour que j'y remette un coup d'oeil."

Ça n'a pas loupé. En voyant la couverture du Prélude au Trône de Fer, une petite pincée de nostalgie m'a étreint. Des chevaliers en armure, pensez donc ! Ça a de quoi éveiller vos souvenirs de films moyenâgeux, de combats épiques, de tournois où celui qu'on croyait battu à plate couture se ressaisissait (enfin!), se relevait d'un coude, la tête pleine de boue, apercevait son adversaire, un fourbe de la première heure, lequel venait de se tourner, les bras levés, vers une foule en émoi et une princesse déconfite. Vous connaissez la suite, non ? De la force à revendre quand on le croyait au trente-sixième dessous, et l'heure de la raclée a sonné. Du Rocky Balboa à la sauce médiévale, si vous voulez, une recette qui avait fonctionné en son temps.

Il y a donc eu cette réminiscence à laquelle se sont greffés les propos unanimement élogieux autour du Trône de Fer. Le roman étant assez court, je me suis dit que ce serait une bonne manière d'avoir un aperçu de l'univers créé par George R.R.Martin, sans pour cela me lancer d'emblée dans un cycle à rallonge.

En règle générale, je vois d'un mauvais œil les parutions fonds de tiroir que les éditeurs balancent en librairie une fois qu'une série a connu le succès : prélude à, l'aube de, préquelle à... Comme si, d'une certaine manière, on allait éditer un bouquin avec deux ou trois novellas en attendant les épisodes suivants qui tardent à venir. Des a priori pas toujours justifiés.

Une fois balayé celui concernant cet ouvrage, dont les titres qui le composent étaient déjà parus dans les anthologies de nouvelles réalisées par Robert Silverberg, la surprise était au rendez-vous. George R.R. Martin a du style, de l'expérience aussi, cela se sent. Très vite, on se retrouve emporté dans son univers où action, humour et personnages forts forment un mélange détonnant. Pas besoin de dons, de pouvoirs ou de magie à tous crins pour cela, et c'est tant mieux. Pour un peu, on serait enclin à penser que l'auteur fait figure d'extra-terrestre dans le paysage de la Fantasy.

Voilà, il ne me reste donc plus qu'à tremper le premier orteil dans cet océan de mots qu'est Le Trône de Fer.

Le chevalier errant suivi de l'Epée Lige / George R.R. Martin, traduit de l'américain par Paul Benita et Jean Sola, Pygmalion, 269 p.

23/07/2009

Le Pouvoir des cinq. Tome 1, Raven's gate / Anthony Horowitz

Matt Freeman, 14 ans, n'est pas ce qu'on peut appeler un mauvais gars. Depuis la mort de ses parents dans un stupide accident de voiture, il a perdu pas mal de ses repères. Et pour ne rien arranger, la tante chez qui il est allé vivre, ne l'a pas accueilli à bras ouvert. Elle a plutôt vu son arrivée comme une intrusion dans sa vie et le lui a bien fait sentir. Pas de quoi être à l'aise dans ses baskets.

Après s'être fait embringué dans un simple cambriolage qui a mal tourné, Matt est appréhendé par la police et se voit contraint de choisir entre l'emprisonnement ou un programme de réinsertion dans une famille d'accueil, au sein d'un petit village de campagne. Et pour tout dire, c'est là que ses ennuis commencent vraiment.

Voici quelques chroniques, je m'étais étonné du manque de tension et d'angoisse dans un livre de terreur. Ce que je n'avais pas trouvé alors, je l'ai obtenu dans ce premier tome du Pouvoir des cinq d'Anthony Horowitz. Il ne s'agit pas de claquements de dents ou de chair de poule, et, non, je ne me suis pas mis à parler à mon héros en lui disant par exemple : « Non ! Ne va pas par là, malheureux ! ». Mais la part de mystère qui entoure le village et l'attitude de chacun des habitants ont ce je ne sais quoi d'inquiétant qui vous donne envie d'en savoir plus, de lever le voile sur les particularités de Matt, et de découvrir ce que cachent les Portes de l'Enfer, sur le point de s'ouvrir à nouveau. A nouveau, tiens donc...

Raven's Gate, en plus de l'aura de mystère qui l'entoure ne manque pas d'action non plus, et certaines scènes laissent la part belle à l'imagination de l'auteur qui semble s'en être donné à cœur joie pour certaines d'entre elles. Venez faire un petit tour au musée, et vous verrez de quoi il retourne.

Dans l'ensemble les personnages sont assez bien rendus, les bons comme les mauvais. Certains pourront peut-être déplorer un certain manichéisme, mais franchement il ne me paraît pas si marqué que ça non plus. L'histoire l'induit de toute manière et, quelque part, l'ambiance générale règnant dans le livre vient en atténuer les effets. Et puis bien des zones d'ombres restent encore à éclaircir, alors...

Attention toutefois, il semble que cette série soit une réécriture de la série Pentagrame, parue dans les années 80 à la bibliothèque verte, puis rééditée il y a quelques années sous la refonte de la collection Livre de poche jeunesse. Manque d'imagination, histoire de gros sous, ambition cinématographique impulsé par le succès de sa série Alex Rider au cinéma, visée d'un public plus âgé, envie d'améliorer une histoire qui ne satisfaisait pas pleinement l'auteur... les raisons ne manquent pas et je ne m'avancerais pas à en avancer une au détriment d'une autre. Pour tout dire je n'en sais rien. Je me suis contenté de lire Ravens Gate, et ma foi, c'était plutôt agréable. Il s'agit d'un bon livre pour ado qui se lit avec plaisir sans être non plus inoubliable. Mais les prochains tomes Evil Star, Nightrise et Nécropolis contribueront peut-être à emballer la machine.

Le Pouvoir des Cinq. Tome 1, Raven's Gate, Anthony Horowitz, traduit de l'anglais par Annick Le Goyat, Hachette Jeunesse, 331 p.

19/07/2009

Cher amour / Bernard Giraudeau

Bon....
Je connaissais Bernard Giraudeau, comme tout le monde je pense, en acteur français incontournable, en comédien aussi.

Et puis en 2007, j'avais lu et aimé Les Dames de Nage, alors en bonne curieuse que je suis, j'ai lu Cher amour, aux éditions Métaillié toujours, paru en cette année 2009.

Je l'ai lu, "mouais", et puis je l'ai fermé, et je n'y ai plus pensé. Et tout est là.
Voici que Cher amour de Bernard Giraudeau, des semaines après sa sortie, reste en tête des ventes, et est en passe de devenir le best-seller de l'été des français aux côtés des derniers opus de messieurs Musso et Lévy.

Et c'est là, que je me suis demandée si j'étais bien comme tout le monde.
Parce que moi, Cher Amour, et bien cela m'a passablement gonflé.

Bernard Giraudeau s'adresse à une femme qui ne le connaît pas, et qu'il aime en secret, j'imagine (et là j'avoue que je ne suis plus compétente) que ce doit être la première grosse ficelle, car il doit y avoir beaucoup de madames qui en France, rêveraient que Bernard Giraudeau les aime en secret, sans même qu'elles ne le soupçonnent. Rendez-vous compte, Bernard Giraudeau, quand même, qui est officiellement aussi beau à trente qu'à soixante ans !!!!

Mouais 1.

Ensuite, le concept est simple, le message très clair, monsieur Giraudeau nous explique, que si on a pas de sous, ben c'est pas grave, il suffit d'aller au théâtre, et le voyage il est là.
Sauf qu'en alternant un chapitre sur ses souvenirs de voyage au Chili, en Amazonie, au Cambodge et un chapitre sur les souvenirs de théâtre, ben, monsieur Giraudeau, il nous montre bien aussi que lui, il fait les deux.
En temps de crise, où perso, je suis à dix euros près tous les mois, ça a du mal à passer pour moi, comme message.

Enfin, et pour clore cette chronique, je dirais que sur la forme, Giraudeau se cache et se corrompt, derrière des phrases estampillées France "là-bas, il n'est d'ombre que celle de l'oiseau..." par exemple, genre, sur les traces de Victor Hugo, je vous raconte mes souvenirs, de biture dans les ports du bout du monde, mes souvenirs d'homme de théâtre aux côtés par exemple de Fanny (Ardant, ça ça doit être la ficelle pour les messieurs en vacances), alors, que nous, ben, il ne nous reste plus qu'à travailler plus pour gagner plus. Argh.
N'est pas écrivain qui veut.

Cher amour / Bernard Giraudeau, Métaillié

18/07/2009

Le Cauchemar d'Innsmouth / H.P. Lovecraft, texte lu par Victor Vestia, Michel Chaigneau et Hugues Sauvay

Alors bien sûr, H.P. Lovecraft est un classique de la littérature fantastique. L'un des maîtres, diront certains. Son mythe de Cthulu n'est presque plus à présenter, tant et si bien qu'il a même fait l'objet d'adaptations en jeux de rôle et vidéos. Et si j'ai lu il y a bien longtemps, L'Affaire Charles Dexter Ward avec un certain intérêt, j'avoue avoir ensuite été coupé dans mon élan de découverte par le recueil de nouvelles Dans l'abîme du temps. Mon impression d'alors était que les textes se ressemblaient tous plus ou moins – un individu se trouvait confronté à la réapparition des Grands Anciens, sortes de monstres ancestraux bien décidés à reprendre la maîtrise de la Terre, quitte pour cela à semer folie et perte des hommes -, que le style était trop chargé. Il ressortait de mes lectures un sentiment d'étouffement, d'écrasement. C'était d'ailleurs peut-être ce que recherchait l'auteur, faire en sorte de coller l'impact des découvertes et des déconvenues de son personnage central sur le lecteur. Mais en ce qui me concerne, c'est l'aspect plombant qui m'était resté, avec aussi cette conviction : les voies de Dagon et de Cthulu me resteraient à jamais impénétrables.

Cependant, et peut-être cela vous arrive-t-il aussi, je me suis fait la réflexion que je ne pouvais pas arrêter mon point de vue sur aussi peu de matière, car l'œuvre de Lovecraft est assez importante, notamment et surtout à travers ses nouvelles.

L'écouter pouvait aussi donner une dimension supplémentaire à son univers, permettre de l'aborder sous un nouvel angle, l'appréhender d'une manière différente, à savoir devenir le dépositaire direct des révélations d'un homme ayant été confronté, sa majorité à peine acquise, aux pires abominations qu'on puisse imaginer.

Malheureusement, le livre sonore n'a pas contribué à l'appréciation de l'œuvre. Si les bouquins ont des coquilles, les pistes audios, elles, ont des couacs. Des couacs et des voix qui – j'hésite sur le mot, non seulement parce que le concept même des livres lus me paraît utile et intéressant à la fois, mais aussi parce que les éditions Sonobook ont pris le risque d'éditer des bouquins de science-fiction et de fantastique, entre autres, alors forcément ça m'embête de tirer sur l'ambulance – agacent. Outre les problèmes de changements de pistes, en plein milieu d'un monologue, rogné qui plus est, la voix du narrateur est on ne peut plus monocorde. Si monocorde que, suivant la musique des mots, on se retrouve avec des points en plein milieu de phrase, quand on aurait imaginé une virgule. Dommage quand on sait le narrateur littéralement vibrant et bouleversé par l'ambiance délétère régnant à Innsmouth. Mais lorsque l'émotion survient vraiment, lorsque l'horreur est à son comble, la voix du narrateur se contente d'accélérer le débit, troquant ainsi un ton monocorde, donc, pour un autre. Et les quelques incursions sonores (ressac de la mer – j'ai cru que mon lecteur vivait ses derniers instants dans un souffle crépitant – , râles mécaniques de monstres amphibiens), ne pourront rien changer à ma débâcle auditive et littéraire, car malgré tout ceci, mes impressions autour de Lovecraft sont restées les mêmes.
Serait-ce que les voies de Dagon et de Cthulu me soient à jamais impénétrables, nom d'un Necronomicon ?

Le Cauchemar d'Innsmouth / H.P. Lovecraft, Sonobook, 1cd mp3, 2 h 41 min.

15/07/2009

Le Vent du boulet / Fabrice Nicolino

Ça commence par un prologue aux allures d'épilogue. L'affaire est faite, pliée. Enfin... Des noms, des événements, des morts. Beaucoup de morts sur une période somme toute assez courte. Des informations brutes sur lesquelles il est difficile de s'appuyer, de comprendre ce qui s'est noué. Seule certitude, le narrateur Frédéric Tran s'en est sorti. Il est là pour raconter. Et il raconte, avec son cœur, ses tripes, sa douleur, son amertume et sa colère.

Si son ami d'avocat Antoine de Bei n'était pas venu le tirer de son cercueil urbain où il se laissait croupir, Frédéric Tran aurait sans nul doute continué sa lente mais sûre descente vers l'oubli et le néant, vers un vrai caveau cette fois. Ça ne l'aurait pas dérangé outre mesure. Il semblait s'être fait à cette idée. Elle s'imposait comme une évidence, peut-être même se révélait-elle comme une attente à peine formulée.

« Oh merdouille, quelle vie, quand on ne meurt pas pour de vrai. »

Mais le bienveillant entourage de Frédéric voit ça d'un autre œil, en tentant de lui redonner le goût de l'investigation avec laquelle, en tant qu'ancien journaliste, il s'est déjà frotté. Antoine lui demande en effet de reprendre l'enquête concernant l'explosion d'un immeuble à Toulon dont les conclusions ont toujours parues hâtives et suspectes aux familles des victimes, bien décidées à faire en sorte que la vérité éclate au grand jour. Très vite, Tran s'aperçoit que son investigation dérange et les avertissements ne tardent pas à pleuvoir.

« J'avais envie de la chaleur du café en bouche, mais celui de la cafetière devait être froid, et je me suis contenté de regarder deux morts très malheureux de vivre. »


La mort est bien évidemment présente dans cet ouvrage. La mort et les magouilles de tout poil où le poids des victimes collatérales ne pèse pas bien lourd aux yeux de certains. Il est question de violence aussi, brute, sans concession. Elle ne passe pas forcément par le style lui-même, mais plutôt par la description d'un milieu où elle fait office de normalité.

Avec ces éléments on pourrait naturellement penser que Le vent du boulet est un ouvrage sombre de plus dans le paysage du roman noir. Mais ce serait alors ne pas prendre en compte l'humanité qui sourd de ce livre. En écrivant ces mots, je me rends compte que j'utilise régulièrement ce terme « d'humanité » dans mes chroniques. Peut-être parce que, plus que jamais, elle me semble importante d'être rapportée, soulignée, mise en avant. Parce que la littérature, qu'elle soit blanche, noire ou tout ce qu'on voudra, doit aussi s'en faire le relais, histoire de nous rappeler qu'elle existe. Serait-ce que l'on se serait pris à en douter quand on baguenaude en début d'été sur les bords de rivières déjà pollués par toutes sortes de déchets plus dégueulasses les uns que les autres, de quoi vous rendre écœuré et hargneux ? Mais je digresse, je digresse...

Dans Le Vent du boulet, cette humanité passe donc par le narrateur lui-même, emporté par l'alcool et sa soif de se raccrocher à l'amour et à la vérité. Elle passe aussi par des personnages formidables gravitant autour de lui, prêts à l'épauler dans les moments les plus difficiles, même quand leur propre intégrité physique se trouve menacée. Des amitiés franches et sincères que Tran apprécie à leur juste valeur, des amitiés ou des sympathies, des liens affectifs inexplicables, où la simplicité se joue de toutes les barrières, même politiques.

Et, quand en réponse à ce vent du boulet, souffle celui du désir de vengeance, on se dit que Fabrice Nicolino a su conjuguer l'humanité sous toutes ses facettes, des plus sombres aux plus reluisantes. Et, qui sait, il se pourrait bien qu'il récidive...

Le Vent du boulet, Fabrice Nicolino, Fayard (Fayard noir), 416 p.

08/07/2009

Détonations rapprochées / C.J. Box, texte lu par Jacques Frantz

Joe Pickett n'est pas détective privé. Il n'est pas inspecteur de police, ni médecin légiste, pas même avocat. Non, il est garde-chasse dans le Wyoming. Alors normalement, les seuls cadavres qu'il est susceptible de rencontrer, ce sont ceux d'animaux abattus en pleine période de chasse, ou lors de braconnages. Mais par un matin d'hiver, voici qu'il découvre le cadavre d'Ote Kelley derrière le tas de bois de son jardin. Certainement pas un inconnu car Ote était parvenu à le désarmer en début d'année après que Joe l'eût pris en flagrant délit de braconnage. Une scène sans lendemain, si ce n'est qu'Ote s'était empressé de vanter son exploit à qui voulait bien l'entendre, décrédibilisant ainsi le garde-chasse dans ses fonctions. Pour autant les soupçons ne se portent pas sur Joe, qui semble de son côté bien décidé à éclairicir ce mystère, même s'il doit pour cela aller bien au-delà de ses missions initiales.

Je vais finir par croire qu'il suffira de me planter une brebis dans un décor campagnard pour me faire adhérer à n'importe quel roman. C'est vrai que depuis Dérive sanglante de William G. Tapply, les récits de natural writting, comme il semble courant de les appeler, ne finissent pas de m'enchanter. Ici, ce n'est pas tant l'intrigue qui est à mettre en avant. Très vite, le lecteur sait qui a fait quoi et dans quel but. Et C.J. Box ne cherche aucunement à noyer le poisson. Si vous voulez, c'est un peu comme du Columbo sans en être. On ne connaît pas l'identité du meurtrier au moment où débute le livre, mais c'est tout comme. Il suffit d'attendre un tout petit peu, que les quelques pièces du puzzle s'assemblent, et le tour est joué. En fait, le plaisir de la lecture de Détonations rapprochées réside plutôt dans le personnage du garde-chasse, amené à devenir un héros récurrent, et dans son entourage immédiat. Joe Pickett ne fait pas partie de ces héros à qui tout réussit du premier coup. Malgré sa corpulence et son savoir-faire, c'est son côté « je suis comme tout le monde, j'ai finalement les mêmes préoccupations que tout un chacun » qui le rend si sympathique. Ainsi que sa vulnérabilité, sa fragilité et ses moments de naïveté.

La nature est bien sûr au centre du récit. Le cadre est idyllique. Un aspect sur lequel C.J. Box met l'accent afin de démontrer, sans démagogie d'aucune sorte, que les grands espaces sont eux aussi menacés par un fléau qui est, comme chacun sait, assez contagieux et pervers : la recherche du profit, à coup de licenciements, de passe-droits et tout ce qui s'ensuit, quitte à tout emporter dans son sillage...

Ai-je besoin de préciser que je reviendrai faire un petit tour du côté de Saddelspring ? Sur support papier ou sur CD, la lecture ayant été admirablement interprétée par Jacques Frantz, comédien et « voix » de Robert de Niro.

Détonations rapprochées, C.J. Box, traduit de l'américain par William-Olivier Desmond, Livraphone, 1 CD Mp3, 8 h 40 min.

Douze / Jasper Kent

De l'art de faire long quand on peut faire court, ou comment plomber son livre par un manque d'intensité. Presque pas besoin d'en dire plus. Si ce n'est que le début de cette histoire semblait plutôt prometteur et original pour un récit de terreur. Jugez-vous même : l'armée napoléonienne est sur le point de prendre Moscou. L'issue semble en tout cas irrémédiable. C'est pour quoi un groupe d'homme décide de faire appel à un corps d'armée un peu spécial dont ils ne savent que peu de choses en réalité. Ce qui est sûr, en revanche, c'est que ces personnes, douze au total, aussi bizarre que cela puisse paraître, sont capables de faire vaciller l'armée française.

Alors si le début fonctionne assez bien dans sa mise en place, on ne peut pas en dire autant en ce qui concerne la suite. C'est lent, lent, mais d'un lent ! Si lent qu'on aurait vite fait de secouer le livre pour au moins avoir la satisfaction de lui donner un sursaut de vie. Bien sûr, vous m'objecterez que dans ce genre de bouquin, il est plutôt question de mort. Mais même le côté angoissant que l'on aurait été en droit d'attendre n'a pas de prise sur le lecteur. Les douze personnages n'ont pour ainsi dire aucune épaisseur, leur part de mystère est pratiquement nulle et ils ne foutraient même pas la trouille au plus peureux des peureux. Ce qui fait que l'intérêt porté au bouquin au début de la lecture se délite, s'effrite et ce n'est pas les quelques scènes de combats sans punch qui changent quoi que ce soit à la donne. D'où un abandon somme toute assez logique de la lecture. D'autres livres se bousculent au portillon.
Douze, Jasper Kent, traduit de l'anglais par Sandrine Burriel, Bragelonne, 480 p.

01/07/2009

La Pluie avant qu'elle tombe / Jonathan Coe

Magnifique ! Il n'y a pas d'autre mot pour qualifier le dernier livre de Jonathan Coe. Sortez vos mouchoirs, l'émotion est au rendez-vous. Mais attention, pas une émotion faite de pathos, pour lequel j'ai développé un bouclier répulsif à même de me faire tomber des mains tout bouquin qui aurait tendance à en user ou en abuser. Non, ici, l'émotion se distille en finesse, suit le cours de l'histoire sans jamais déborder de son lit.

L'histoire, justement. Rosamond vient de mourir, et elle a chargé sa nièce, Gill, à qui elle a légué une partie de sa fortune, de retrouver une certaine Imogen. A charge alors pour elle de lui remettre l'héritage qui lui revient, de l'argent bien sûr, mais aussi des cassettes, sur lesquelles Rosamond s'est enregistrée. A travers vingt photographies, elle retrace en effet le parcours de sa vie, de sa famille, de ses amours. Mais surtout, elle révèle à Imogen les secrets de son origine et les causes de sa cécité.

Il ne manque plus que le son. On imagine sans mal cette vieille femme assise sur son fauteuil, son magnétophone à portée de bouche, en train de regarder ses photographies, celles jaunies et vieillies par le temps et celles plus récentes, puis de fermer les yeux et de se laisser emporter par ses souvenirs. On l'imagine mais surtout on l'écoute - tout comme Gill et ses filles - emportés par sa voix. Il souffle un air de nostalgie dans ses propos mais on ne doute pas un seul instant de la véracité des faits qu'elle relate. Le temps, cette fois-ci, n'a pas altéré sa mémoire. Pas à elle.

Emu et touché le BiblioMan(u), comme jamais Coe n'était encore parvenu à le faire malgré l'inénarrable Testament à l'anglaise, bijou de drôlerie et de cynisme. Peut-être est-ce parce que, pour la première fois, il a choisi de faire parler son personnage principal à la première personne ? Un « Je » féminin capable de faire oublier que c'est un auteur qui la fait parler.

On mesure les grands romans à la manière dont on parvient à s'immerger dans l'histoire, à la manière dont on se laisse emporter par la musique des mots, à la manière, enfin, dont les personnages nous habitent et nous deviennent si familiers, qu'ils nous accompagnent longtemps après avoir refermé le livre. A ce titre et sans en douter une seule seconde, La Pluie avant qu'elle tombe, est grand. Très grand.

La Pluie avant qu'elle tombe, Jonathan Coe, traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin, Gallimard (Du Monde Entier), 248p.