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19/07/2013

Une Fiat rouge, un livre qu'a fait Tropper, des QR-Code étranges et Miséricorde

Une fois n'est pas coutume, les lectures s'enchaînent sans que je prenne le temps de coucher mes impressions sur le clavier au fur et à mesure. Alors voici un nouveau petit diaporama des livres lus ou écoutés dernièrement. Au programme : un peu de tout.

En travaillant en médiathèque, vous vous doutez bien que la tentation est grande d'emprunter les bouquins. D'autant plus lorsque ladite médiathèque est imposante et que le budget suit. Je ne dis pas ça pour enfoncer le clou auprès de certains de mes consœurs (spéciale dédicace à Blop) ou confrères qui savent que mon budget d'acquisitions de polars est équivalent à celui dévolu à leur établissement dans sa globalité. Non, il s'agit pour moi d'illustrer la difficulté que l'on peut avoir à résister devant tant de livres vous appelant du dos ou de la couverture quand on les remet en rayon. Néanmoins, en ce qui me concerne, il y a deux moments où cette tentation est particulièrement difficile à juguler : au retour de l'équipement et le samedi, bizarrement, où quelque chose doit planer dans l'air, la décontraction communicative des lecteurs, qui sait...

L'autre jour, un samedi où l'empruntomètre était à son maximum, j'ai donc jeté mon dévolu sur Etrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage de L.C. Tyler. Un roman présenté comme un petit bijou d'humour anglais sur fond de polar. Le livre est effectivement plutôt drôle au début mais... seulement au début. L'ennui pointe vite le bout de son nez et l'humour n'est pas aussi ravageur que le laissaient entendre la quatrième de couverture et les rabats, lesquels revêtent de plus en plus les fards du marketing. Il y a bien quelques petites saillies assez croustillantes dans le livre, des clins d'yeux relatifs à l'écriture du polar, une mise en abyme de circonstance, mais voilà, ça ne casse finalement pas trois pattes à un canard. Je suis pourtant assez friand d'humour britannique en général, mais apparemment pas à celui de L.C. Tyler qui, pour info, frappera à nouveau dès septembre avec les mêmes personnages dans Homicides multiples dans un hôtel miteux des bords de Loire. Je ne pense pas tendre l'autre joue.

 



Il y a d'autres fois où l'empruntomètre auquel je faisais allusion n'a pas le temps de se manifester. Vous rentrez de congès ou de week-end. Frais. Dispo. Et là,vous avez la surprise, teintée de joie et d'appréhension de découvrir la pile de bouquins que vous aviez réservés dans une fièvre n'ayant pu être assouvie, tout ça parce que quelqu'un s'est mis en tête de lire avant vous les titres que vous recherchiez. Si ce n'est pas la pile de livres réservés, c'est un ouvrage laissé par votre collègue avec écrit sur le post-it posé dessus : « Il faut que tu le lises ! ». C'était vraiment bien vu la dernière fois avec L'art du jeu de Chad Harbach, ça l'a été tout autant avec Une dernière chose avant departir de Jonathan Tropper. Bon, elle n'a pas pris de grands risques la collègue, nous affectionnons tous deux cet auteur. A vrai dire, lui non plus n'a pas pris de grands risques. Tropper connaît toutes les ficelles de la comédie et il n'hésite pas à les utiliser. Mais à si bien les utiliser que le livre se lit avec une avidité certaine : des personnages hauts en couleur, des dialogues qui font mouche et suscitent le rire, des situations cocasses. Pas étonnant tout compte fait que le nom de Jonathan Tropper apparaisse au générique d'une série, Banshee, même si en l'occurrence le ton est un peu plus grave. Personnellement, j'ai trouvé Une dernière chose avant de partir un peu en deçà de C'est ici que l'on se quitte (lui-même bientôt adapté au cinéma) mais il serait tout de même dommage de bouder son plaisir...un plaisir idéal pour la période estivale, qu'on se le dise.


Ensuite. Ensuite, un peu de lecture ado, de bonne lecture ado, signée Claire Gratias. A croire que je fais dans la récurrence des auteurs mais après Opération Maurice et le Signe de K1, lire le premier tome d'Orphans, la double disparition, a sonné comme une évidence. Marin, à 17 ans, est à un âge où il manifeste ses désappointements de manière un peu vive. Notamment auprès de sa famille. Peu de temps après une altercation avec sa mère, le jeune homme reçoit un texto énigmatique : « Il y a des jours où tu rêverais d'être orphelin ? Tu ne supportes plus tes parents ? Deviens acteur de ta vie. Rejoins-nous sur www.project.orphans.com ». Une chasse au QR Code en pleine ville et le voilà tout à coup transporté dans ce qui semble être une réalité parallèle. Car là où il a atterri, ses parents sont morts, sa sœur n'a jamais existé. Qui plus est son oncle et sa tante semblent être rassurés de le revoir après sa disparition... Dans ce premier tome, Claire Gratias pose toutes les bases de son histoire, lève plus de mystères qu'elle n'en dévoile, sans que cela se révèle gênant. Au contraire. Le contrat est plus que rempli, l'attente est là. La suite est prévue en octobre.



On continue ? On change de registre et de support avec Miséricorde de Jussi Adler Olsen. Le texte est lu par Eric Herson Macarel, lequel a prêté sa voix à plusieurs ouvrages, tous genres confondus et, à l'entendre, on comprend pourquoi. Sa voix capte immédiatement l'auditeur, favorise la concentration, et révèle toutes les subtilités d'un texte. Pour autant, ce n'est pas à son style que Miséricorde doit son intérêt, ni à son intrigue dont on devine assez vite les tenants et les aboutissants. Alors si ce n'est ni le style ni l'intrigue que reste-t-il donc à ce livre qui mérite qu'on s'y attarde, me direz-vous ? Les personnages sans doute, et les relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres : l'inspecteur Mørck, désabusé après avoir perdu un de ses coéquipiers dans une affaire tandis qu'un autre se retrouve paralysé à vie. Lui s'en est finalement plutôt bien sorti mais il n'a plus goût à rien. Même ses supérieurs veulent le mettre au placard - le sous-sol de la préfecture de police - en saisissant l'opportunité de la création d'une nouvelle cellule dévolue aux enquêtes inabouties, le Département V. Pour lui servir d'homme à tout faire, on lui attribue les services d'Assad, un réfugié politique syrien, dont le sens de l'observation, la bienveillance et la perspicacité vont l'amener à devenir l'assistant direct de Mørck. Comme je le disais, l'intrigue ne laisse pas la place à beaucoup de surprises. Néanmoins, pour le lecteur, le jeu consistera plus à se demander comment l'histoire sera résolue, par quels biais et quels sacrifices les personnages en viendront à bout. Et si l'on regarde Miséricorde sous cet angle là, c'est vraiment très bien fait. Qui plus est, on ne rechignera pas à retrouver Mørck, Assad, et bien d'autres encore, dont on sent que l'importance s'étoffera dans les prochains ouvrages. A suivre donc avec Profanation et Délivrance.

Voilà, voilà, voilà, c'est fini pour aujourd'hui. Il y a de fortes chances que je revienne bientôt vous causer de L'Arbre à bouteilles de Joe.R. Lansdale et de En attendantla vague de Gianrico Carofiglio. Du lourd, du très lourd. Du très très très très très lourd. Dernièrement on m'a conseillé d'adopter l'attitude « less is more ». C'est pas toujours facile. Mais bon, on n'a pas idée non plus d'écrire de tels chefs-d'oeuvre !

Etrange suicide dans une Fiat rouge à faible kilométrage, de L.C. Tyler, traduit de l'anglais par Julie Sibony, Sonatine, 2012, 231 p.
Une dernière chose avant de partir, de Jonathan Tropper, traduit de l'américain par Christine Barbaste, Fleuve noir, 2013, 336 p.
Orphans, tome 1, Double disparition, de Claire Gratias, Rageot, 2013, 288 p.
Miséricorde, de Juri Adler Olsen, traduit du danois par Monique Christiansen, lu par Eric Herson-Macarel, Audiolib, 2 CD MP3, 14 h 34 et aux éditions Albin Michel, 496 p.

19/02/2011

Hypothermie / Arnaldur Indridason, texte lu par Jean-Marc Delhausse

Maria, la cinquantaine, est retrouvée pendue dans son chalet d'été au bord du lac de Thingvellir. Il s'agirait d'un suicide. C'est en tout cas ce à quoi conclut la police après une autopsie ne laissant aucune place au doute. D'après les premiers éléments de l'enquête, Maria était dépressive. Elle avait très mal vécu la mort accidentelle de son père alors qu'elle était enfant, puis celle plus récente de sa mère, emportée par la maladie. Une mère qui dans ses derniers instants, lui avait promis de lui adresser un signe une fois qu'elle serait passée... de l'autre côté. Car Maria était de nature angoissée, redoutait la mort, s'interrogeait beaucoup sur l'au-delà. Personne, pas même son mari ne fut réellement surpris par son décès. Personne hormis Karen, sa meilleure amie, persuadée que Maria ne se serait jamais suicidée. Karen, qui dispose d'une cassette susceptible d'intéresser le commissaire Erlendur : une conversation de Maria avec son médium.

A la lecture d'Hiver Arctique, j'avais été impressionné par la maîtrise du récit dont faisait preuve Arnaldur Indridason, épaté par sa manière de combiner la forme et le fond, de révéler les problèmes identitaires de la société islandaise. Avec Hypothermie, maîtrise et efficacité sont toujours là, et j'ai pour ma part été une nouvelle fois impressionné par ce travail d'orfèvre. D'autant que l'auteur part de rien, d'une situation dont on se demande bien comment il va tenir sur la longueur: il n'y a pas de meurtre et le suicide de Maria est évident. La perplexité est de mise. Est-il seulement possible d'écrire un polar quand une enquête paraît aussitôt étouffée dans l'oeuf ?

Mais voilà, c'est plus fort que lui, le commissaire Erlendur, avec l'empathie qui le caractérise, se demande ce qui a pu pousser Maria à se suicider, quel profond désespoir a pu l'y contraindre. La période étant assez calme en terme d'enquêtes, il replonge aussi dans d'anciennes affaires de disparition avant que les dossiers ne soient définitivement clos. A mesure qu'il progresse, qu'il interroge, que les pièces des différents puzzles s'assemblent, Erlendur trouve comme un écho à la disparition de son frère et donc, à sa douleur personnelle. Et au lecteur d'être pris !

Cette immersion est remarquablement restituée dans la version sonore d'Hypothermie. Jean-Marc Delhausse a su trouver une voix clairement identifiable pour chacun des personnages qui ponctuent ce roman, en jouant seulement de légères inflexions. Mais ceci, je ne l'ai analysé qu'après. Pendant, je baignais dans les eaux sombres, glaçantes et inquiétantes de l'imagination d'Arnaldur Indridason.

Hypothermie, Arnaldur Indridason, traduit de l'islandais par Eric Boury, Audiolib, 9 h

05/02/2011

Vert Palatino / Gilda Piersanti, texte lu par Hélène Lausseur

Avec Vert Palatino s'ouvre le deuxième ouvrage consacré aux saisons meurtrières de Gilda Piersanti. En cette période de Pâques, les premiers signes du printemps se font toujours attendre. Pas de floraison, pas de soleil ni de fraîcheur mais une pluie persistante, harassante. Et des crimes aussi, qui eux n'obéissent à aucune règle préétablie. Implacables, ils drainent toujours leur lot de victimes.

En dehors de ce déluge, comme toile de fond au décor de cette deuxième enquête de Mariella De Luca, il y a Rome, encore, et puis ce championnat de football de première division pour lequel la ville entière s'oppose et vibre à l'unisson.

Fidèle à elle-même, Mariella s'investit toujours autant dans ses enquêtes, quitte parfois à marcher sur les plate-bandes des autres services de police. C'est le cas notamment pour cette affaire de disparition d'une petite fille dans le Corviale, longue barre de logements dans la périphérie de Rome. Pas de témoins directs d'un éventuel enlèvement, pas d'indice non plus. Il y a bien le meurtre récent d'un homme dont on a retrouvé des traces de trafic de pédophilie dans son ordinateur. Peut-on raisonnablement penser que les deux affaires ont un lien ?

J'ai entamé la lecture de Vert Palatino avec le plaisir de retrouver Mariella De Luca et les autres personnages qui gravitent autour d'elle. Avec le plaisir aussi d'entendre la voix d'Hélène Lausseur me raconter cette histoire. Une histoire prenante où Gilda Piersanti monte encore en puissance dans la construction de ses intrigues, dans sa manière de mettre en scène ses personnages. Et de nous confondre. Il ne s'agit plus alors seulement de plaisir car elle parvient aussi à nous remuer, à faire en sorte que le cœur cogne dans la poitrine lorsque la vérité s'esquisse, petit à petit.

Et puis tout à coup, c'est le sang qui se met à battre plus fort dans les veines lorsque cette vérité, justement, nous éclate à la figure. On peine à la croire possible, on voudrait revenir en arrière, tout effacer comme si c'était encore possible. Il faut voir là-dessous toute la force gracieuse de Gilda Piersanti : en ayant pris les tempêtes de 2001 et le championnat italien de football de l'époque, en étant très précise sur ces sujets, elle ne fait rien d'autre que resserrer de façon très étroite les liens de la fiction et de la réalité. Manière de signifier que le crime est réel, que l'abject et l'effroyable sont aussi de la partie, toujours, autour de nous.

Vert Palatino, Gilda Piersanti, Sixtrid, 1 CD MP3 (6 h 50)

11/12/2010

La Princesse des glaces / Camilla Läckberg, lu par Christine Pâris

Eh oui, je viens à mon tour rajouter une pierre à l'édifice déjà bien élevé autour de ce livre qu'on ne présente plus tant les échos ont été nombreux à son sujet. Mais comme je n'aime pas parler d'un bouquin sans l'avoir déjà lu et comme je suis amené à le prêter quand je suis à la ville, qu'on me demande régulièrement ce que j'en pense, j'ai sauté le pas. Je ne me suis pas vraiment forcé non plus, faut pas croire, d'autant que j'avais la possibilité de le découvrir dans sa version audio.

Pour expliquer les raisons d'un tel succès autour de La Princesse des Glaces et des autres titres de Camilla Läckberg qui lui ont succédé, j'aurais pu emprunter le raccourci très utile et un peu facile, c'est vrai, consistant à dire que la vague suédoise insufflée par le succès de la série Millénium n'y était pas étrangère. D'autant que certains aspects du livre pourraient inciter à le prendre, ce raccourci. Je ne vais pas vous dire l'inverse non plus. La percée de Stieg Larsson - pour lequel mon engouement s'est limité au premier tome – y a certes contribué mais ce serait vraiment réducteur de lui attribuer tout le mérite. Après tout, si ça avait été aussi nul que ça, il n'aurait jamais été édité, ce livre.

-Hé...
La petite voix – tiens, elle est de retour celle-là, ça faisait longtemps. Ne m'en veuillez pas pour la rupture momentanée de cette chronique, un petit dialogue intérieur s'impose.

- C'est bon je peux y aller, là, tu ne vas plus m'interrompre ?
- Non, non c'est bon.
- Bien, je voulais donc dire, d'après toi, Manu, tu t'imagin...
- BiblioMan(u), s'il te plaît.
- Hein ?
- Manu, c'est quand on est en dehors du blog, là c'est BiblioMan(u)

-… … … Mouais, passons, je disais alors comme ça tu t'imagines que parce qu'un livre a du succès, il est forcément bon. Toi même n'as-tu pas laissé entendre, ici même, que grosses ventes n'était pas synonyme de qualité ? Hein ?
-Oui, oui, sans doute... tu dois avoir raison... Et je le maintiens, mais à l'inverse ça ne veut pas dire non plus qu'un succès n'est pas mérité. On est bien d'accord ?
-Mh...tu devrais revenir à la Princesse des glaces, t'es en train de bassiner les lecteurs.


Bon, j'en étais où ? Oui, La Princesse des glaces a donc été édité. Pour des raisons évidentes. Ce n'est certainement pas le chef-d'oeuvre qui va révolutionner le monde du polar, mais là où c'est assez étonnant c'est qu'avec des côtés vraiment (vraiment!) exaspérants, eh bien on termine le livre avec une envie de retrouver les personnages. En espérant, deuxième roman oblige, que les défauts du premier auront été gommés.

Allez, à force de parler des défauts, je vous les expose. A commencer par une mièvrevrie dégoulinante qui nous ferait presque penser qu'on est dans de la chic... je ne vais pas plus loin, de toute façon Manu va m'arrêter.

-BiblioMan(u)
-Hein ?
-Ici c'est BiblioMan(u), tu as dit, pas Manu.
-Ah, non là, je parle de Manu qui a elle même écouté La Princesse des glaces dernièrement, ça n'a rien à voir.


J'ai soufflé de consternation à plusieurs reprises en écoutant le livre. J'ai eu l'impression d'être dans un roman à l'eau de rose dans lequel on ne m'a rien épargné, de la préoccupation du tour de taille à la tempête de neige qui bat son plein au dehors tandis que les deux amoureux se découvrent... Camilla Läckberg ne fait pas dans l'originalité non plus dans ses descriptions mais ce qui m'a aussi agacé, ce sont les petites invraisemblances qui jalonnent le récit. Jugez plutôt : on a une héroïne dont les parents sont morts il y a peu de temps, elle doit faire face à l'animosité d'un beau-frère bien déterminé à vendre la maison familiale quand il ne tape pas sur sa femme, elle découvre le corps d'une de ses amies d'enfance qui a été assassinée, elle vient d'obtenir une révélation de taille qui pourrait faire avancer l'enquête de façon déterminante et quelle est la question qu'elle se pose le matin en se levant ? Des idées, des suggestions ? Elle se pèse dans la perspective du rendez-vous avec l'inspecteur, fiancé en devenir, et se demande quelle incidence aura le retrait de sa petite culotte sur le chiffre de la balance...

Pour ne rien arranger, je n'ai pas non plus été réceptif à la voix de Christine Pâris qui empruntait l'intonation d'un ogre dans une histoire pour gamin pour les personnages masculins et surrenchérissait sur l'aspect mièvre et gnagnan.

Et pourtant. Et pourtant, tout ceci n'est en réalité que peu de choses si l'on y regarde bien. Car il y a une véritable fraîcheur là-dessous, une véritable énergie aussi et, ne l'oublions pas, ce serait dommage, une enquête tout à fait prenante. Le sort des personnages ne m'a pas laissé indifférent, aussi bizarre que ça puisse paraître au regard de ce que j'ai mentionné un peu plus haut. A tel point même, que j'ai enchaîné avec le deuxième ouvrage de Camilla Läckberg, toujours en livre audio. Après dix pistes, force est de constater que la voix de Eric Herson-Macarel me convient mieux et que le côté chick... sentimentalo-romantique a été épuré. Et si j'en crois une libraire de très bon conseil, le troisième ouvrage, le Tailleur de pierre, enfoncera le clou. J'ai bien fait de ne pas remballer les écouteurs au premier "nous étions destinés l'un à l'autre."

La Princesse des glaces, Camilla Läckberg, traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain, Audiolib, 14 h 15 mn

11/11/2010

Rouge abattoir / Gilda Piersanti, texte lu par Hélène Lausseur

A l'instar de la plupart des films, les livres sonores s'ouvrent eux aussi sur une musique de générique. Titre, auteur, nom du lecteur, avec l'aimable autorisation de tel ou tel éditeur... En règle générale, cette musique est plutôt douce, puisant sa source dans un registre plus ou moins classique voire même new-age tendance feng_shui. Quel que soit le type de livre, le genre auquel il appartient, c'est à peu près toujours la même... musique. Aussi ai-je été très assez surpris, à peine le bouton play enclenché, d'entendre guitare et batterie emplir mes oreilles sur un rythme pop-rock assez plaisant. Pour avoir déjà entendu parler des goûts musicaux plutôt punchy de Gilda Piersanti et dont les références ne manquent pas de jalonner ses livres -Muse, Radiohead... -, je me suis dit qu'il y avait peut-être de sa griffe là-dessous. A moins que ce ne soit le simple choix des éditions Sixtrid dont c'était le premier disque que j'écoutais.

Enfin, bref, j'étais parti dans ce questionnement solitaire au point de ne pas faire très attention aux premières paroles du roman. Ça commençait bien niveau concentration. Bon, je me suis rattrapé par la suite. Madame Piersanti a en effet les mots, le style et une réelle qualité de conteuse pour à la fois capter votre attention et rendre ses personnages vivants et attachants, qu'ils soient secondaires ou non. Du coup, un petit retour en arrière et c'était parti pour le premier tome des Saisons meurtrières, Rouge abattoir, dont l'action se situe entre le Noël et jour de l'an. En hiver, donc.

« Mercredi 26 décembre, 5 heures du matin.Un morceau de la troisième victime fut retrouvé le lendemain de noël devant le kiosque à journaux. »

Le morceau en question est une main. Le corps sera découvert un peu plus tard dans la matinée. Dans un sale état, découpé en plusieurs morceaux à l'aide d'un couteau électrique.

Hep, hep, hep... bon à ceux qui tournent de l'œil, je ne peux plus rien dire, peut-être liront-ils ces lignes un peu plus tard, une fois remis de leur trop forte émotivité. Pour les autres, ceux qui seraient tentés de passer leur chemin sous prétexte qu'un auteur, dans le seul but de ravir un public avide de sensations fortes, aurait une nouvelle fois surfé sur la vague du gore à tout va, restez. Restez parce qu'il serait dommage de se fier à une première impression. Surtout si elle est fausse. Car Rouge abattoir ne s'inscrit pas, mais alors pas du tout, dans ce créneau.

Qui dit troisième meurtre, exécuté selon un même modus operandi, dans un même quartier de la capitale, le Testaccio, suppose naturellement un tueur en série. C'est en tout cas ce que tout le monde pense, hormis le commissaire D'Innocenzo qui ne veut pas envisager un tel cas de figure. Lui reste persuadé que les meurtres des trois jeunes filles sont à mettre sur le compte d'une logique meurtrière dont il lui reste à démêler l'écheveau et à trouver le mobile. Il est aidé en cela par une inspectrice, Mariela De Luca, qui a spécialement demandé à rejoindre son service. Pas facile de tout mener de front entre l'enquête, problèmes personnels et gestion de la brigade avec l'arrivée de cette inspectrice opiniâtre, volontaire, mystérieuse et surprenante par bien des aspects.

C'est d'ailleurs cette Mariella De Luca qui tient le devant de la scène dans Rouge abattoir, et que l'on retrouvera dans les autres tomes dans les trois autres romans des Saisons meurtrières, ainsi que dans les tomes suivants, à savoir Vengeances Romaines et Roma Enigma. Ce n'est certes pas une nouveauté qu'un auteur se prenne d'affection pour ses personnages et en fasse en sorte qu'ils deviennent récurrents. Certains nous touchent plus que d'autres, nous semblent plus proches, font résonner en nous la corde vibrante du lecteur. Mariella De Luca est de ceux-là. Parce qu'elle ne ressemble à aucune autre, qu'elle est forte et sensible à la fois, bien ancrée dans son époque. L'Italie dans laquelle Gilda Piersanti la fait évoluer ainsi, il est vrai, que la voix de Hélène Lausseur, participent bien sûr de ce plaisir que l'on a à la suivre. Si l'enquête est en elle-même assez classique – aficionados des rebondissements à chaque fin de phrase ou de chapitre, passez votre chemin – elle n'en reste pas moins prenante, ne serait-ce que pour comprendre si c'est dans la folie, le hasard, la passion ou l'Histoire que l'on trouvera la source des meurtres hivernaux de Rouge abattoir.

Pour info, les Saisons meurtrières devraient bientôt voir le jour sur les écrans de télévision. Xavier Duringer est à la réalisation, Gilda Piersanti au scénario. Même si l'action se passera en France, au moins l'esprit des livres devrait-il être respecté. En tout cas, j'en suis ! - comme spectateur, cela va de soi...

Vert Palatino est également paru il y a peu en livre sonore dans la même maison d'édition. Il passera sous peu dans les écouteurs, sous la cagoule.

Les Saisons meurtrières:

Rouge abattoir – Hiver
Vert Palatino – Printemps
Bleu catacombes – Eté ; cet ouvrage a reçu le prix du polar SNCF et celui du Festival de polar Méditerranéen de Villeneuve lèz-Avignon (parenthèse : si vous avez l'occasion de vous y rendre, n'hésitez pas un seul instant!)
Jaune Caravage – Automne

Hors saison:

Vengeances romaines
Roma enigma

Rouge abattoir, Gilda Piersanti, livre lu par Hélène Lausseur, éditions Sixtrid, 1 CD Mp3, 6 h10

19/10/2010

Juste avant le crépuscule / Stephen King, nouvelles lues par Michel Raimbault

Il est enfin fini le temps où l'on ne trouvait que des classiques et des romans du terroir en livre audio. Fini aussi celui des boîtiers de huit, neuf, dix CD pour un bouquin avoisinant les 350/400 pages dans sa version papier. La dématérialisation des supports est passée par là, le MP3 aussi. Aujourd'hui, l'offre s'est considérablement étoffée, s'est ouverte à tous les genres, et rencontre même un certain succès. J'ai d'ailleurs été surpris de voir l'espace et le nombre de titres qui lui était dédiée dans des librairies. En me procurant Juste avant le crépuscule, le dernier recueil de nouvelles de Stephen King, j'ai même été étonné que le lecteur, Michel Raimbault, ait rempilé après avoir déjà assuré le boulot pour Duma Key, livre audio paru dans la même collection. Le succès serait tel que, comme au cinéma ou à la télévision, les auteurs se voient attribués une voix ? Je me suis renseigné, j'ai fureté de droite à gauche. Le cas est encore isolé, hormis pour certaines maisons d'édition audio qui procèdent de la sorte, plus par nécessité en raison de la taille de leur structure et sans doute aussi de leur portefeuille, qui ne leur permet pas forcément d' acheter des voix.

Quoi qu'il en soit, il m'a fallu un certain temps pour me défaire d'une sorte de gêne en entamant Juste avant le crépuscule et ce, pour deux raisons. La première étant que j'ai immédiatement rattaché la voix à celle du narrateur de Duma Key. Le livre était assez long, j'avais eu le temps de m'y habituer. Ensuite, s'agissant de nouvelles, il m'a semblé que la tonalité grave et rocailleuse de Michel Raimbault ne correspondait pas toujours à l'âge ou au sexe des personnages, surtout lorsque les textes étaient à la première personne. Puis j'ai passé outre et me suis laissé emporter par les histoires... quand je n'ai pas littéralement décroché.

Le credo de Stephen King en matière de création, c'est de dire que "la vérité est dans les détails". On ne peut effectivement pas lui enlever de s'appuyer sur les petits riens du quotidien ou même d'évoquer un objet de façon si particulière pour aussitôt susciter une ambiance, voire même donner une authenticité à son récit. C'est dans l'équilibre des détails que ses histoires me semblent plus ou moins réussies.

Dans Juste avant le crépuscule, certaines nouvelles sont longues, trop longues et ne m'ont présenté du coup que peu d'intérêt. Dans le cas de celles-ci, ça n'a pas fait un pli, à chaque fois, j'ai perdu le fil de ma concentration, je n'écoutais plus.

En revanche, ce sont les nouvelles les plus courtes que j'ai trouvées particulièrement percutantes, à l'image de Fête de diplôme, récit de fin du monde, ou bien encore Le Rêve d'Harvey que je vous invite chaudement à découvrir. Il y a trois autres très bons textes dans le lot et où ne s'applique pas systématiquement le sceau de l'angoisse ou de la terreur. Petites mentions personnelles spéciales à Laissés pour compte, sa manière à lui d'évoquer le 11 septembre, Muet, où un représentant profite d'avoir pris un auto-stoppeur sourd et muet pour lui raconter les frasques de sa femme, et enfin, Ayana, histoire dans laquelle le narrateur est confronté à des miracles. Je n'en dis pas trop volontairement afin de ne pas gâcher votre plaisir à la lecture, si vous décidez de vous y plonger.

Sur douze nouvelles, seulement cinq sortent vraiment du lot. C'est, je crois, le problème avec ce genre de recueils, où l'on croise du bon et du moins bon.

Juste avant le crépuscule, Stephen King, traduit de l'américain par William Olivier Desmond, lu par Michel Raimbault, audiolib, 2 CD MP3, 18 h 35 mn

18/07/2009

Le Cauchemar d'Innsmouth / H.P. Lovecraft, texte lu par Victor Vestia, Michel Chaigneau et Hugues Sauvay

Alors bien sûr, H.P. Lovecraft est un classique de la littérature fantastique. L'un des maîtres, diront certains. Son mythe de Cthulu n'est presque plus à présenter, tant et si bien qu'il a même fait l'objet d'adaptations en jeux de rôle et vidéos. Et si j'ai lu il y a bien longtemps, L'Affaire Charles Dexter Ward avec un certain intérêt, j'avoue avoir ensuite été coupé dans mon élan de découverte par le recueil de nouvelles Dans l'abîme du temps. Mon impression d'alors était que les textes se ressemblaient tous plus ou moins – un individu se trouvait confronté à la réapparition des Grands Anciens, sortes de monstres ancestraux bien décidés à reprendre la maîtrise de la Terre, quitte pour cela à semer folie et perte des hommes -, que le style était trop chargé. Il ressortait de mes lectures un sentiment d'étouffement, d'écrasement. C'était d'ailleurs peut-être ce que recherchait l'auteur, faire en sorte de coller l'impact des découvertes et des déconvenues de son personnage central sur le lecteur. Mais en ce qui me concerne, c'est l'aspect plombant qui m'était resté, avec aussi cette conviction : les voies de Dagon et de Cthulu me resteraient à jamais impénétrables.

Cependant, et peut-être cela vous arrive-t-il aussi, je me suis fait la réflexion que je ne pouvais pas arrêter mon point de vue sur aussi peu de matière, car l'œuvre de Lovecraft est assez importante, notamment et surtout à travers ses nouvelles.

L'écouter pouvait aussi donner une dimension supplémentaire à son univers, permettre de l'aborder sous un nouvel angle, l'appréhender d'une manière différente, à savoir devenir le dépositaire direct des révélations d'un homme ayant été confronté, sa majorité à peine acquise, aux pires abominations qu'on puisse imaginer.

Malheureusement, le livre sonore n'a pas contribué à l'appréciation de l'œuvre. Si les bouquins ont des coquilles, les pistes audios, elles, ont des couacs. Des couacs et des voix qui – j'hésite sur le mot, non seulement parce que le concept même des livres lus me paraît utile et intéressant à la fois, mais aussi parce que les éditions Sonobook ont pris le risque d'éditer des bouquins de science-fiction et de fantastique, entre autres, alors forcément ça m'embête de tirer sur l'ambulance – agacent. Outre les problèmes de changements de pistes, en plein milieu d'un monologue, rogné qui plus est, la voix du narrateur est on ne peut plus monocorde. Si monocorde que, suivant la musique des mots, on se retrouve avec des points en plein milieu de phrase, quand on aurait imaginé une virgule. Dommage quand on sait le narrateur littéralement vibrant et bouleversé par l'ambiance délétère régnant à Innsmouth. Mais lorsque l'émotion survient vraiment, lorsque l'horreur est à son comble, la voix du narrateur se contente d'accélérer le débit, troquant ainsi un ton monocorde, donc, pour un autre. Et les quelques incursions sonores (ressac de la mer – j'ai cru que mon lecteur vivait ses derniers instants dans un souffle crépitant – , râles mécaniques de monstres amphibiens), ne pourront rien changer à ma débâcle auditive et littéraire, car malgré tout ceci, mes impressions autour de Lovecraft sont restées les mêmes.
Serait-ce que les voies de Dagon et de Cthulu me soient à jamais impénétrables, nom d'un Necronomicon ?

Le Cauchemar d'Innsmouth / H.P. Lovecraft, Sonobook, 1cd mp3, 2 h 41 min.

08/07/2009

Détonations rapprochées / C.J. Box, texte lu par Jacques Frantz

Joe Pickett n'est pas détective privé. Il n'est pas inspecteur de police, ni médecin légiste, pas même avocat. Non, il est garde-chasse dans le Wyoming. Alors normalement, les seuls cadavres qu'il est susceptible de rencontrer, ce sont ceux d'animaux abattus en pleine période de chasse, ou lors de braconnages. Mais par un matin d'hiver, voici qu'il découvre le cadavre d'Ote Kelley derrière le tas de bois de son jardin. Certainement pas un inconnu car Ote était parvenu à le désarmer en début d'année après que Joe l'eût pris en flagrant délit de braconnage. Une scène sans lendemain, si ce n'est qu'Ote s'était empressé de vanter son exploit à qui voulait bien l'entendre, décrédibilisant ainsi le garde-chasse dans ses fonctions. Pour autant les soupçons ne se portent pas sur Joe, qui semble de son côté bien décidé à éclairicir ce mystère, même s'il doit pour cela aller bien au-delà de ses missions initiales.

Je vais finir par croire qu'il suffira de me planter une brebis dans un décor campagnard pour me faire adhérer à n'importe quel roman. C'est vrai que depuis Dérive sanglante de William G. Tapply, les récits de natural writting, comme il semble courant de les appeler, ne finissent pas de m'enchanter. Ici, ce n'est pas tant l'intrigue qui est à mettre en avant. Très vite, le lecteur sait qui a fait quoi et dans quel but. Et C.J. Box ne cherche aucunement à noyer le poisson. Si vous voulez, c'est un peu comme du Columbo sans en être. On ne connaît pas l'identité du meurtrier au moment où débute le livre, mais c'est tout comme. Il suffit d'attendre un tout petit peu, que les quelques pièces du puzzle s'assemblent, et le tour est joué. En fait, le plaisir de la lecture de Détonations rapprochées réside plutôt dans le personnage du garde-chasse, amené à devenir un héros récurrent, et dans son entourage immédiat. Joe Pickett ne fait pas partie de ces héros à qui tout réussit du premier coup. Malgré sa corpulence et son savoir-faire, c'est son côté « je suis comme tout le monde, j'ai finalement les mêmes préoccupations que tout un chacun » qui le rend si sympathique. Ainsi que sa vulnérabilité, sa fragilité et ses moments de naïveté.

La nature est bien sûr au centre du récit. Le cadre est idyllique. Un aspect sur lequel C.J. Box met l'accent afin de démontrer, sans démagogie d'aucune sorte, que les grands espaces sont eux aussi menacés par un fléau qui est, comme chacun sait, assez contagieux et pervers : la recherche du profit, à coup de licenciements, de passe-droits et tout ce qui s'ensuit, quitte à tout emporter dans son sillage...

Ai-je besoin de préciser que je reviendrai faire un petit tour du côté de Saddelspring ? Sur support papier ou sur CD, la lecture ayant été admirablement interprétée par Jacques Frantz, comédien et « voix » de Robert de Niro.

Détonations rapprochées, C.J. Box, traduit de l'américain par William-Olivier Desmond, Livraphone, 1 CD Mp3, 8 h 40 min.

25/06/2009

Miserere / Jean-Christophe Grangé, texte lu par Jacques Chaussepied

Un chef de chorale assassiné, le tympan éclaté, dans une église arménienne. Puis, d'autres meurtres dans la foulée, tous liés les uns aux autres selon des mises en scènes macabres. Lionel Kasdan, un policier à la retraite et Cédric Volokine, un inspecteur en cure de désintoxication, sont invités presque malgré eux à faire cause commune dans cette enquête dont les premiers éléments laissent penser que des enfants seraient à l'origine des meurtres.

Y'a pas à tortiller. Maintenant, chaque fois que Jean-Christophe Grangé sort un bouquin, il est plus ou moins attendu au tournant. Son dernier sera-t-il à la hauteur des précédents ? Ou bien à la hauteur de celui qui, à nos yeux, tient le haut du pavé ? Pour certains la référence sera Le Vol des cigognes , pour d'autres La Ligne noire... Pour avoir un aperçu de ce phénomène, il suffit d'aller voir les discussions sur le forum dédié à l'auteur en particulier, et au roman policier en général, pour se faire une idée du phénomène.

Sans me considérer comme un fan de Grangé, j'ai régulièrement pris du plaisir à lire certains de ses livres, la plupart du temps pendant les vacances. Allez, balançons les mots, hein, après tout, quitte à me faire des ennemis, tout ça n'est ni plus ni moins que de la très bonne littérature de plage, bien faite, travaillée, efficace, avec ce qu'il faut de dépaysements, de rebondissements, et de noirceur aussi. Avec toutefois un petit bémol pour les fins, lesquelles sont parfois un peut tirées par les cheveux, voire complètement ridicules (mais je suis mauvais en disant cela car mes propos concernent exclusivement Le Concile de pierre où le dénouement m'a fait remettre en question l'intérêt que j'avais pu porter jusque là à l'histoire...). A mettre au crédit de Grangé, il n'était jusqu'à présent jamais tombé dans les travers de clôture des thrillers : scène d'action à rallonge amenant au dénouement de l'histoire, explication parce qu'il le faut bien quitte à donner des détails que l'on ne s'enquiquinerait pas à donner dans la réalité, et rapatoum, re-scène d'action à rerallonge, coups de poings, pieds, tirs échangés, mort ou capture du méchant mais attention, en fonction du choix adopté, il pourrait s'en tirer pour un tome à venir, épilogue, ouf !

Alors pour ceux que ça intéresserait et pour me prêter moi-même à ce jeu inévitable des comparaisons, Miserere n'est pas à la hauteur de La Ligne noire ou du Serment des limbes. Il y a malheureusement des défauts redondants et parfois irritants qui viennent à l'occasion plomber l'ambiance. Grangé l'a prouvé, il sait écrire ses histoires, mais ici, il a semble-t-il cédé à la facilité : en poussant le trait sur certaines descriptions, en lardant son récit d'éléments trop gros pour être crédibles (en ce qui concerne le passé du jeune inspecteur Volokine par exemple), et en usant de ficelles qu'il a déjà eu l'occasion d'utiliser. Sans parler du fait qu'on a parfois l'impression d'avoir ouvert le dictionnaire des acronymes des services de police française et que chaque arme au bout du bras des personnages se voient l'objet d'une description de leurs caractéristiques techniques. Bon, ça remplit mais on s'en fout. Comme on se fout aussi du bavardage d'un ancien général sur son élevage dont on imagine mal des inspecteurs écouter la teneur quand on connaît leurs préoccupations du moment.

Et pourtant, malgré tout cela, ça fonctionne. Bien, même. Eh oui, Grangé a la faculté de faire avaler quelques couleuvres grâce à l'ambiance qu'il installe d'emblée et au mystère planant,que l'on se complait à pénétrer, en redoutant le point culminant à venir.

Une fois l'écoute terminée, les derniers mots résonnant à mes oreilles, j'ai pensé que Grangé se foutait de moi mais, à la réflexion, la fin est plutôt intéressante. Elle n'est pas conventionnelle – bon cette fois-ci, on a quand même la scène d'action / explication / action / ah bon ? c'est possible une telle pirouette et… la fin – mais si la démarche peut désarçonner, il n'empêche qu'elle se justifie pleinement. Grangé termine son roman sur une note qui reste en suspens, et pour un livre dont la musique et la voix sont au centre de tout, je trouve ça vraiment pas mal du tout.

La tension qui habite cet ouvrage est en tout cas renforcée par la voix grave et caverneuse de Jacques Chaussepied, avec laquelle je me suis familiarisée, quand elle fredonnait des mots d'angoisse et se faisait l'intermédiaire d'événements effroyables, ou quand elle m'a surpris en citant mon prénom accroché à mon nom de famille au détour d'un chapitre (anecdote peut-être mais surprise de taille pour le super-héros que je suis, persuadé alors d'avoir été percé à jour dans un moment de faiblesse).

A force d'écouter des livres lus, je me rends compte qu'il m'est difficile de mesurer l'impact de la voix sur la perception de l'oeuvre elle-même. Mon impression aurait-elle été la même si j'avais lu Miserere de mes propres yeux ? A voir, mais l'accès de plus en plus étendu des oeuvres littéraires sous ce format vaut vraiment le détour. Voyez, je vais même m'inscrire à une formation sur les textes lus pour les super-héros, dans le but d'améliorer mon pouvoir auditif, pas toujours très au point...

Miserere / Jean-Christophe Grangé, texte lu par Jacques Chaussepied, Audiolib, 2 CD mp3, 17 h 30 min.

28/01/2009

L'Epouvanteur. Tome 1, L'apprenti épouvanteur / Samuel Delaney ; texte lu par Thierry Wermuth

Tom est le septième fils d'un septième fils. A ce titre, il est tout destiné à devenir épouvanteur dont la lourde charge est de protéger les populations des malédictions qui les frappent, des gobelins,des spectres et autres sorcières aux intentions malfaisantes. Sa mère a tout fait pour que les pouvoirs inhérents à son rang familial, ses perceptions exacerbées, soient utilisées dans ce sens. Et effectivement, quand l'âge vient pour lui d'apprendre un métier, le voilà obligé de quitter la ferme de ses parents pour aller vivre avec Maître Grégory où, en lieu et place d'initiation l'attendent la plus effroyable des aventures.

Dans la série lecture à haute-voix dont vous trouverez le premier épisode ici, avec cette expérience avortée autour de Skully Fourbery, nous avons une fois de plus décidé de ne plus nous disputer le programme télé (pour la forme bien sûr puisque je ne la regarde pratiquement plus). Cette fois-ci, nous nous sommes fiés à une autre voix, celle de Thierry Wermuth, servie par une musique de Rémi Chaurand et Gilles Relisieux. Bien nous en a pris.

Ce qui nous a frappé d'emblée, c'est la manière dont cette voix s'est mise au service du texte, a donné tout son relief au style de l'auteur. J'avais déjà eu l'occasion d'entendre d'autres livres enregistrés auparavant où la lecture à voix haute en révélait sa pauvreté. Et dans ces cas là, ça ne loupait pas, le petit bouton avec un carré représenté dessus faisait des appels au doigt déjà démangé.

Là, non, Thierry Wermuth sert le récit sur toute sa longueur, donne de la consistance à chacun des protagonistes. De variations infimes en minimes inflexions, les personnages sont aussitôt identifiables, quelles que soient leurs intentions, leurs humeurs, ou même leur sexe. C'est d'ailleurs si subtil que l’effet en est surprenant.

Conséquence directe, nous prenions plaisir à écouter le disque lors de nos déplacements en voiture, exécutant un rapide résumé pour savoir où nous en étions restés la fois précédente. L'histoire lancée, nous n'étions plus dans un habitacle métallique mais tantôt dans une maison hantée, tantôt dans un trou habité par un spectre, ou encore dans la ferme parentale où les souvenirs affluaient irrémédiablement. Oui, on a fait un bon petit bout de chemin avec Tom tout en prenant plaisir à l’accompagner dans son parcours initiatique à nul autre pareil. Parfois, j’avoue même qu’à l’occasion de certaines sorties préméd…(mot impossible à effacer entièrement), j’avais pris un peu d’avance.
Ben quoi, fallait bien que je vous en parle !