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11/06/2013

Tir groupé


Beaucoup de lectures en ce moment sans pourvoir trouver un moment pour en parler. On répare tout ça dans la minute. Vous verrez il y en aura pour tous les goûts, du récent au moins récent – le mot d'ordre dans ce petit coin de web étant toujours de suivre les envies de lecture, et si celles-ci s'avèrent fluctuantes, tant mieux ! Dans tous les cas, j'espère que cela donnera un éclairage suffisant pour vous donner envie de les lire.

On commence avec Gurvan, de Paul-Jean Hérault. Ma lecture de Cal de Ter, du même auteur n'est certainement pas étrangère au fait que je me suis plongé dans ce livre. Le Space Opera reste l'un de mes genres de prédilection de la Science-Fiction – avec les histoires de voyage dans le temps, comme je le soulignais il y a peu et avec Gurvan, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en matière de batailles spatiales et de réflexion subséquente aux guerres, on est servi.

Dans un conflit dont tous les protagonistes ont semble-t-il oublié l'origine, Gurvan officie comme pilote de vaisseau. Issu d'un Matérédu, sorte de centre d'élevage d'humains destinés à servir de chair à laser, il n'a rien connu d'autre que la guerre. Il sait ses jours comptés et il accepte docilement le sort inéluctable qui lui est réservé. Les statistiques parlent d'elles-mêmes : la durée moyenne de survie d'un soldat est de 61 missions.

Dans cette intégrale regroupant trois titres parus en 1987 et 1988 dans la célèbre collection « Anticipation » au Fleuve noir (Sergent-pilote Gurvan ; Gurvan : les premières victoires ; Officier-pilote Gurvan), j'ai donc effectivement retrouvé toutes les qualités – et quelques menus défauts - déjà soulevés dans Cal de Ter. On passe donc très vite sur l'historiette d'amour un tantinet mièvre ainsi que sur l'aspect un peu daté qui affleure parfois au détour d'une expression... pour nous attarder sur ce qui finalement, rend ce livre vraiment prenant, au point même qu'il sera bon de continuer l'aventure avec d'autres protagonistes évoluant dans le même univers dans le Bricolo. Le style de Paul-Jean Hérault est efficace, limpide, ça coule tout seul aurait-on envie de dire, et en bon amateur de Galactica, voire même Battlestar Galactica, on se plaît à suivre les scènes de batailles spatiales habilement décrites, à faire corps avec l'escadre de Gurvan. Et au-delà de cet aspect purement esthétique, on ne peut que reconnaître l'efficacité de l'approche de l'auteur vis à vis du conflit opposant les Terriens à... à qui d'abord ? Très longtemps, le lecteur ne sait effectivement rien de l'origine de la guerre et, hormis les vaisseaux ennemis, ne sait rien non plus de la nature des adversaires de Gurvan. La guerre apparaît alors dans toute son absurdité, quand l'escalade a fait son travail de sape, que méconnaissance de l'autre et aveuglement amènent à tuer pour ne pas être tué. Encore une fois, Paul-Jean Hérault signe du Space Op' comme on aimerait en lire plus souvent...


Autre temps, autre univers, autre bonne surprise (mais en est-ce réellement une ?) avec Bombe X de Ludo Sterman. Je savais que l'auteur travaillait sur un deuxième roman après le remarquable Dernier shoot pour l'enfer. En revanche, je ne savais pas que Julian Milner, son personnage, allait reprendre du service. Grand bien lui fasse même s'il en bave pas mal dans cette affaire baignant une fois de plus dans le sport et ses magouilles...des magouilles que Julian n'a de cesse de dévoiler.

A croire que l'investigation, les Milner ont ça dans le sang, dans les gênes. Le père d'abord, dont Julian sait pourtant si peu, puis son frère, retrouvé comateux sur une aire d'autoroute suite à une agression dont tout porterait à croire qu'elle était préméditée. Julian au fond du trou, pas encore remis du tumulte suscité par l'affaire Novella, en proie au doute, esseulé, décèle assez rapidement que son frère a dû toucher à quelque chose de gros, de très gros, pour qu'on cherche ainsi à le réduire au silence. Il ne se trompe pas. Il va en effet entrer de plein fouet dans les arcanes du dopage dans le cyclisme. Au péril de sa vie, il va dénouer un à un les fils de cet écheveau où petits et grands voyous, mafieux de tous poils, travestissent la beauté d'un sport et les espoirs de jeunes coureurs...

Plus sombre, plus noir que Dernier shoot pour l'enfer, plus incisif aussi, Bombe X fascine. Par l'éclairage apporté sur le dopage – la course ne se jouant plus sur une route mais dans des labos -, sur la complaisance d'un journalisme qui n'hésite pas à fermer les yeux, intérêts communs en jeu, par la tension qui s'en dégage irrémédiablement, mais aussi par l'attention toute particulière faite aux personnages de cette histoire, touchants et exaspérants à la fois, femmes et hommes, seconds rôles ou pas. Le background est là, laisse présager que Julian Milner n'a pas fini sa quête, que la tempête qui couve en lui n'a pas fini de s'exprimer. Je la suivrai de près...

On terminera, assez rapidement il faut dire, avec le dernier Philippe Djian, « Oh... ». Pourquoi rapidement ? Parce que tout a été dit à son propos, ou presque.

« Oh... mon Dieu » ? « Oh...putain » ? On laissera au lecteur le soin de découvrir ce qui se cache derrière ce titre énigmatique que Philippe Djian dévoile – mais le fait-il vraiment ? - en toute fin d'ouvrage. On retrouve ici tout ce qui fait la qualité de ses livres : la finesse de l'écriture et des personnages, faisant preuve une nouvelle fois d'une ambivalence avérée, ni tout blancs, ni tout noirs, pervers, sincères et faillibles. A la différence cette fois-ci que Philippe Djian abandonne le « je » masculin pour un « je » féminin. Il fallait oser s'immiscer ainsi dans la peau d'une femme, d'autant que celle-ci a été victime d'un viol dont elle gère l'impact avec un certain... détachement. Je n'en dirai pas plus, si ce n'est que Djian ne finit pas de surprendre... dans le bon sens du terme.


Gurvan, de Paul-Jean Hérault, Critic, 2012, 455 p.
Bombe X, de Ludo Sterman, Fayard (Fayard noir), 2013, 416 p.
"Oh...", Philippe Djian, Gallimard (Blanche), 2012, 240 p.


15/09/2012

Cal de Ter, intégrale 1 / Paul-Jean Hérault


La rencontre avec Cal de Ter aurait pu se produire plus tôt. Je veux dire, en 1975, quand le premier titre de la série est paru dans la mythique collection Anticipation chez Fleuve noir. Seulement voilà, en 1975, je baignais encore dans mes langes...

Malgré le travail remarquable de La Rivière Blanche où figurent plusieurs titres de Paul-Jean Hérault à leur catalogue et malgré aussi une tentative ratée avec Millecrabe (paru aux éditions Interkeltia), titre pour lequel le manque de relecture éditoriale et une typographie calamiteuse avaient eu raison de ma patience, malgré tout ceci, donc, il m'aura fallu attendre 2012 pour succomber à la curiosité. Le début d'année a en effet vu refleurir un peu partout le nom de l'auteur en librairie, à travers plusieurs rééditions dignes d'intérêts : Gurvan aux éditions Critic et Cal de Ter, donc, chez Milady, qui regroupe pas moins de trois romans : Le Rescapé de la Terre, Les Bâtisseurs du monde et La planète folle.

Après que les humains ont finalement trouvé le moyen de mettre définitivement la Terre en péril, un certain Guise installe Cal en état d'hibernation dans la capsule d'un vaisseau spatial, lequel Cal se réveille quelques milliers d'années plus tard aux abords d'une planète s'avérant habitable. Il s'installe, planque ses affaires – mieux vaut être prudent – et commence son exploration. Assez rapidement, il découvre un peuple pacifique fascinant, les Vahussis. Bien décidé à s'intégrer auprès de ces personnes qu'il prend en affection, Cal ne peut néanmoins s'empêcher de contribuer à leur bien-être en leur délivrant le fruit de ses connaissances terriennes. Mais à trop vouloir jouer les bons samaritains, cela peut entraîner quelques... menus problèmes, surtout quand s'offre à vous la possibilité de mesurer l'ampleur d'une évolution à l'échelle de plusieurs siècles.

L'histoire de Cal est du genre tumultueuse, exotique, aventureuse... multiple. Et ça ne fait pas de mal de goûter à de la Science-fiction de cette trempe là. Il y a bien là-dedans un petit côté suranné – ça sent bon la SF à papa – mais cela n'enlève en rien le plaisir que l'on en retire à la lecture, bien au contraire. C'est d'ailleurs en lisant cet ouvrage que j'ai d'une certaine façon pu imaginer la passion qui anime Laurent Genefort autour de cette science-fiction d'une autre époque, dont il n'a de cesse de favoriser à nouveau la lecture en travaillant à sa réédition auprès de différents éditeurs.

Peu importe ici la véracité scientifique – j'imagine que les dents de certains doivent grincer –, ce qui retient surtout l'attention, ce sont les situations rencontrées par Cal dès son entrée en piste sur cette planète sensiblement proche de la nôtre. Ce personnage livré à lui-même – un peu à la manière de Adam Reith dans le cycle de Tschaï de Jack Vance – confronté à toutes sortes d'aventures dont il se fera le fer de lance, impose la figure d'un Héros fort, inébranlable, intrépide et armé de bonnes intentions, qu'on croirait tout droit sorti d'un pulp.

De fait, si cette image est intéressante et donne sa tonalité au livre, Cal n'est pas sans agacer parfois, notamment dans son manie de vouloir jouer au Dieu (avis aux nostalgiques, le récit, allez savoir comment, m'a rappelé le jeu Populous sur Amiga) : je sais ce qui est bon pour vous, je m'institue maître de votre destin, je connais la voie de la sagesse même si mes frères terriens et moi avons contribué à notre perte, mais après tout peu importe. Première leçon pour favoriser l'esprit d'équipe et aller ensemble de l'avant, je vais vous apprendre à jouer au football (!).

Cal comme facteur d'évolution ? Cela prête à sourire mais cet aspect des choses, face à la richesse du livre et des péripéties dont il se fait l'écho dans ce premier tome, ne représente pas un frein à la lecture.

Entre Planet opera, Ethno-fiction, Aventure et Fantasy, le mélange aurait facilement pu s'avérer indigeste, il ne fait que mettre en appétit. Ça tombe bien, l'intégrale tome 2 est déjà parue. Quant à la troisième, elle devrait voir le jour au premier trimestre 2013. Dans l'intervalle, les lectures ne manqueront pas pour patienter...

Les premières lignes, celles qui, en librairie, ont motivé mon acquisition :

Dans l'espèce de tube transparent où il repose, nu, le corps de l'homme est impressionnant de blancheur. Celle des cadavres. Ses cheveux, châtain très clair, presque blonds, ont poussé, mais leur éclat est tout de même encore trop vif pour être ceux d'un mort.
Le bruit d'un déclic vient rompre le silence pesant. Pas un bruit sec de machine bien entretenue, plutôt celui, hésitant, d'un appareillage qui fonctionne toujours, certes, mais avec un poil de retard. Dans une armoire murale un bourdonnement naît et, peu à peu, une horlogerie étonnante met en œuvre une multitude de cadrans qui s'éclairent.
Une sorte de gelée verdâtre glisse dans le tube transparent et vient recouvrir les pieds de l'homme, montant peu à peu vers son visage d'où s'échappent des dizaines de fils collés à la peau par une goutte d'un liquide durci. Insensiblement, comme la marée d'un océan, la gelée s'anime d'un mouvement de flux et de reflux qui s'accélère jusqu'à devenir nettement perceptible à l'œil.
Les heures passent...

Cal de Ter. Intégrale 1, de Paul-Jean Hérault, Milady, 2012, 593 p.
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