Affichage des articles dont le libellé est Serge Brussolo. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Serge Brussolo. Afficher tous les articles

09/12/2011

Agence 13, Les Paradis inhabitables - 3 - Le Chat aux yeux jaunes / Serge Brussolo


Serge Brussolo avait laissé Mickie Katz en bien mauvaise posture à l'issue de Ceux-d'en bas, deuxième volet de la série consacrée à l'Agence 13, les paradis inhabitables. Un livre et un revers de page plus tard, tout est comme effacé et Mickie reprend du service. La dame n'est pas du genre à lambiner. Qui plus est, l'agence a les comptes dans le rouge. Pour remplir les caisses, elle n'hésite donc pas à envoyer son meilleur élément en mission, quitte à jouer profil bas et rompre avec la singularité qui la caractérise : redonner une seconde vie et un nouvel éclat à des lieux ayant été l'objet de scènes de crime.

Pour autant, Mickie n'est pas au bout de ses peines. D'après les premiers éléments dont elle dispose, il semblerait effectivement que la jeune femme ait quitté le foyer d'une folie pour en investir un autre, d'une nature bien différente mais tout aussi inquiétante. Devenir décoratrice pour une série de télé, passe encore. Mais que penser lorsqu'il s'agit d'un vieux feuilleton réputé maudit après la disparition de l'un de ses acteurs principaux ? Que celui-ci a pour interprètes une horde de vieillards ambulants ? Peggy Floyd, star déchue mais encore riche, a en effet décidé de tourner de nouveaux épisodes du feu First Lady dans son manoir, avec tous ceux qui, de près ou de loin, avaient un jour travaillé dessus. La série n'est plus diffusée sur les ondes mais dans les hôpitaux ou autres maisons de retraites pour les quelques nostalgiques qu'elle compte encore. Et la malédiction qui l'entoure n'a apparemment pas connu les ravages du temps, ne s'est en aucune manière estompée. Mickie ne risque-t-elle pas d'en faire les frais ?

Lire une page de Serge Brussolo, ne serait-ce qu'une seule, cela s'apparente déjà à la traversée d'une frontière. Celle qui sépare notre monde de l'imaginaire de l'auteur. Vous pouvez toujours y aller bardés de vos références, de vos guides ou de vos bagages glanés au cours de vos précédentes incursions, traverser cette frontière, donc, de quelque manière qu'on le fasse, cela revient irrémédiablement à pénétrer en un territoire obscur, glauque et hostile, au gré duquel, mystères, surprises et chausses-trappes sèmeront l'exploration. Pas besoin de vous soucier d'un quelconque moyen de locomotion, la peur et l'angoisse vous serviront de carburant.

Le chat aux yeux jaunes ne détonne pas. Pas du tout. Une fois la frontière traversée, vous voici comme enfermé(e)(s) dans un grand magasin, peuplé de mannequins de cire qui, après l'heure de la fermeture, se mettent tout à coup à se mouvoir, difficilement, mécaniquement, laissant apparaître les défauts de leur peau à la lumière ténue des projecteurs.

Serge Brussolo, malgré quelques pirouettes et invraisemblances scénaristiques vite oubliées, nous offre donc une nouvelle fois un livre d'ambiance où le malaise plane du début à la fin, un malaise largement imputable à une mise en scène axée autour de vieillards se raccrochant à leurs espoirs déchus. Des vieillards en quête d'une éternelle jeunesse prompts pour cela à revêtir des costumes de latex de stars disparues, s'avilissant encore et encore, comme pour ne pas se laisser submerger par la déchéance.

Avec une intrigue tarabiscotée comme lui seul semble capable de les édifier, Serge Brussolo arrive à donner froid dans le dos et à vous laisser comme un goût de poussière dans la bouche. Vous voilà prévenus. Quoique, il se pourrait même que vous en redemandiez. Etrange, non ?

Agence 13, les Paradis inhabitables 3, Le Chat au yeux jaunes, Serge Brussolo, Fleuve noir, 284 p.

 
CITRIQ

22/09/2010

Les Paradis inhabitables 2, Ceux d'en bas / Serge Brussolo

Décidément, rien n'est simple pour Mickie Katz. Il faut dire qu'avec le boulot pour le moins insolite qu'elle exerce, ça ne doit pas être facile tous les jours. Bosser pour un cabinet immobilier en tant que décoratrice, c'est une chose, mais exercer ses talents pour l'agence 13 c'est une autre paire de manches. Surtout quand on sait que cette dernière est spécialisée dans la restauration de sites où se sont déroulés des crimes. Des contrats juteux sont bien sûr à la clé mais à bien y regarder, pas mal de déconvenues aussi, car ces lieux, outre leur caractère particulier, peuvent aussi se révéler le terreau de bien des excentricités. Mickie en a fait les frais lors de sa première mission, relatée dans Dortoir interdit.

Cette fois-ci, les choses ne s'annoncent guère mieux. Envoyée dans un village paumé du Montana, Mickie est chargée de concevoir les plans d'un futur parc de loisirs à l'endroit même où avait été perpétré un génocide sur la population indienne locale. La tâche aurait pu être aisée, enfin, plus facile disons, si les habitants n'avaient pas vécu dans une quasi-autarcie où, sous le masque de la prévenance, de la courtoisie et d'une certaine ouverture d'esprit s'exprimait en fait la peur, la colère, la déraison. Car ce n'est pas rien après tout, si chaque citoyen de cette petite bourgade accepte d'être la cible potentielle d'un archer caché dans la forêt avoisinante, et si shérif et maire ne semblent pas remettre en cause cette tradition, voire même de la cautionner au nom d'une expiation quelconque.

Je n'en dis pas plus. J'en ai peut-être déjà trop dit mais au moins le décor est planté. Juste planté car ce n'est rien en comparaison de l'ampleur que l'histoire va lui octroyer. Sous la plume de Serge Brussolo, on ne sait pas à quoi s'attendre, et s'il y a effectivement chez lui des constantes d'une histoire à l'autre, cela n'enlève en rien à l'originalité de Ceux d'en bas. Car ce décor, cette succession de décors même, qui ponctue le livre, représente à lui seul un personnage, lequel suscite tour à tour la peur, l'angoisse, l'appréhension mais aussi la curiosité et l'émerveillement.

Et les êtres de chair et de sang dans cette histoire ? Ils sont toujours aussi énigmatiques et humains chez Brussolo. C'est à dire qu'ils ne sont jamais ni tout à fait lisses ni tout à fait propres mais en proie à leurs tourments, assujettis à leurs zones d'ombres et à leurs pulsions, qu'elles soient bonnes ou mauvaises. La particularité dans Ceux d'en bas, c'est qu'ils sont aussi soumis au bon vouloir de l'auteur qui les balade en bateau, de faux-semblant en trompe l'œil, et cela contribue grandement au plaisir de lecture.

L'idée des Dortoirs inhabitables n'est pas jeune. Une première édition aurait déjà pu avoir lieu il y a plusieurs années mais, tractations contractuelles obligent entre les éditions Fleuve noir et Serge Brussolo, celle-ci n'avait pu se concrétiser. Mais plutôt que de partir dans d'obscures comparaisons entre ce qui aurait pu être et ce qui est, je me dis que le fruit de mes lectures du premier et deuxième volume de cette série ne laisse en tout cas la place à aucun regret.

Les Dortoirs inhabitables 2, Ceux d'en bas / Serge Brussolo, Fleuve noir, 288 p.
CITRIQ