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01/07/2017
Où s'imposent les silences : Revue de blogs
Où s'imposent les silences est paru il y a un peu moins d'un mois maintenant et quelques chroniques sont déjà parues. Petit tour d'horizon en cliquant sur les bannières des blogs.
24/06/2017
Dormeurs : Revue de blog
![]() |
Le site FantasyGate s'est penché sur le cas des Dormeurs, et il a semble-t-il apprécié :
"« Dormeurs » est un cocktail détonnant entre science-fiction et polar
qui ravira les lecteurs de ces genres de littérature… et les autres."
13/06/2017
Nouvelle parution : Où s'imposent les silences
Mon nouveau roman, Où s'imposent les silences, est donc paru il y a quelques jours avec une fabuleuse illustration de Pascal Casolari en couverture, dont, à n'en pas douter, vous avez déjà eu l'occasion d'admirer le boulot (jetez un petit coup d'oeil ici et ça vous rappellera à coup sûr certaines de vos évasions littéraires). La fébrilité est la même que lors de la parution de Dormeurs, l'envie de partager cette histoire avec les lecteurs tout aussi intense...
Et comme une histoire, justement, vaut mieux que de longs discours, je vous laisse découvrir le résumé de l'histoire, pour lequel nous avons tenté d'en dévoiler le moins possible tant la narration s'articule autour d'un effet de surprise. Tout ça pour dire que si vous voulez vous laisser colleter, ne lisez pas les lignes qui suivent...
D’où que vous veniez, quelle que soit votre Terre d’origine,
êtes-vous sûr de vouloir lire les lignes qui suivent ? De vous entendre
résumer une histoire en quelques mots sous prétexte qu’ils vous
éclaireraient sur son contenu ? Voulez-vous vraiment savoir ce que
recèlent ces pages ?
Soit. Sachez donc que vous allez partir à la rencontre d’un étudiant
confronté à un tableau de la Renaissance pour le moins anachronique,
d’un flic enquêtant sur un cadavre improbable, et d’une femme amnésique
se réveillant dans un champ désolé. Trois personnes rattrapées par le
déséquilibre des mondes.
Si votre Loi vous y autorise, ouvrez ce livre, avant que ne s’imposent les silences.
Il va sans dire que si vous souhaitez échanger autour de ce livre, les commentaires vous sont ouverts !
À bientôt, ici ou ailleurs...
Dormeurs : Revue de blog
Une nouvelle chronique pour Dormeurs par le blog Amélire en rouge : "C'est un thriller bien mené dans un univers sombre doté de personnages très bien écrits. C’est un roman atypique que j’ai énormément apprécié de lire et c’est encore une belle découverte".
21/02/2017
Les Oniriques 2017 - Méta & Morphoses
Les 10, 11 et 12 mars prochains je serai aux oniriques de Meyzieu sur le stand des éditions Le Peuple de Mü, avec Pierre Léauté et Michael Roch (dont le roman Moi, Peter Pan paraît demain !). L'invité d'honneur n'est autre que Pierre Bordage. Quant au programme, il laisse présager de bien belles choses !
La manifestation est aussi l'occasion pour le Peuple de Mü d'éditer l'anthologie officielle des Oniriques, dont je vous livre ici la couverture signée Gilles Francescano. Au sommaire : Sylvie Arnoux, Karim Berouka, Jean-Luc Bizien, Li Cam, Jean-Luc Marcastel, Ménéas Marphil, Bruno Pochesci, Valérie Simon, Laurent Whale.
13/05/2016
Dormeurs
Cela faisait longtemps que je n'étais pas venu ici... tellement longtemps d'ailleurs que je ne reconnais plus l'interface, c'est vous dire... Alors ce retour n'est pas innocent puisqu'il s'agit pour moi d'annoncer la parution de Dormeurs aux éditions Lepeupledemü.fr le 18 mai prochain, dans quelques jours donc. On dit souvent que voir un roman publié relève du parcours de combattant... eh bien c'est vrai. Peut-être aurons-nous l'occasion d'en parler à l'occasion. Pour ceux qui souhaiteraient en savoir plus sur Dormeurs ou sur sa looooonnnnnguuuue gestation, vous pouvez y aller de vos commentaires ou bien venir à ma rencontre : à Lyon, aux Intergalactiques pas plus tard que demain et après-demain ; à Montpellier le 27 mai à la Comédie du Livre et le 28 mai à Chambéry pour commencer. A très bientôt...
©illustration: Cédric Poulat
Résumé :
Il en est des rêves comme de la vie. Comment les traverser, comment les
affronter ? On peut être endormi et se rêver poète, espion, astronaute,
plongeur, aventurier, voyageur le long des côtes, sur la route,
sombrant dans n’importe quel abîme ou contournant les obstacles.
Fredric Jahan est l’un d’eux. Les images de son sommeil, enregistrées à l’aide de capteurs nanotechnologiques pour une clientèle fortunée, caracolent en tête des ventes. Mais un jour, ses rêves, trop réalistes, ne s’enregistrent plus…
03/11/2014
Avertir la Terre. 2, Terre embrasée / Aaron Johnston et Orson Scott Card
Si le
premier volume consacré aux origines de la Stratégie Ender, Avertir la Terre, situait pour une grande part son action dans l'espace, avec
Terre embrasée, on retrouve cette fois-ci le plancher des vaches.
Victor,
jeune homme minier de la ceinture de Kuiper a accompli sa mission. Il
a quitté sa famille, effectué un voyage de plusieurs mois dans une
navette et prévenu les Terriens de l'arrivée imminente
d'extra-terrestres aux intentions clairement hostiles. Malgré les
vidéos lui servant de preuve il a cependant bien du mal à se faire
entendre, à faire en sorte qu'on le croie. Dans un premier temps,
tout le monde soupçonne un canular et nul ne voit un lien de cause à
effet entre le brouillage généralisé des communications que
rencontre la Terre et le danger qui la guette. Seulement voilà,
vient un moment où l'inévitable se produit, où il la réalité
s'impose, aussi bouleversante et irrémédiable soit -elle. Les
extra-terrestres, les formiques, sont là et ils comptent bien
s'installer. Pour combien de temps, on ne sait pas. On ne peut
d'ailleurs pas dire qu'ils soient très... loquaces. A vrai dire, ils
ont plutôt tendance à trancher dans le vif, au sens propre comme au
figuré.
Le
rythme est ici identique au premier volume, pas d'essoufflement donc,
ni de baisse de régime, seules les situations changent. L'accent est
un peu plus porté sur le personnage de Mazer Rackham, à peine
esquissé dans Avertir la Terre, ainsi que sur un enfant chinois
lequel, ça n'étonnera pas les habitués d'Orson Scott Card, possède
une intelligence au-delà de la moyenne.
Et
parce qu'il s'agit d'invasion extra-terrestre, je ne peux pas faire
autrement que de comparer Terre embrasée à La Guerre des Mondes
d'Herbert George Wells et à l'hommage éblouissant que lui a rendu
Robert Silverberg dans Le Grand Silence*. Le contexte n'est pas le
même, l'époque n'est pas la même – sans parler du style bien
sûr, mais Aaron Johnston et Orson Scott Card ont frappé un grand
coup pour ce qui est de l'évocation de l'invasion à proprement
parler. Pas besoin de sortir les lunettes 3D, vous êtes plongé au
cœur des scènes et certaines ont de quoi vous donner des frissons.
Le clou est donc un peu plus enfoncé. Arrivé à ce stade, et
sachant qu'ils ne pourront pas non plus tirer trop en longueur en
raison de l'échéance Ender, j'ai comme l'impression qu'il le sera
complètement pour le troisième tome.
Petit
mot de la fin à l'attention de ceux qui se sont sentis floués,
trahis, trompés ou que sais-je encore à la fin de Retour vers leFutur 2 lorsque étaient apparus les mots A suivre avec ces cruels petits point de suspension sur le grand
écran, que vous n'aviez pas les réponses à toutes les questions,
que le suspense était insoutenable et que vous ressentiez comme un
vide en vous – arrêtez-moi si j'en fais un peu trop, hein – que...
que... que vous saviez en être pour une bonne année, voire plus, de
frustration, eh bien sachez que ce ressenti est aussi possible en
littérature. Le dernier chapitre de Terre Embrasée en est une
preuve édifiante. Quelle fin ! Mais quelle fin !
*Vous conviendrez qu'il est difficile
de faire entrer Martiens go home de Fredric Brown dans cette comparaison, même si
le livre est réjouissant à bien d'autres égards.
Terre embrasée de Aaron Johnston et Orson Scott Card, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Florence Bury, éditions de L'Atalante (La Dentelle du Cygne), 2014, 544 p.
19/10/2014
Wild cards / présenté par George R.R. Martin
Il faut savoir se montrer patient. Comme le disait à juste titre ce
cher Neil Gaiman à un de ses lecteurs l'interpellant sur George R.R.Martin et son travail d'écriture, les auteurs ne sont pas nos
« putes » (arguments à l'appui) . Ils ne sont pas à notre disposition, ont leur
propre vie, leurs propres coups de mou et ne parviennent pas toujours au bout d'une histoire, que celle-ci s'inscrive dans un cycle ou pas.
J'ai encore en tête le jour où j'ai découvert la couverture de la première parution en poche du Trône de Fer. C'était en 2001, dans une gare. Les éditions J'ai Lu venaient d'inaugurer leur nouvelle maquette, donnant ainsi un petit coup de jeune à leur collection SF et Fantasy. J'étais alors loin de me douter du succès qu'allait rencontrer ce cycle, encore inachevé à ce jour. Pour moi, il ne s'agissait alors que d'une histoire de fantasy supplémentaire sur le tapis de l'Imaginaire.
J'ai encore en tête le jour où j'ai découvert la couverture de la première parution en poche du Trône de Fer. C'était en 2001, dans une gare. Les éditions J'ai Lu venaient d'inaugurer leur nouvelle maquette, donnant ainsi un petit coup de jeune à leur collection SF et Fantasy. J'étais alors loin de me douter du succès qu'allait rencontrer ce cycle, encore inachevé à ce jour. Pour moi, il ne s'agissait alors que d'une histoire de fantasy supplémentaire sur le tapis de l'Imaginaire.
Il faut savoir se montrer patient. Oui. Et savoir s'estimer chanceux. Car sans la consécration du Trône de Fer, il aurait peut-être fallu attendre bien plus longtemps avant que le premier tome de l'anthologie Wild Cards ne soit enfin traduit, soit 27 ans après son édition originale.
Alors avant de découvrir les 20 autres volumes – patience, un
jour, patience toujours – parus entre 1987 et 2011 – parlons plutôt de cet ouvrage d'introduction qui a pour particularité de
planter un bien beau décor.
En 1946, la Terre a l'insigne honneur de connaître sa première
rencontre du troisième type. Bonne nouvelle, le troisième type en
question est plutôt sympa – sa tenue vestimentaire laisse un peu à
désirer, peut-être, mais c'est un type sympa. D'autant plus qu'il
est venu sur Terre pour empêcher un virus concocté par les siens
de se répandre.Peine perdue. Après l'intervention désespérée de
Jetboy, le poison se propage dans les airs. Ses effets ne tardent pas à se manifester, tuant 90 % de ceux qu'il touche. Les 10 %
restants sont soit devenus des jokers, des êtres ayant connus des
mutations abominables, soit des as, des femmes et des hommes investis
de pouvoirs extraordinaires. Le monde a un nouveau visage...
Le monde a un nouveau visage mais il ne prendra pas des virages si
différents du nôtre. Malgré les particularités des
as et leurs pouvoirs, les mêmes conflits internationaux auront lieu,
les même films sortiront, Kennedy sera bien assassiné, Nixon et
Reagan feront parler d'eux. En revanche, c'est dans les interstices
que les changements s'opèrent. Dans la chasse aux sorcières
impulsée par McCarthy ne seront pas seulement visés les
communistes, les as seront mis dans le même sac. Les jokers, obligés
de se masquer pour cacher leur abomination, se seront regroupés dans
un quartier de Manhattan, baptisé Jokertown,et lutteront pour la
reconnaissance de leurs droits.
Là où il n'y aurait pu y avoir qu'un regroupement de nouvelles sans
lien aucun les unes avec les autres si ce n'est le cadre de cet
univers, George R.R. Martin a su donner à ce recueil une cohésion et une
densité incroyablement fortes. Certes les auteurs exploitent chacun
à leur manière un personnage voire plusieurs personnages clés,
explorent les potentialités d'un pouvoir ou d'une tare, mais ils le
font toujours en restant fidèle au cahier des charges de la série.
Chaque histoire, aussi prenante soit-elle, sert ainsi de trait
d'union à une autre où l'on retrouve si nécessaire un personnage
rencontré plus tôt. Grâce à cette appropriation par chacun des
auteurs de l'univers proposé, l'écueil du catalogue de dons est
évité. A défaut de briller par leur originalité (télékinésie,
passe-muraille, homme-volant, force accrue, succube...), ces
derniers sont mis au service du background et de l'histoire qu'ils
portent. Au final, la curiosité et la fascination dominent dans un
bel ensemble.
Comme pour tout premier ouvrage d'un cycle suscitant l'engouement, je ne peux que terminer en soulignant l'impatien... non restons patient disais-je, en soulignant l'envie évidente qui est la mienne de découvrir la suite, apparemment prévue pour le mois de février prochain.
Ah si, j'allais oublier et ça n'aurait pas été pardonnable, on
trouve dans Wild Cards de bien belles plumes, plus ou moins connues.
Avec dans l'ordre d'apparition : Howard Waldrop, Roger Zelazny,
Walter Jon Williams, Melinda M. Snodgrass, Michael Cassutt, David D.Levine, George R.R. Martin, Lewis Shiner, Victor Milán,
Edward Bryant, Leanne C. Harper, Stephen Leigh, Carrie Vaughn, JohnJ. Miller... Dans les prochains volumes, certains de ces auteurs
disparaîtront, d'autres feront aussi leur apparition. Pour plus
d'informations, n'allez pas à aller fureter ici.
Lorhkan parle aussi de Wild Cards, alors n'hésitez pas à aller voir son blog, qui, soit dit en passant, vaut bien le détour !
Wild Cards, présenté par George R.R. Martin, éditions J'ai lu (Nouveaux millénaires), 2014,
Lorhkan parle aussi de Wild Cards, alors n'hésitez pas à aller voir son blog, qui, soit dit en passant, vaut bien le détour !
Wild Cards, présenté par George R.R. Martin, éditions J'ai lu (Nouveaux millénaires), 2014,
11/07/2014
Notre-Dame des Loups, un voyageur et des noeuds d'acier...
Ah l'été ! Ça ne vous aura pas échappé mais avec la douceur
estivale, on aspire à la légèreté des lectures. On veut se
détendre, profiter des vacances, se laisser aller à un calme
indolent.
Mais si le calme est indolent la météo, elle, est bel et bien
insolente ! Et puis l'heure des vacances n'a pas encore sonné
alors je vous invite à repasser pour la légèreté. Ne voyez pas
pour autant un état d'esprit particulier au regard des trois titres
au sommaire aujourd'hui, hasard des lectures oblige. Trois titres,
trois histoires aux registres très différents mais qui puisent tous
leur essence dans des univers sombres, noirs et inquiétants,
toujours hostiles.
On commence avec Notre-Dame des loups, signé Adrien Tomas. L'auteur
a déjà deux mastodontes* de fantasy à son actif que je n'ai pas lu
pour cause de rejet à caractère persistant du genre. J'y reviendrai
peut-être mais il faudra vraiment savoir se montrer convaincant.
Pour cet ouvrage, Adrien Tomas, et c'est tout à son honneur, n'a pas
hésité à changer d'univers et d'époque. Nous voici donc avec un
western fantastique, un one shot relativement court de très belle
facture. Preuve supplémentaire, s'il en est, qu'on peut faire du bon
avec du court...
L'Amérique, 1868. Les Veneurs n'ont qu'un seul et unique objectif,
terrasser les Wendigos qui sèment la mort et la désolation sur
leurs parcours. Derrière cette volonté farouche qui les a forcé à
fuir les leurs, à renoncer à tout ce en quoi ils croyaient, se
cache bien sûr un but ultime, faire ployer et succomber Notre-Dame
des Loups sous le feu de leurs balles d'argent.
La forme narrative
adoptée par Adrien Tomas dans ce roman a pour elle de maintenir un
intérêt constant pour l'histoire. Non pas qu'on s'en serait écarté
par ailleurs mais en proposant de la suivre successivement par chacun
des membres de la Vénerie, l'intérêt s'en retrouve redoublée.
Chacun apporte en effet son éclairage sur les rapports qu'ils
nourrissent les uns avec les autres, sur leurs propres moticvations,
sur les enjeux de leur quête et les liens, complexes ou ambivalents,
qui les lient à Notre-Dame des Loups. La tension est là,
l'ambiance glaçante et oppressante aussi et le final ne manque pas
d'un certain éclat... argenté...
Le Voyageur de James Smythe, mon avis est un peu plus mitigé. Et
pourtant la matière est là. Après avoir passé toutes les étapes
de sélection, le journaliste Cormac Easton obtient son billet pour
l'Espace. L'objectif du voyage est simple, aller plus loin qu'aucun être
humain ne l'a jamais fait. La conquête de l'inconnu comme nouveau
rêve pour une humanité en perte de vitesse. Il faut peu de temps
cependant pour que l'odyssée tourne à la déconvenue la plus
totale. Tous les passagers meurent les uns après les autres. Ne
reste plus que Cormac, isolé dans le vaisseau dans l'attente du
retour programmé.
En ce qui concerne
Si le livre est intéressant dans ce qu'il révèle du sentiment
d'isolement et de solitude et de ses incidences, notamment dans le
regard que Cormac porte sur lui-même, celui qu'il était, celui
qu'il est devenu, il m'a manqué quelque chose dans ce roman. Ou plus
exactement même si, comme je le disais, l'approche est intéressante,
je n'y ai pas cru. Mis à part peut-être à travers ses pensées le
ramenant en arrière, vers sa femme Elena et les étapes successives
amenant à sa sélection pour faire partie du voyage, la voix de
Cormac ne m'a pas touché. Il n'a jamais su me transmettre totalement
sa peur ni le vertige de sa fuite en avant dans le néant spatial.
Mais tout compte fait, c'est peut-être plus la sensation que tout
arrivait à point nommé, en raison de contingences narratives, qui a
fini de me laisser à l'écart et fait en sorte que Cormac me reste
aussi étranger qu'il s'est révélé l'être pour lui-même.
On finit en beauté même si de beauté, on en voit très peu dans Des noeuds d'acier de Sandrine Collette. Comme on y voit très peu de lumière, peu
d'espoir. Il y a pourtant des éclairs de poésie, vite rabattus
cependant par l'implacabilité du récit.
Théo sort tout juste de
dix-neuf mois de prison pour un crime commis à l'encontre de son
frère. Il n'aura pas le loisir de goûter longtemps à sa nouvelle
liberté. Retranché en pleine campagne, il se fait capturer par
deux vieillards qui l'enferment dans la cave de leur ferme et se font
de lui leur esclave.
Des nœuds d'acier a ceci de troublant qu'il se
passe à notre époque, que les événements qui y sont décrits
imprègnent le lecteur aussi bien par leur noirceur que par leur
plausibilité. Le calvaire de Théo est palpable du début à la fin
du récit, les mots qui l'illustrent sont comme des broyeurs. Ils
n'épargnent pas. Ils vont droit au but, ne se jouent pas de
complaisance. Il en est ainsi pour le cadre de l'histoire (la forêt,
la ferme, la poussière ambiante, les relents de crasse, de merde),
pour ceux qui la composent (les vieillards, leurs proches et leurs
victimes) que pour ce qu'ils dévoilent : la folie, la cruauté
et, bien plus que la confusion, la perte de soi, bien plus que
l'humiliation, l'avilissement. Le lecteur, et c'est tant mieux, n'est
pas épargné non plus car il est sans arrêt présent à chacune de
ces étapes de déconstruction. Il voudrait y aller de son
indignation, faire bouger les lignes autant que les actes mais il ne
peut rien faire d'autre que d'assister aux outrages dont est victime
Théo. Il ne peut que lire et s'émerveiller (!) de la manière dont
Sandrine Collette, dont c'est ici le premier roman, a su ferrer son
lecteur avec une histoire si glauque et oppressante. La force des
mots, encore une fois, le style, la psychologie des personnages avec
aussi, dans la balance, le poids des réflexions portées sur les
liens fraternels, fragiles jusque dans leur aspect fusionnel, ou sur
la violence rurale.
Pas étonnant donc que Des Noeuds d'acier ait
reçu le Grand Prix de la littérature policière 2013... et que mon
intérêt se porte aussitôt sur Un vent de cendres, un histoire
qui, encore une fois, a l'air de prendre aux tripes.
Voilà c'est fini pour aujourd'hui. Vous devriez maintenant savoir à quoi vous
attendre mais j'essaierai de faire plus gai pour la prochaine fois.
Notre-Dame des Loups, d'Adrien Tomas, Mnémos, 2014, 198 p.
Le Voyageur de James Smythe, traduit de l'anglais par Claude Mamier, Bragelonne, 2014, 352 p.
Des noeuds d'acier, de Sandrine Collette, Le Livre de Poche, 2014, 264 p.
09/06/2014
Corpus Prophetae / Matt Verdier
Forcément,
quand on travaille en médiathèque, on commande des livres. Quand on
s'occupe de l'achat de polars et de science-fiction, forcément bis,
on commande des polars et de la SF. Ça paraît évident. Peu importe
la taille de la structure où on travaille, peu importe les budgets
d'acquisition, on essaie d'avoir un œil sur l'ensemble de la
production éditoriale des domaines en question, histoire de ne pas
passer à côté de la perle rare. Cette veille permet entre autre de
prendre la température, presque malgré soi, des tendances ou modes
du moment. De celles qui passent aussi vite qu'un vaisseau spatial en
mode vitesse supralumique à celles s'inscrivant dans le temps comme
de vieilles chansons de pub qui vous polluent encore l'existence*.
Aussi
tous les mois ou presque, dès qu'un Da Vinci Clone sombre dans
l'oubli, il y a grosso modo trois bouquins à même d'ébranler
l'histoire de l'humanité qui repoussent de l'hydre original. Et puis
tu peux y aller, hein, pas d'Hercule à l'horizon ! Pour un peu on pourrait croire qu'il se pique un p'tit roupillon dans une
écurie...
Enfin,
je dis ça... je râle chaque fois qu'ils pointent le bout de
leur nez, avec leurs résumés calqués les uns sur les
autres... mais après ? Ils trouvent bien leurs lecteurs ces
livres. Oui, mais avec cette profusion de titres et ces a priori à la
peau dure, j'ai bien failli passer à côté de Corpus Prophetae. Failli seulement car j'ai la chance d'aller traîner
régulièrement mes guêtres chez Unwalkers, et la manière dont leur
boss a parlé du livre a su me convaincre de baisser la garde. Sans
compter qu'on parlait des éditions Mnémos qui sortaient là leur
premier thriller. Teinté de SF, quand même, voire même de
fantastique, parce que sinon ce ne serait pas vraiment Mnémos. Une
frontière des genres comme je les aime.
Victor
Montalescot est un archéographe. Dans le futur cela désigne un
voyageur temporel dont la mission consiste à remonter dans le passé
pour dresser la biographie de personnages célèbres, quitte pour
cela à restituer la vérité historique. Pour autant cela ne veut
pas dire qu'il est autorisé à en changer le cours. Là-dessus, les
règles sont strictes, le danger trop grand. Suite à de récentes
découvertes pour le moins déconcertantes, l'organisation pour
laquelle travaille Vincent reçoit l'autorisation du Saint-Siège –
qui freinait des quatre fers jusque-là - pour qu'il devienne le
biographe de Jésus. Il n'est pas au bout de ses peines.
MattVerdier signe là un impressionnant premier roman. Il va là où on
ne l'attend pas, ce en quoi il frappe d'emblée très fort. On est
clairement à la frontière des genres avec un personnage principal
assez sombre, pas forcément toujours sympathique avec son côté je
souffre et je vous emmerde tous. De ce point de vue là, le côté Hard-Boiled est assumé, rien à dire. Et par ailleurs, on a
aussi le vertige occasionné par les voyages dans le temps, les
changements de points de vue, un éclatement de perspectives qui
ravissent le lecteur. Aussi bien par le rythme que cela induit –
des montées, des descentes, des revirements, le calme avant la
tempête - que par les événements eux-mêmes où les révélations
qui ponctuent le récit. Dans malheureusement beaucoup de thrillers,
le schéma est classique : en fin d'ouvrage la sacro-sainte
scène d'action, le bavardage pour boucler la boucle, à nouveau
scène d'action, final tonit(r)uant épuisant, tout le monde il est
heureux ou bien tout le monde pleure. Là, c'est différent. Matt
Verdier distille les éléments constitutifs de son intrigue au
compte-goutte, les parsème au long cours de son récit. Le lecteur
est alors dans un état de tension tel qu'il veut toujours en savoir
plus. Au lieu de se sentir écarté, de se perdre dans le dédale de
l'intrigue comme cela peut se produire quand il y a une trame trop
complexe, trop stratifiée, il n'a pas la sensation d'être laissé
au bord de la route. Au contraire, il devient partie intégrante de
l'investigation en faisant les connexions petit à petit, allant
jusqu'à élaborer les hypothèses les plus folles. Acteur et
spectateur à la fois.
Mais
ne soyons pas trop bavard même si, c'est vrai, j'aurais aimé vous parler aussi des épisodes intitulés la « Brèche ». Ces
passages sont courts mais intenses. Le troisième, particulièrement,
m'a vissé sur ma chaise. Ne comptez pas sur moi pour en dire plus,
j'appâte juste le chaland. Mais pour la bonne cause, 'tention, car
la surprise, la très bonne surprise, est au rendez-vous. A l'image au
fond de l'univers créé par Matt Verdier qui ne se refuse rien, ose
tout même l'improbable. Au point que ma foi, pour un bouquin si
diablement maîtrisé, j'aurais bien envie d'en redemander. Je dis
ça, je dis rien...
*: Désolé
Corpus Prophetae, de Matt Verdier, éditions Mnémos, 2014, 427 p.
04/06/2014
Silo origines / Hugh howey
Cher lectrice, cher lecteur,
Si d'aventure, tu n'avais pas encore lu Silo, je te déconseille fortement de t'aventurer dans la chronique qui va suivre. D'habitude je rechigne à spoiler à tour de br... à coups de clavier enflammés... mais là, là... C'est comme qui dirait impossible de passer à côté de certains détails. Si en revanche tu as lu Silo, je me dis que tu ne liras pas non plus cette chronique pour la simple et bonne raison que tu te seras peut-être déjà précipité sur cette suite quelque peu particulière...
A la fin du premier tome, Hugh Howey avait laissé ce qu'il faut de
zones d'ombre pour donner l'envie d'en savoir plus concernant le
monde post-apocalyptique qu'il avait créé. On savait que la
parution suivante devait en éclairer une partie en revenant sur les
origines même du Silo quand la suite s'attacherait à lever le voile
sur son avenir.
C'est donc avec une certaine avidité qu'on se lance dans la lecture
du présent ouvrage. L'envie est là, bien là, de connaître les
raisons ayant pu pousser une partie de l'humanité à provoquer
volontairement un cataclysme impliquant – jusqu'à preuve du
contraire - la mort de milliards d'individus ; de voir comment
s'opérerait la jonction avec les événements relatés dans le
premier tome ; d'appréhender l'envers d'un décor bien mystérieux,
susceptible de le rester encore en partie, suffisamment en tout cas
pour que l'avidité évoquée plus haut soit à nouveau de mise lors
de la parution du troisième tome. Une avidité qu'on ne devra
cependant pas tant au livre dans son ensemble, lequel offre un
intérêt en dents de scie, qu'aux interrogations qu'il suscite en fin de lecture.
Silo Origines est composé de trois grandes parties s'articulant
autour de deux fils narratifs distincts. Dans la première, on fait la connaissance d'un certain Donald à deux époques différentes. Avant le chaos d'abord, puis à
l'occasion de son premier réveil - vive la cryogénisation !. Ancien député, il a participé
activement à l'élaboration architecturale des silos sans rien
savoir, au début tout du moins, de l'engrenage de folie dans lequel
on l'embarquait malgré lui. Son implication dans le projet n'est en effet pas
étrangère aux liens que sa famille entretient depuis longtemps avec
le grand sénateur Thurman, un proche dont il s'avère devenir un
pion incontournable dans le flou de ses plans courant... sur un très
long terme. A Donald donc les interrogations multiples relatives aux
choix effectués par son mentor, à son implication, à sa faculté
de changer les choses, si tant est qu'il le désire ou en soit même
capable.
En parallèle à ces réveils successifs apparaissant comme des balises à la pulsation des silos, à la
fièvre qui les consume, on suit d'abord le parcours de Mission, un
porteur dont le travail consiste à faire transiter des marchandises
le long des étages de sa prison souterraine. Puis vient le tour de
Jimmy, alias Solo, déjà aperçu dans le premier tome. Ces deux
personnes ont pour point commun de vivre de très près les moments
critiques du Silo où ils évoluent, d'en être les victimes d'une
façon ou d'une autre.
Renouer avec l'univers créé par Hugh Howey s'est avéré
captivant, surtout au début lorsqu'il s'est agi de toucher du doigt
à une partie de ses origines. Ne nous y trompons pas, toutes les
réponses ne sont pas encore là. Il demeure en effet une certaine
opacité relative à l'Ordre, sorte de Bible du parfait survivant
auxquels se réfèrent ceux qui sont dans le secret. Les choses, en
tout cas, ne paraissent pas aussi simples telles que les rapporte le
sénateur Thurman à Donald. On devine encore bien des révélations
à venir.
Là où l'intérêt marque cependant le pas, c'est dans les
péripéties relatives aux autres silos. Les soulèvements, les
crises qu'ils traversent sont un tantinet trop longues. Il y a comme
un air de déjà-vu et certains personnages, comme Mission par
exemple, manquent d'épaisseur. Comme si leur seule existence n'avait
qu'une vocation démonstrative. La mécanique très (trop ?)
bien huilée des alternances de point de vue, contribue à donner un
aspect artificiel à certains personnages ou événements.
Pas de quoi tirer sur l'ambulance pour autant. Dans la dernière
partie, l'intérêt se réveille à nouveau, que ce soit dans
l'évolution psychologique de Donald, ou bien encore dans l'évocation
du personnage de Jimmy. Hugh Howey lève le voile sur certains
mystères, en diffuse d'autres de manière très habile, au point,
comme je le disais, de donner envie de connaître le fin mot de
l'histoire. J'en serai.
D'autres avis, partagés ou non chez Gromovar, Lune, Lorkhan, Virginie, Philémont, Cajou
D'autres avis, partagés ou non chez Gromovar, Lune, Lorkhan, Virginie, Philémont, Cajou
Silo origines, de Hugh Howey, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Laure Manceau, Actes Sud (exofictions), 2014, 576 p.
25/04/2014
Car les temps changent / Dominique Douay
Un mois après L'Impasse-temps, bien plus qu'une agréable surprise,
paraît Car les temps changent, du même auteur. Quiconque les lira
de manière rapprochée pourra noter quelques concordances dans ces
romans, concordances qui n'auront pas à voir qu'avec leur titre.
1963. La Saint-Sylvestre s'annonce et tous les habitants, tandis que
le visage du Général apparaît sur les écrans, ne vivent pas
l'événement de la même manière. Certains l'attendent presque
depuis le 1er janvier dernier tandis que d'autres s'inquiètent de
ce qu'ils vont devenir, de qui ils vont devenir. Chaque année
en effet, on remet les compteurs à zéro, la loterie des
personnalités est ouverte. On change de statut social, de carrière.
Le directeur de banque peut devenir le clochard du quartier, le
barman troquer son bistrot pour les bureaux d'une agence de
voyage... sans se rappeler sa vie d'avant. Du passé, on fait table rase. Sauf que cette fois-ci, une
personne, une seule, garde en lui l'intégralité de ses souvenirs passés, sait tout de la personne qu'il était lors du dernier
Changement. Mais comment faire pour continuer à vivre dans un monde
qui révèle bien plus de surprises que ce à quoi on aurait pu
s'attendre ? Comment rester le même quand tous les autres ont
changé, quand le monde que vous croyiez connaître, dont vous
pensiez maîtriser les codes, aussi injustes vous paraissent-ils,
repose sur des fondations branlantes ? A moins que ce soit vous
le problème... ?
Car les temps changent est un roman diablement et efficacement
déroutant. Pour autant, cela ne veut pas dire que le lecteur sera
égaré en cours de route, quand bien même, tel un Philippe K. Dick
auquel on ne peut manquer de l'associer, Dominique Douay se joue de
la réalité... ou de l'idée que l'on se fait de la réalité, allez
savoir... Le rapprochement avec Dick paraît pour la peine évident,
mais sous la brûlante et brillante écriture de l'auteur, j'ai aussi
retrouvé l'inventivité et la folie d'un Boris Vian. Dans les images
parfois, dans la représentation de Paris, le vertige des Citésobscures de Peeters et Schuitten, les perspectives d'un Escher...
Une fois les bases du Changement accepté, les perceptions du lecteur
s'altèrent progressivement. Les éléments que l'on considère comme
acquis se troublent peu à peu, se défragmentent avec pour
conséquence de générer une surprise croissante, jusqu'à nous
faire douter de tout. Pour jouer de cet effet, Dominique Douay
n'hésite pas à jongler avec les genres, le récit faisant alterner
sans transition, le je, le tu, le il... le tout avec une fluidité
déconcertante. Ces éléments servent de faire-valoir à la dualité
de Léo, le narrateur. En devenant le seul être à ne pas subir les
turpitudes du Changement, il est à la fois libre, exempt des
contraintes du système, mais aussi prisonnier de sa nouvelle
condition, soumis à une forme d'enfermement à la fois mental,
temporel et géographique... La question se pose alors de savoir
comment il va pouvoir jouer de ces dimensions sans perdre la raison
ou sombrer dans la folie. Comment il va pouvoir s'affranchir de cette
dualité.
Sans dénigrer l'intensité de son récit, Dominique Douay nous
invite aussi à emprunter des pistes de réflexion variées ayant
trait au contrôle des masses, à la propagande et, indéniablement,
à la place de la liberté individuelle dans la société, à ses
enjeux, ses limites... brillant de bout en bout.
Car les temps changent de Dominique Douay, Les moutons électriques (Hélios), 2014, 190 p.
04/04/2014
L'Impasse-temps / Dominique Douay
Au petit jeu des pouvoirs qu'on aurait imaginé posséder un jour,
celui de figer le temps arrive bien souvent en tête.
Qui n'a pas rêvé de suspendre le cours des choses, rester mobile
quand les autres, tous les autres, seraient figés et soumis à notre
bon vouloir ?
Ce don, Dominique Douay l'a donné au narrateur de L'Impasse-temps.
Mais, vous le verrez, si les potentialités et les perspectives qui
lui sont offertes sont nombreuses, voire infinies, elles n'auront en
réalité rien de ludique.
Serge Grivat est dessinateur de bandes dessinées. Il alterne période
de vache maigre sur période de vache maigre, poursuit une vie morose
dans laquelle chaque échec est vécu comme une blessure profonde. Et
un jour tout change. Tout change lorsque, sans rien avoir prémédité,
il fait l'acquisition d'un objet aux allures de briquet. Une petite
pression sur une pièce de métal et le silence se fait brutalement.
Le monde s'ouvre à Serge dans sa fixité la plus redoutable. Libre à
lui alors de relancer la marche du temps quand, dans l'intervalle, il
aura pu assouvir bien des fantasmes, sexuels ou non, devenir le
photographe de corps malléables soumis à son inspiration du moment,
s'enrichir, oser l'impensable... avant, peut-être, de payer le prix
pour être entré en possession d'un tel pouvoir.
On ne saura jamais trop féliciter les moutons électriques - et les Indés de l'imaginaire à travers leur collection de poche Hélios -
d'avoir pris le pari de rééditer cette histoire parue initialement
en 1980 dans la mythique et défunte collection Présence dufutur. Sans quoi à moins de tomber dessus à l'occasion d'un
vide-grenier ou autre circonstance imprévue sans être improbable,
je n'aurais jamais eu le plaisir de découvrir la plume de Dominique
Douay.
Il y a, pour ce type de récit, une sorte de linéarité induite. Un
schéma récurrent. Première étape, loi du genre oblige, les
incontournables – mais nécessaires – pages à travers lesquelles le
héros, en l'occurrence le narrateur, prend la mesure du phénomène.
Ici, l'arrêt brutal du temps, le silence omniprésent, la recherche
d'explications logiques.
Lors de la deuxième étape, le lecteur se dit qu'il va enfin pouvoir
devenir le témoin des possibilités offertes par le pouvoir. Les
vivre comme par procuration. Et ça ne rate pas, même s'il ne
constate pas toujours les répercussions des interventions de Serge
Grivat sur ses victimes. Qui plus est, le narrateur, par la
connaissance qu'il a des prochaines étapes fictives qu'il a lu ou vu
ailleurs, par les scénarios qu'il a élaborés pour ses bandes
dessinées, évoque lui-même la suite logique des choses, les autres
schémas inébranlables de la fiction. Pour mieux s'en écarter au
final.
Car ensuite les lignes se brouillent. La linéarité est rompue.
Place à la surprise la plus totale. A l'effarement. A une forme de
fascination répulsive. Après avoir été proche du
narrateur, on ne parvient plus à se détacher de lui, mais on ne
fait plus corps avec ses choix ou ses orientations dont il devient,
par la force des choses, le seul détenteur. C'est en effet bel et
bien isolé qu'il subit le revers de la médaille imposée par sa
capacité à figer le temps, dont on ne connaît ni tenants, ni
aboutissants.
Le Moindre échec, et j'ai l'impression d'avoir tout raté.
C'est d'ailleurs dans cet instantané figé que Serge Grivat
fait étalage de sa personnalité complexe, laquelle donne toute son
ampleur au récit : à la normalité succède une excentricité
mesurée, puis démente, toujours articulée autour d'une frustration
grandissante. Sa revanche sur le monde - car c'est bien de cela qu'il
s'agit - ne s'exprime finalement que par lui et pour lui. Et malgré
toutes ses tentatives, la reconnaissance n'est jamais là.
Pour une fois je dominais entièrement la situation, pour une fois
je ne me sentais pas obligé de me préoccuper avant tout du plaisir
de l'autre. Pour une fois, je ne me sentais pas culpabilisé dès les
premières caresses par la certitude de l'échec.
Ce
groupe d'hommes dirigeait un pays ; si grands que fussent mes
pouvoirs, ceux qu'ils détenaient leur étaient supérieurs. Ou
plutôt, ils se situaient sur un autre plan:eux pouvaient les exercer
à la face du monde, alors que moi, je me trouvais condamné à
l'obscurité, au silence. Dans un sens, le désir n'était donc pas
exclu, même s'il n'était plus d'ordre sexuel.
Mais mon état d'esprit était à présent très différent de ce
qu'il avait été quelques semaines auparavant. Cette fois,
j'entendais me venger de toutes les frustrations, de toutes les
humiliations.
Alors bien sûr, on pourrait accoler à ce livre une réflexion sur
le pouvoir, sur l'exercice du pouvoir. Sur ses impacts. Pour ma part,
toute son essence s'est affirmée dans la peau d'un personnage, dans
son humanité, dans sa quête pour exister aux yeux des autres sans
jamais y parvenir tout à fait. Ou si peu...
Moi je vous le dis, ce bouquin c'est une perle. Rare et parfois bien
grinçante, la perle, 'tention. Il va sans dire que vous faites ce
que voulez mais en ce qui me concerne, je me suis déjà procuré Car les temps changent, du même auteur, qui sort tout juste de presse et je vais guetter ses prochaines parutions... ou faire les vide-greniers.
L'Impasse-temps, de Dominique Douay, les moutons électriques (Hélios), 2014, 190 p.
25/03/2014
Date limite / Duane Swierczynski
"Vous voyez ce corps étendu sur le plancher, marinant dans
une flaque de son propre sang ? C'est moi".
A écouter
cette phrase par laquelle débute Date Limite, on croirait presque
entendre la voix off d'un film. Mieux, on croirait presque voir un
grand écran en entendant cette voix. Mais qu'on ne s'y méprenne
pas, c'est bien de mots qu'est faite cette histoire singulière.
Mickey Wade s'est vu congédier de son travail de journaliste. Aussi,
comme il se retrouve presque du jour au lendemain sans ressources, sa
mère lui propose d'emménager chez son grand-père lequel est à
l'hôpital, en proie à un coma depuis près de deux mois. Mickey
retourne donc vivre à Frankford, un quartier mal famé où violence
et trafics règnent en maître, un lieu où a également sévi un
tueur en série à la fin des années 80, Le Tailladeur de Frankford.
Épuisé et quelque part abruti par ce retour en arrière, Mickey
veut sombrer dans le sommeil. Il trouve des somnifères dans
l'armoire à pharmacie de son grand-père, sombre... et se réveille
en 1972, dans le même studio. Les personnes qu'il croise alors ne le
voient pas, ne l'entendent même pas, à l'exception apparemment d'un
jeune garçon. Revenir en arrière. L'opportunité est trop belle
d'investir le passé et qui sait, d'éclairer les zones d'ombre de
l'histoire familiale, de l'assassinat de son père...
Il n'est jamais facile de décliner ensemble les couleurs du polar et
de la science-fiction. Certains s'y sont même cassé les dents.
Duane Swierczynski quant à lui, s'en sort haut la main. L'aisance
avec laquelle il déroule son histoire est étonnante. Sans doute parce qu'il invite dès les premières lignes à
avancer de concert avec son héros, loser fragile et sympathique qui
subit les événements plus qu'il ne les provoque. Ou, quand il les
provoque, ne mesure pas toujours les incidences ni les répercussions
de ses actes.
Mais s'il est une autre grande qualité à ce livre, outre le soin
apporté à la construction des personnages qui gravitent avec
bienveillance ou non autour de lui, s'il est une autre grande
qualité, c'est la solidité de l'intrigue, diablement ficelée.
Régulièrement je me suis surpris à échafauder des hypothèses sur
la réelle nature des événements passés, sur les motivations des
uns et des autres, sur leurs degrés d'implication. Et toutes ces
hypothèses, toutes, se révèlent possibles avant que le doute ne
s'instille à nouveau, laisse la place à une autre tout aussi
probable. Il ne reste plus ensuite qu'à continuer de s'inscrire dans
les pas de Mickey, jusqu'à ce que la vérité prenne définitivement
le pas sur le reste, sans qu'on l'ait pour autant vue venir dans sa
renversante globalité.
Aucun doute en tout cas que les amateurs de polars trouveront leur
compte dans ce Date limite, qu'ils ne seront pas rebutés par
l'aspect « science-fiction », et que ceux aimant les
histoires de voyage dans le temps se laisseront facilement prendre
dans les filets du roman noir... et qu'ils iront même lire les autres livres de l'auteur : The Blonde et A toute allure.
Date limite, de Duane Swierczynski, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Sophie Aslanides, Rivages (Rivages noir) 2014, 272 p.
18/03/2014
La Peur géante. Tome 1, La Révolte des océans / Denis Lapière, Mathieu Reynès, d'après le roman de Stefan Wul
Je serais bien le dernier à me plaindre de travailler en
médiathèque. Non pas pour tous les avantages que les gens
s'imaginent en général. Je précise au passage, pour tenter de
briser un cliché largement répandu et qui revient le plus souvent,
que non, je ne passe pas mon temps à lire au boulot. En revanche,
j'ai l'opportunité de lire certains livres ou autres bandes
dessinées, ou bien de voir des films avant qu'ils ne soient mis à
disposition du public. Tout ça en direct de my home associated,
histoire d'être cohérent avec ce que je vous disais à l'instant.
Et parfois il arrive que je découvre des perles au hasard de mes
pérégrinations dans les locaux de réception, quand bien même la
curiosité naturelle n'aurait pas été activée. Une BD en tête de
rayonnage et l'affaire est jouée. C'est dire si l'équipe d'Ankama,
ou même Denis Lapière et Mathieu Reynès, qui avaient déjà eu
l'occasion de bosser ensemble sur l'incontournable Alter Ego, ont
fait du bien beau job en matière de couverture qui attire l'oeil,
avec cette teinte bleutée dans laquelle se baigne un grand visage
d'homme barbu, des bulles éparses autour de son visage, les yeux
grands ouverts avec une forme énigmatique se dessinant dans ses
iris.
Ce visage on va très vite apprendre à le connaître. Il s'agit de
celui de Bruno Daix, nageur pour l'A.U.E.M. Il est en congès depuis
peu mais son boss, Driss Bouira le sollicite pour une mission de la
plus haute importance dans le Pacifique Nord. Il s'agirait,
peut-être, de découvrir pourquoi depuis quelque temps, l'eau ne
gèle plus sur Terre. Nous sommes en 2157, la chaos est à portée de
mains.
A l'image de la couverture, le lecteur de la Peur géante se retrouve
très vite hypnotisé par l'histoire et les dessins qui la portent.
Hypnotisé et néanmoins porté par le courant d'une narration vive
et alerte. L'action se met très vite en place après la scène
d'introduction. Bruno Daix se retrouve en transit à l'aéroport
d'Oran quand l'inexplicable se produit. La fonte des glaces s'est
accentuée provoquant un gigantesque tsunami qui ravage toute la
surface de la Terre. Les planches qui décrivent la catastrophes se
révèlent totalement sidérantes, angoissantes.
J'ai lu La Peur Géante, le livre de Stefan Wul, il y a fort
longtemps, sans en garder un souvenir très prégnant. A la lecture
de la BD, je mesure combien je devais être trop jeune à l'époque
pour en apprécier toute la teneur. Le roman puise en effet sa force
dans des considérations écologiques dont je ne mesurais pas la
portée à l'époque. L'adaptation riche en événements et en
rebondissements parfaitement maîtrisés, appuyée d'une pertinence
et d'une cohérence coloristiques, a provoqué, je l'avoue, la
volonté de me replonger dans le roman pour avoir – à nouveau –
le fin mot de l'histoire... en attendant la suite de l'adaptation.
Mission accomplie en tout cas de la plus belle des manières pour
Denis Lapière, Mathieu Reynès, y compris pour ce qui est du dossier consacré à Stefan Wul en fin d'ouvrage. A sa lecture on aurait envie
cette fois-ci de lire toute l'œuvre de l'auteur et toutes celles que les éditions Ankama ont eu la bonne idée d'adapter. Quand les mots et
l'images se complètent de la sorte, c'est du tout bon.
La Peur géante. Tome 1, La Révolte des océans, de Denis Lapière, Mathieu Reynès, d'après le roman de Stefan Wul, Ankama, 2013, 48 p.
11/02/2014
Avertir la terre : la première guerre formique (aux origines de la Stratégie Ender)/ Orson Scott Card et Aaron Johnston
L'histoire d'Ender, à la base, était une nouvelle parue en 1977
dans la revue Analog. Elle aurait pu se noyer dans le flot des
productions que le genre connaît, mais non. La nouvelle est devenue
roman. La Stratégie Ender, prix Hugo et Nebula, a connu plusieurs
suites, une déclinaison en comics pour Marvel, une série de romans
parallèles avant de devenir – après des années d'attente - ce
que certains d'entre vous n'auront pas manqué de voir en 2013, un film réalisé par Gavin Hood avec Harrison Ford et Asa Butterfield
entre autres...
Avertir la terre, quant à lui, avant de devenir un roman était un
comics déjà co-écrit par Aaron Johnston et Orson Scott Card. Peu satisfaits de n'avoir pu y mettre tous les éléments qu'ils avaient imaginé, les deux hommes ont trouvé dans la forme romanesque un terrain de jeu propice à leur imagination.
Nous sommes donc cent ans avant la stratégie Ender. En plein espace,
dans la barrière de Kuiper, des mineurs, issus d'une même
communauté, procèdent à l'extraction des métaux d'un astéroïde.
La routine pour eux. Du moins jusqu'à ce que l'un des membres de
l'équipage ne décèle quelque chose d'anormal dans son système de
sonde spatiale. Un navire, sans doute extra-terrestre, fend l'espace
à une vitesse sidérante. Et tout semble indiquer qu'il se dirige
vers la Terre...
Quand on me dit séries à rallonge, quand lesdites séries se voient
affublées de préquels
ou de suites, j'ai plutôt envie de prendre mes jambes à mon cou. Ça
va bien de tirer le fil d'un succès, mais parfois, à trop le tirer,
ce fil, il finit par casser.
Mais - car il fallait bien un mais - je ne pouvais pas passer à côté
des origines de La Stratégie Ender, qui reste pour moi - attention
déclaration grandiloquente - l'un des meilleurs livres de
Science-Fiction. Pas la peine de tergiverser, je ne pouvais pas
passer à côté de ce titre, quand bien même je ne fonce plus
aveuglément sur les productions inégales de monsieur Card,
lequel semble avoir pris ce qu'on appelle la grosse tête, et
dont certains propos ont eu le don de me hérisser le poil.
Passons. J'ai donc mis ma prudence de
côté et me suis laissé tout entier au plaisir de découvrir chacun
des protagonistes de cette histoire, à m'engouffrer dans ses mailles
dont je n'avais eu qu'un aperçu à travers la stratégie
Ender. Cette fois-ci, vous saurez tout des prémices de la première
guerre formique, des premiers contacts avec ces extra-terrestres dont
Ender devra, plus tard, devenir l'adversaire puis... n'en dévoilons pas trop non plus. Vous saurez tout,
aussi, de la manière dont quelques humains se seront battus, auront
fait alliance pour mettre en garde l'humanité, quand bien même
leurs intérêts auraient eu tendance à diverger.
Nul doute, Orson
Scott Card et Aaron Johnston ont su mettre à profit le travail
qu'ils avaient accompli pour la réalisation des Comics, poser les bases de ce premier volume d'Avertir la Terre et le rendre véritablement haletant. Par la même occasion, ils suscitent l'envie de lire la
suite qui, espérons-le, s'inscrira dans la même veine, réjouissante
et addictive.
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