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20/12/2013

Shining / Stephen King

Comme beaucoup sans doute, suite à la venue de Stephen King en France et à la parution de la suite de ce titre connu de tous, je me suis lancé dans la lecture de Shining – histoire de faire les choses dans l'ordre même si, nous dit-on, les deux ouvrages peuvent se lire indépendamment.

Non, je ne l'avais pas lu. Je n'ai pas vu le film non plus d'ailleurs, et ce fut une expérience pour le moins étrange et surprenante de le dire - l'avouer ? - autour de moi. D'un coup d'un seul, j'ai été à l'origine de transformations faciales qui auraient fait passer Freddy les griffes de la nuit, voire Saw – faut bien coller un peu à l'époque - pour un conte doux et sucré à l'usage des enfants sages. « Qwwwwâââââââ ?  Tu n'as pas vu Shiniiiiinnng ? » En réalité, je n'ai fait que deviner la phrase parce qu'avec la déformation si prononcée du visage, ça ressemblait plutôt à du chewing-gum. M'étonnerait de toute façon qu'on m'ait demandé : «quoi, t'as pas du darjeeliiiiing ?», tout le monde sait que je ne bois pas de thé...

En gros, je connaissais quand même l'histoire. 36 15 ma vie (pour la circonstance, imaginez une musique nostalgique et si vous n'en avez rien à fiche, sautez le pragraphe... ) : c'était il y a vingt-deux ans. Mon pote Pascal m'avait raconté l'histoire. Durant toute une soirée, il avait passé son temps à la lire tandis qu'on l'attendait pour un tournoi enfiévré à Sensible soccer. Je le revois, assis dans le salon en train de tourner fiévreusement les pages du j'ai lu de l'époque... Il s'est contenté de ce seul Stephen King, prétextant qu'il
voulait se faire une idée de ses livres, c'était fait on ne l'y reprendrait plus. Tu parles ! T'as eu les chocottes, Pascal, avoue !

Parce que oui, Shining tient en haleine et... fait peur. Délicieusement peur. La gradation dans la folie de Jack Torrance est subtile et redoutable à la fois. La tension est palpable, tenace. A ce titre, toute personne avide de sensations fortes sera servie. Mais si on gratte un peu, au regard de tout ce qu'a pu dire récemment Stephen King lors de sa venue, l'éclairage est tout autre, la part autobiographique du livre se révèle : celle relative à l'écriture et à son processus, bien sûr, mais aussi celle ayant trait à l'alcoolisme et à la dépendance, sur les ravages engendrés par cette addiction, sur l'impact qu'elle ne manque pas d'avoir sur la personne qui la subit ainsi que sur son entourage. Et étant donné que Carole en parle très bien sur son site, je vous invite vivement à aller la lire, et n'hésitez pas à vous laisser tenter par ses autres suggestions au passage.

Pour ma part, je m'en vais sous peu consulter un certain docteur... Sleep.

07/05/2013

22 / 11 /63 / Stephen King

Avec Stephen King, on ne sait jamais trop à quoi s'attendre. Le monsieur alterne le bon, le mauvais, le très bon, voire aussi le très mauvais, et bien entendu, pas forcément dans cet ordre. Ce serait trop simple.

Malgré une amère déception avec Dôme, un livre bavard et long (si long...), je n'ai pourtant pas hésité à me plonger dans 22/11/63, dernier ouvrage en date (hum...) de celui que l'on qualifie de façon un peu systématique, de maître de l'horreur*. Ma décision n'était pas uniquement induite par le consensus que le livre semblait faire autour de lui mais bel et bien parce que je ne sais pas résister à une histoire de voyage dans le temps. C'est comme ça, je n'y peux rien et je ne cherche même pas à changer la donne. Je ne sais plus si ça remonte à Retour vers le futur, La Fin de l'éternité, au Voyageur imprudent, à Autant en emporte le temps ou même à la Bande Dessinée Vortex, mais le fait est là, je succombe. Même partager il y a peu la lecture avec le fiston du J'aime lire n°423, Rendez-vous chez tante Agathe, ne m'a pas tant déplu, c'est vous dire... même si, en l'occurrence, mon attention se portait plutôt sur l'impact du voyage sur le petit gars en question. Quoiqu'il en soit, si vous-même avez des suggestions ou si vous voulez signaler votre meilleur souvenir en matière de récits d'incursions dans le temps, n'hésitez pas, la porte des commentaires vous est grande ouverte.

22 / 11 / 63... la date est célèbre, ancrée dans les mémoires. Ceux qui ont vécu l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy se rappellent encore l'endroit où ils se trouvaient en cet instant fatidique. Jake Epping, lui, n'était pas né. Pour autant, cela ne va pas l'empêcher de vivre l'événement de près, de très très près. Professeur d'anglais à Lisbon Falls, rien ne le prédestine à jouer les héros en tentant de déjouer les plans de Lee Harvey Oswald. C'est pourtant compter sans un ami, Al Templeton, gérant du dinner le moins cher du coin, en pleine forme un jour et bizarrement atteint d'un cancer des poumons en phase terminale le lendemain. Afin que son secret ne tombe pas dans l'oubli, Al emmène Jake dans la réserve de son restaurant où se trouve une brèche temporelle emportant en 1958 toute personne qui la traversera. Quel que soit le nombre de voyages effectués, le point d'arrivée sera toujours le même, le 9 septembre à 11 h 58. Au retour, seulement deux minutes se seront écoulées. Deux minutes qui porteront peut-être en elles les stigmates des changements imposés par le périple en Terre d'Antan. En guise de dernière volonté, Al demande à Jake de parachever ce que lui même n'a pu accomplir : empêcher l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Il lui remet toutes les notes pouvant lui être utile dans sa mission, de l'argent, des résultats sportifs... mais attention, le Passé n'est pas du genre à se laisser moduler.

Si Jake a pour objectif la survie de JFK et d'en juger les répercussions lors de son retour en 2011, il va néanmoins passer cinq ans dans une époque où il devra veiller à ne pas trahir son origine. De fait, il ne s'agit pas pour Stephen King d'axer essentiellement son récit sur un événement historique, mais plutôt de revisiter une période riche socialement et culturellement. J'ai personnellement redouté qu'il ne tombe dans le « c'était mieux avant », plusieurs remarques allant dans ce sens. Avec ses yeux de 2011, Jake Epping a la crise en tête, et il ne manquera pas en effet de s'étonner du prix des différents produits de consommation, du mode de vie des uns et des autres, rendus parfois plus aisés par une administration relativement souple. Mais la fascination toute naturelle qu'il éprouve à l'égard de cette Terre d'Antan ne vire pas non plus à l'angélisme pur et simple, loin s'en faut. Le racisme est là, bien là, suinte par bien des pores, l'homophobie aussi, et la condition féminine n'est pas des plus aisées. Jake le sait, l'humanité n'était pas plus reluisante hier qu'aujourd'hui. Les curseurs se sont peut-être déplacés mais la félicité n'est pas à l'ordre du jour.

Si Dôme avait fait preuve, à mon sens, d'un manichéisme exaspérant, c'est bien le contraire ici, où les personnages se révèlent autant dans leur fragilité que dans leur volonté d'accéder à une forme de simplicité. Ce n'est pas pour rien si, comme le dit Jake Epping lui-même, c'est dans les moments de solitude, en retraite à la campagne ou dans sa vie bien rangée de professeur à Jodie, la bourgade où il a élu résidence, qu'il avoue avoir vécu ses meilleurs instants. Simplicité donc, en parallèle  à une Histoire grondante qu'il ne s'agit pas d'occulter, pour autant qu'on le puisse ou le veuille seulement...

Autant le savoir, l'uchronie pur jus où, à partir d'un et si, l'auteur se serait employé à exploiter le champ des possibles, est pratiquement inexistante ici. Stephen King a mis toutes ses billes dans l'évocation du passé et c'est bien la force de sa narration qui fait mouche. Il pimente en effet son récit de détails évocateurs, générateurs d'images et de sensations saisissantes, n'oubliant pas, comme il le fait parfois, de dresser des passerelles avec ses autres livres. Derry 1957, ÇA vous dit quelque chose ? Entre les phases contemplatives assez réjouissantes du livre ― bande musicale incluse ― Stephen King place de façon très adroite les éléments qui vont relancer l'histoire, la pimenter ce qu'il faut pour emporter l'adhésion du lecteur. La mienne en tout cas. Au point même que si on me demandait quel livre de Stephen King je conseillerais en premier, celui-ci serait sans nul doute en haut de la pile...

CITRIQ
*Jacques Baudou dans ses critiques du Monde des Livres a heureusement contribué à casser cette image réductrice.

22/11/63, de Stephen King, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Nadine Gassie, Albin Michel, 2013, 936 p.

06/04/2011

Dôme / Stephen King




















Ça aurait pu être pire. Entendez par là que le roman aurait pu être beaucoup plus long. Ce n'est pas moi qui le dis, c'est Stephen King lui-même, dans la note qu'il a pris l'habitude de laisser en fin d'ouvrage à l'attention de ses lecteurs. En évoquant sa directrice littéraire, il écrit en effet qu'elle a « transformé le livre, du dinosaure qu'il était à l'origine, en un animal d'une taille légèrement plus acceptable. »

Cette remarque n'a pas manqué de m'interroger au regard du principal défaut dont souffre le dernier opus du maître de l'angoisse : sa longueur. Un tel livre aurait-il été édité en l'état si un auteur débutant l'avait soumis à un éditeur ? Je ne suis pas sûr.

Cette longueur est ici imputable à des détails incessants et malheureusement dispensables qui cassent régulièrement le rythme de l'histoire. Et pourtant, je fais partie de ceux qui pensent en général que c'est justement le souci de ces détails qui participent du plaisir que l'on peut avoir à lire Stephen King. Avec un rien, l'ambiance est campée, les personnages deviennent vivants, accessibles et... proches, en quelque sorte. Mais trop, c'est trop, et dans Dôme, il n'y a que la première partie qui convainc, celle où King plante le décor avec l'efficacité qui le caractérise et où le phénomène ne se fait pas, encore, trop sentir.

L'idée, celle d'un dôme (1) coupant subitement les habitants d'une petite ville du Maine du reste du monde, n'est pas nouvelle. Ella a cependant le mérite d'intriguer, ne serait-ce que pour savoir comment elle va être abordée. En ce qui me concerne, elle a donc rempli toutes mes attentes dans la première partie, mais le bavardage a eu raison de ma patience, au point de perdre toute empathie pour les personnages, de ne plus m'intéresser aux impacts engendrés par le Dôme sur la ville, prisme de notre planète soumise à la pollution et au réchauffement climatique. Et pour ceux qui se poseraient tout de même la question, oui, je suis allé jusqu'au bout – en m'octroyant quelques séances de lecture rapide - pour savoir. J'ai finalement lâché le livre sur un « tout ça pour ça » qui en dit long...

(1) : la bande dessinée Girls de Joshua et Jonathan Luna ou même Mystérium pour l'idée d'une ville coupée du reste du monde.


Dôme 1 et 2, Stephen King, traduit de l'américain par Olivier Desmond, Albin Michel, 640 et 565 p.
CITRIQ

19/10/2010

Juste avant le crépuscule / Stephen King, nouvelles lues par Michel Raimbault

Il est enfin fini le temps où l'on ne trouvait que des classiques et des romans du terroir en livre audio. Fini aussi celui des boîtiers de huit, neuf, dix CD pour un bouquin avoisinant les 350/400 pages dans sa version papier. La dématérialisation des supports est passée par là, le MP3 aussi. Aujourd'hui, l'offre s'est considérablement étoffée, s'est ouverte à tous les genres, et rencontre même un certain succès. J'ai d'ailleurs été surpris de voir l'espace et le nombre de titres qui lui était dédiée dans des librairies. En me procurant Juste avant le crépuscule, le dernier recueil de nouvelles de Stephen King, j'ai même été étonné que le lecteur, Michel Raimbault, ait rempilé après avoir déjà assuré le boulot pour Duma Key, livre audio paru dans la même collection. Le succès serait tel que, comme au cinéma ou à la télévision, les auteurs se voient attribués une voix ? Je me suis renseigné, j'ai fureté de droite à gauche. Le cas est encore isolé, hormis pour certaines maisons d'édition audio qui procèdent de la sorte, plus par nécessité en raison de la taille de leur structure et sans doute aussi de leur portefeuille, qui ne leur permet pas forcément d' acheter des voix.

Quoi qu'il en soit, il m'a fallu un certain temps pour me défaire d'une sorte de gêne en entamant Juste avant le crépuscule et ce, pour deux raisons. La première étant que j'ai immédiatement rattaché la voix à celle du narrateur de Duma Key. Le livre était assez long, j'avais eu le temps de m'y habituer. Ensuite, s'agissant de nouvelles, il m'a semblé que la tonalité grave et rocailleuse de Michel Raimbault ne correspondait pas toujours à l'âge ou au sexe des personnages, surtout lorsque les textes étaient à la première personne. Puis j'ai passé outre et me suis laissé emporter par les histoires... quand je n'ai pas littéralement décroché.

Le credo de Stephen King en matière de création, c'est de dire que "la vérité est dans les détails". On ne peut effectivement pas lui enlever de s'appuyer sur les petits riens du quotidien ou même d'évoquer un objet de façon si particulière pour aussitôt susciter une ambiance, voire même donner une authenticité à son récit. C'est dans l'équilibre des détails que ses histoires me semblent plus ou moins réussies.

Dans Juste avant le crépuscule, certaines nouvelles sont longues, trop longues et ne m'ont présenté du coup que peu d'intérêt. Dans le cas de celles-ci, ça n'a pas fait un pli, à chaque fois, j'ai perdu le fil de ma concentration, je n'écoutais plus.

En revanche, ce sont les nouvelles les plus courtes que j'ai trouvées particulièrement percutantes, à l'image de Fête de diplôme, récit de fin du monde, ou bien encore Le Rêve d'Harvey que je vous invite chaudement à découvrir. Il y a trois autres très bons textes dans le lot et où ne s'applique pas systématiquement le sceau de l'angoisse ou de la terreur. Petites mentions personnelles spéciales à Laissés pour compte, sa manière à lui d'évoquer le 11 septembre, Muet, où un représentant profite d'avoir pris un auto-stoppeur sourd et muet pour lui raconter les frasques de sa femme, et enfin, Ayana, histoire dans laquelle le narrateur est confronté à des miracles. Je n'en dis pas trop volontairement afin de ne pas gâcher votre plaisir à la lecture, si vous décidez de vous y plonger.

Sur douze nouvelles, seulement cinq sortent vraiment du lot. C'est, je crois, le problème avec ce genre de recueils, où l'on croise du bon et du moins bon.

Juste avant le crépuscule, Stephen King, traduit de l'américain par William Olivier Desmond, lu par Michel Raimbault, audiolib, 2 CD MP3, 18 h 35 mn