16/02/2011

Le Projet Bleiberg / David S. Khara

Le Deuxième livre* de David S. Khara, Le Projet Bleiberg, est l'exemple parfait du livre remportant un franc succès grâce au bouche-à-oreille. Je ne parle pas de buzz, comme on a coutume de dire maintenant - cette opération visant à faire du bruit autour d'un produit ou d'un événement - mais bien de bouche-à-oreille. Là, le livre a été lu, il a plu et a profité, petit à petit, d'un emballement des lecteurs. Une fois qu'on l'a terminé, on se demande d'ailleurs bien comment il aurait pu en être autrement. Car ce Projet Bleiberg est vraiment, mais alors vraiment, réjouissant à lire.

Il y a tout dedans : un thriller, de l'espionnage, l'Histoire, une histoire, de l'humour, de la dérision ainsi qu'un petit côté rétro pas déplaisant pour deux sous, bien au contraire. Oui, il y a tout ceci, des éléments clairement identifiés qui, sous la patte de David S. Khara, vous font toucher à quelque chose de nouveau, goûter à une expérience littéraire d'un autre genre, populaire comme on les aime. De celle, en tout cas, qui nous fait attendre la suite avec impatience même si ce Projet Bleiberg se suffit à lui-même.

Je crois avoir dit l'essentiel, j'ai rendu compte aussi fidèlement que possible de de mon ressenti de lecteur. Hein ? Le résumé, au moins ? Je vous laisse la surprise, elle est de taille. En ce qui me concerne, là, maintenant, après avoir été une oreille, je suis une bouche... avec le sourire, en plus, c'est dire !

*: le premier étant Les Vestiges de l'aube

Le Projet Bleiberg, David S. Khara, éditions critic, 260 p.

14/02/2011

Nager sans se mouiller / Carlos Salem

Juanito Perez Perez, le narrateur ne s'est jamais posé de question ni n'a vraiment ressenti d'états d'âme quant à son métier de tueur à gages. Il est pourtant le n°3 d'une très efficace organisation secrète du crime agissant sur tous les continents. Officiellement il est un employé d'une multinationale qui prend un mois congés avec ses deux enfants dans un camping du sud de l'Espagne.

Arrivé sur place il va retrouver, comme par hasard, son ex-femme et son nouveau compagnon, un juge médiatisé bien connu pour son incorruptibilité, ainsi qu'un ancien camarade d'enfance avec lequel il a, disons, certaines dettes morales...Et la morale, il en sera beaucoup question lorsque Juanito va commencer à s'interroger sur son métier et la façon dont il va pouvoir sauver sa famille du désastre annoncé.

Dans un style très différent de son premier roman publié en français (Aller simple), Carlos Salem, joue ici avec les codes du polar pour nous entraîner sur les chemins parfois sinueux de la morale individuelle ; il pousse loin la réflexion sur la condition humaine et sur la condition de tueur qui, bien entendu ne doit pas être considérée comme une condition ordinaire.

On sent poindre des regrets chez le narrateur, certes tardifs, mais tout de même des regrets, même s'ils ne sont pas forcément formulés en tant que tel, sur un choix de vie dont la motivation première était d'échapper à la banalité.

Toute vie étant préférable à une vie ordinaire, Carlos Salem ne nous rend pas pour autant son tueur sympathique – un tueur reste tout de même un tueur –, mais il nous le rend compréhensible, ce qui n'excuse en rien l'immoralité de sa profession. Un polar mené de main de maître, remarquablement traduit, et qui tient le lecteur en haleine d'un bout à l'autre.

Gilles Moraton

Nager sans se mouiller, Carlos Salem, traduit de l'espagnol par Danielle Schramm, Actes Sud (actes noirs), 230 p.

09/02/2011

Verdict / Justin Peacock

Je crois que, dorénavant, je vais arrêter d'évoquer les mentions spéciales faites sur les livres. J'ai déjà eu l'occasion de le faire ici et bon, c'est devenu tellement agaçant et tellement courant aussi qu'il vaut mieux passer, se préoccuper de l'œuvre, même si elle est aux antipodes de ce qu'on a bien voulu nous faire croire. Quand je dis on, je parle bien sûr des éditeurs. Il paraît que c'est pas facile en ce moment, alors tout est bon apparemment pour sortir du lot. Heureusement, il arrive qu'on ait du bol et que le livre ne soit vraiment pas mauvais du tout. Comme je le répète régulièrement ici, c'est pas mal d'être surpris. C'est plutôt la pratique qui me dérange, en fait. Tenez, dernièrement dans Livres Hebdo on a eu droit à une pub : « par l'éditeur de... » à laquelle il vous suffit de rajouter le titre d'un blockbuster de la mort pour que l'affaire soit dans le sac. Pour que vous soyez déjà prêt à taper à la porte de votre libraire ou à le contacter par mail pour qu'il vous le mette de côté dès sa sortie. Tsss...

Promis, bientôt, j'arrête d'en parler de ces apâte-lecteurs. Je m'octroie juste une dernière fois avec ce Verdict de Justin Peacock où sur la première page, vous trouvez un beau : « élu thriller de l'année par le Washington post ». C'est beau, hein ? Sauf que j'ai encore beau chercher le thriller, ben je le vois toujours pas. Y'a peut-être une petite sueur froide à un moment donné quand il y a une voiture qui se fait emboutir par derrière et que... non, je ne vais tout de même pas vous dévoiler l'unique scène d'action du livre qui découle de cet accident, non ? Alors du coup, quand même je me dis, ben mon BiblioMan(u), t'es plus à la page, tu dois te gourer dans la définition du thriller, ça a peut-être évolué depuis quelque temps. Les étiquettes, c'est bien connu, tout le monde s'amuse à les déplacer dans les magasins, alors dans l'univers des livres, tu imagines. Mais avant ça, je vais voir sur le site des éditions Sonatine et je vois une toute autre mention sur la page de ce Verdict : « Elu meilleur livre de l'année par le Washington Post et le Los Angeles Times ». Ma part naïve me fait penser que ce doit être un problème de traduction à couches multiples. Parce qu'après tout, voici ce qu'ils disaient dans le Washington Post : "When the prizes are awarded for this year's best first novel, 'A Cure for Night' will be competing for the gold. » En gros, si différents chroniqueurs de ce prestigieux journal disent la même chose pour les livres qu'ils ont aimé, il ne faudra pas s'étonner si on trouve plusieurs bouquins sacrés « meilleur livre de l'année par le Washington Post »...

J'arrête... j'arrête.

Avec cette entrée en matière, vous pourriez penser que je n'ai pas apprécié Verdict de Justin Peacock. Eh bien si. A plus d'un titre. Depuis que j'ai découvert Gianrico Carofiglio et ses romans judiciaires j'ai régulièrement des bouffées d'envie de lire des histoires se déroulant dans un tribunal. J'ai bien lu un ou deux Grisham il y a bien longtemps sans être vraiment séduit . Aussi quand un nouveau nom apparaît, j'essaie de le lire. Pour voir.

Et là, c'est quand même assez bien fait. Parce qu'avec cette histoire d'avocat déchu, contraint de devenir avocat d'office après une sordide histoire de drogue qui a coûté la vie à une de ses collègues avec qui il entretenait une relation, Justin Peacock dresse un portrait assez crédible de la justice américaine dans son mode de fonctionnement. J'ai hésité à dire réaliste, mais je ne suis pas spécialiste, alors...

En tout cas l'opposition très marquée qu'il dresse entre un avocat commis d'office et de cabinet est assez intéressante. L'argent et l'ambition sont bien sûr au centre de celle-ci et Justin Peacock ne manque pas de souligner que le travail, lui reste identique. Qu'il ne s'envisage pas uniquement en terme de carriérisme. (Un petit retour sur le Coupable idéal de Jean-Xavier de Lestrade pour illustrer ceci ne peut d'ailleurs pas faire de mal). Mais l'auteur ne s'arrête pas non plus à cette seule vision. Il revient aussi à plusieurs reprises sur la notion de vérité, précisant que celle-ci n'est pas forcément capitale dans l'instruction d'un dossier, l'objectif étant parfois de lui substituer une version convaincante à même d'innocenter un prévenu. Avec ce que cela implique de problème de conscience.

Verdict se lit avec un plaisir certain, on y trouve son comptant d'objections rejetées ou retenues, les apartés avec le juge, les ajournements... des éléments attendus, connus, et qui ont l'avantage d'être mis en scène autour d'un narrateur avocat, dont les préoccupations, qu'elles soient d'ordre professionnelles ou personnelles, toutes empreintes de doutes et d'une certaine forme de fragilité, ne laissent jamais indifférent ni insensible.

Verdict, Justin Peacock, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Johan-Frederik Hel Guedj, Sonatine, 450 p.

05/02/2011

Vert Palatino / Gilda Piersanti, texte lu par Hélène Lausseur

Avec Vert Palatino s'ouvre le deuxième ouvrage consacré aux saisons meurtrières de Gilda Piersanti. En cette période de Pâques, les premiers signes du printemps se font toujours attendre. Pas de floraison, pas de soleil ni de fraîcheur mais une pluie persistante, harassante. Et des crimes aussi, qui eux n'obéissent à aucune règle préétablie. Implacables, ils drainent toujours leur lot de victimes.

En dehors de ce déluge, comme toile de fond au décor de cette deuxième enquête de Mariella De Luca, il y a Rome, encore, et puis ce championnat de football de première division pour lequel la ville entière s'oppose et vibre à l'unisson.

Fidèle à elle-même, Mariella s'investit toujours autant dans ses enquêtes, quitte parfois à marcher sur les plate-bandes des autres services de police. C'est le cas notamment pour cette affaire de disparition d'une petite fille dans le Corviale, longue barre de logements dans la périphérie de Rome. Pas de témoins directs d'un éventuel enlèvement, pas d'indice non plus. Il y a bien le meurtre récent d'un homme dont on a retrouvé des traces de trafic de pédophilie dans son ordinateur. Peut-on raisonnablement penser que les deux affaires ont un lien ?

J'ai entamé la lecture de Vert Palatino avec le plaisir de retrouver Mariella De Luca et les autres personnages qui gravitent autour d'elle. Avec le plaisir aussi d'entendre la voix d'Hélène Lausseur me raconter cette histoire. Une histoire prenante où Gilda Piersanti monte encore en puissance dans la construction de ses intrigues, dans sa manière de mettre en scène ses personnages. Et de nous confondre. Il ne s'agit plus alors seulement de plaisir car elle parvient aussi à nous remuer, à faire en sorte que le cœur cogne dans la poitrine lorsque la vérité s'esquisse, petit à petit.

Et puis tout à coup, c'est le sang qui se met à battre plus fort dans les veines lorsque cette vérité, justement, nous éclate à la figure. On peine à la croire possible, on voudrait revenir en arrière, tout effacer comme si c'était encore possible. Il faut voir là-dessous toute la force gracieuse de Gilda Piersanti : en ayant pris les tempêtes de 2001 et le championnat italien de football de l'époque, en étant très précise sur ces sujets, elle ne fait rien d'autre que resserrer de façon très étroite les liens de la fiction et de la réalité. Manière de signifier que le crime est réel, que l'abject et l'effroyable sont aussi de la partie, toujours, autour de nous.

Vert Palatino, Gilda Piersanti, Sixtrid, 1 CD MP3 (6 h 50)

26/01/2011

Terre sans mal / Martin Lessard

Il n'aura sans doute pas échappé aux amateurs de science-fiction que les éditions Denoël ont créé il y a peu une nouvelle collection - baptisée Grand Public - dédiée elle aussi aux littératures de L'Imaginaire, et jouant même sur la frontière des genres. Si on avait encore ne serait-ce qu'une raison de s'interroger sur l'orientation de tel ou tel titre dans cette collection (Les Démons de Paris, Le Vaisseau ardent, Terre sans mal et d'autres à venir...), et pour peu qu'on s'intéresse seulement à la question, il faudrait vous rendre sur le blog de la mythique collection Lunes d'Encre où Gilles dumay, son directeur, n'hésite pas à réagir aux commentaires, à argumenter sur ses choix ou à nous faire vivre de l'intérieur les remous de l'édition française en général, et de la science-fiction en particulier.

Quoi qu'il en soit, ces interrogations de chapelle n'ont vraiment pas lieu d'être. Il m'aura suffi de lire Terre sans mal pour m'en convaincre. Ça ressemble à de la science-fiction, on dirait de la science-fiction, mais ce n'est pas de la science-fiction. Pas vraiment en tout cas. Ou, pour être exact, pas seulement. Afin de n'induire personne en erreur, disons que la science-fiction sert plus ici de socle à un discours philosophique et politique qu'à une rencontre du troisième type au sens où on l'entend habituellement en ce qui concerne ce genre.

Cette approche constitue d'ailleurs le seul écueil du livre. Non pas que le propos soit incompréhensible – loin de moi l'idée de me plaindre lorsqu'un livre invite à une telle réflexion. A vrai dire, il est même plutôt accessible et pertinent. Mais à l'image de ce que j'avais déjà évoqué concernant le Peindre au noir de Russell James, le fond et la forme ont évolué en parallèle sans jamais se confondre totalement. Pour être tout à fait honnête, je n'ai pas accroché aux personnages, sauf peut-être à U'Tal, ce jeune Guarani du XIV siècle ayant fui sa tribu pour marquer son désaccord avec celle-ci. Emmené – enlevé ? - par des extra-terrestres, il a pour mission, sept siècle plus tard sur notre échelle de temps à nous, un an sur la sienne, de servir d'intermédiaire concernant le marché qu'ils ont à proposer aux Terriens. Quant aux autres, qu'il s'agisse des résidents de la base sur Mars, les premiers à établir un contact avec le vaisseau extra-terrestre, du président des Etats-Unis, figure par trop caricaturée du mal, ou bien de ses opposants, je ne les ai pas sentis incarnés. Ils me sont plutôt apparus comme les souffleurs dans les théâtres à l'ancienne : des voix dont le seul but est de faire transiter une parole. Une belle parole, certes, mais qui n'a pas contribué à magnifier l'histoire pour autant.

Et c'est bien dommage parce qu'au final, toutes les réflexions, toutes les interrogations qu'il suscite sont du plus grand intérêt. Qu'il s'agisse de notre place en ce bas-monde, en tant qu'homme ou que citoyen, de notre implication nécessaire dans les décisions qui relèvent du droit commun, du respect des gouvernements envers la population, de la notion de choix, de libre arbitre... les pistes sont multiples, toujours riches, captivantes, utiles.

Impression en demi-teinte, donc, mais qu'on ne s'y trompe pas, Martin Lessard est un auteur à surveiller. Je ne dis pas cela juste pour lui faire plaisir – il vient sur le blog régulièrement – mais parce qu'à la lecture de Terre sans mal, cela ne fait aucun doute qu'il y en a sous le capot. Je guette...

Terre sans mal, Martin Lessard, Denoël, 409 p.
CITRIQ

21/01/2011

World War Z / Max Brooks

World War Z n'est pas le rapport officiel retenu par la Commission post-traumatique des Nations unies. C'est en réalité la partie jugée trop sentimentale, trop axée sur l'humain, rédigée par l'un de ses membres. Celui-ci s'est vu obligé de garder pour lui, pour nous, les témoignages des survivants, de ceux qui ont été confronté de trop près à cette guerre sans précédent ayant opposé humains et morts-vivants.

Des hommes, des femmes aux parcours et aux horizons très différents reviennent sur les moments clés du conflit. De l'apparition du fléau à son dénouement en passant par les actes manqués qui auraient pu l'endiguer, par la Grande Panique ou bien encore par le cœur des batailles, tous, avec leur voix, forment la mosaïque d'un traumatisme ineffable. Médecins, militaires, hommes politiques, civils, la liste est longue de ceux qui, à travers le monde, se souviennent.

World War Z est original au point d'être déroutant. Déroutant au point de s'avérer magistral. Incontournable. On en ressort avec l'envie de le conseiller à un maximum de personnes.

C'est pas facile.

Les a priori ont la peau bien plus impénétrable que celle des zombies. J'en ai fait l'expérience auprès de lecteurs de la médiathèque ou d'amis, pas plus tard que la semaine dernière, après avoir refermé le livre sur ses derniers mots, quand l'écho de cette polyphonie résonnait encore à mes oreilles. Le mot zombie a des effets répulsifs. Ça peut se comprendre. C'est alors qu'entre en jeu la force de persuasion. Non pas que je veuille faire preuve ici d'une assurance outrecuidante car en réalité, il suffit d'énoncer les qualités de World War Z et voici l'affaire rondement menée. Les qualités, justement, quelles sont-elles?

Dès les premières pages, Max Brooks s'efface, laisse sa place, en guise de présentation, à l'employé de la Commission post-traumatique des Nations Unies, qui lui-même se retranche ensuite derrière les témoignages proprement dits. Il n'intervient que sporadiquement lors de ces interviews, pour demander des éclaircissements sur certaines décisions ou événements. L'immersion est là. A l'image des différents personnages, on ne s'attache plus à douter de l'existence même des Zack ou des G (G pour goules). On s'imprègne des éléments qui nous sont rapportés, on se met dans la position des destinataires initiaux de ce rapport, ceux qui pourraient faire face à une nouvelle épidémie...

Attention, arrivée de la petite voix...

- Hé, Bibliotruc, tu veux nous faire croire à la téléportation dans les livres ou quoi ? Nous faire gober que tu as perdu ta conscience de lecteur à ce moment là, c'est ça ?
- Non, rien à voir à ce qui se passe pour les personnages de Roman fleuve d'Antoine Piazza ou de la série de Jasper Fforde consacrée à Thursday Next. Mais pour un peu qu'on joue le jeu, l'illusion est bien amenée.

-Mouais...
- Non ?

- Mouais, faut voir...


Sous couvert d'une histoire de zombies, c'est bel et bien l'humain qui est au centre de ce récit. D'une manière très habile, ce sont les facettes pas toutes reluisantes de notre civilisation que les morts-vivants nous renvoient. Quand le danger est là, quand la mort s'invite sur toute la surface du globe, quelles sont nos réactions, nos comportements ? Comment faire fi du poids de son histoire personnelle, de l'Histoire elle-même ? Est-ce seulement possible ? A cet égard, World War Z sinue sur les fragilités de notre époque, s'arrête un temps sur notre société cde consommation, matérialiste – il ne faudrait pas oublier de prendre son lecteur DVD lors de l'exode, on ne sait jamais, hein –, repart, s'attarde sur une ère de communication prompte à s'auto-détruire, puis finit par s'asseoir de guingois sur l'espoir, histoire de ne pas nous laisser complètement essoufflés et anéantis.

Dis-moi quel zombie vient te mordre, je te dirai qui tu es.

-Et la peur dans tout ça ? Parce que c'est bien beau, mais on les voit les zombies ?

-Oh, oui, pour ça ne t'inquiète pas...


World War Z, Max Brooks, traduit de l'américain par Patrick Imbert, Le Livre de Poche, 544 p.
CITRIQ

19/01/2011

Jour J - 1- Les Russes sur la lune ! / Jean-Pierre Pécau, Fred Duval (scénario) et Philippe Buchet (dessin)

Et si...

Et si les Américains, à cause d'une minuscule météorite qui aurait transpercé la coque de leur module d'alunissage, n'avaient pas été le premiers à poser le pied sur la lune ? Si les russes, au contraire, y étaient parvenus, quelle aurait été la donne sur la scène internationale ?

Si l'idée de départ est passionnante, le traitement qui en est fait ici est loin d'être à la hauteur des attentes. Là où la curiosité et l'envie d'emprunter une route alternative de notre Histoire auraient dû être prépondérantes, c'est l'ennui qui s'est imposé. Lentement mais sûrement. La faute, d'abord – un d'abord qui, vous l'aurez remarqué, appelle un ensuite... - , à un scénario plat, vite expédié, et un poil trop simpliste par moments.

Suite au succès des russes, Nixon ne voit qu'un seul moyen de sauver la face et donner encore de bien belles années à la guerre froide : construire la première base lunaire. Quitte pour cela à revenir sur certains principes et ouvrir les vannes budgétaires. Dix ans plus tard, russes et américains se sont implantés sur le sattelite de la Terre et l'animosité qui oppose les deux peuples semble toujours aussi vive. En apparence seulement car sur la lune, justement, l'heure est plutôt à la réconciliation, et plus si affinités...

Même si les auteurs proposent un aperçu des dérives de l'Histoire en fin d'ouvrage sur des événements marquants qui se seraient produits plus tôt que dans notre « temps » à nous, la focalisation de ce Jour J : Les russes sur la Lune ! s'effectue principalement autour d'un épisode lunaire qui a de quoi laisser perplexe. En quelques mots, c'est lent, mou quand bien même il y a des scènes d'action, mais c'est surtout inintéressant au possible. Difficile d'y croire une seule seconde d'autant que l'espèce de message – nous sommes tous frères, nous humains, faites l'amour pas la guerre –, à défaut d'être traité avec subtilité, éclabousse comme un pavé dans la mare du convenu et revêt un aspect bien naïf.

Le dessin, comme cela arrive parfois, n'a jamais relevé le tout. Dans le cas présent, il a même enfoncé le clou. C'est vite devenu exaspérant de voir les humeurs des personnages entourer systématiquement leurs visages. Qui des éclairs pour exprimer la colère, qui des gouttes d'eau pour signifier l'étonnement ou la surprise. Je ne dis pas que le procédé n'a pas sa place en bande dessinée mais là, en plus de la surabondance, il ne me paraît pas approprié. D'autant moins si, comme cela semble être le cas ici, on veut inscrire son récit dans une réalité, fût-elle alternative. On pourrait ne voir en ceci que des détails. Le problème c'est que l'illustration dans sa globalité m'a paru bien pauvre, me donnant le sentiment qu'il a fallu aller à l'essentiel, faire vite, quitte pour cela à céder à la simplicité. Faut-il y voir là le résultat d'une commande, d'une pression relative au projet Jour J ? Peut-être, je n'ai pas les réponses à ces questions.

Je ne suis pas tendre avec cette Bande dessinée alors que, c'est vrai, l'uchronie a tout de l'exercice casse-gueule puisqu'il implique de prendre en compte un nombre incroyablement important de paramètres, et de les combiner ensuite pour leur donner et de la cohérence, et du souffle. Mais là, j'ai bien vite compris que ce ne serait pas le cas, que ces éléments seraient irrémédiablement absents. J'ai été apâté par un super scénario en quatrième de couverture, une superbe illustration en première (ah vous pouvez y aller, toutes celles de la série sont réussies), pour finalement me retrouver avec un truc bébête, écrit et dessiné à la va que j'te pousse, comme s'il était encore besoin de me prouver que ça existe.



Jour J - 1- Les Russes sur la lune / Jean-Pierre Pécau et Fred Duval (scénario) ; Philippe Buchet (dessin), Delcourt, 55 p.

14/01/2011

Les Montagnes hallucinées / Howard Philips Lovecraft, texte lu par Philippe Bertin

Ne reste pas sur ces impressions. Prend un peu de distance pour le moment. Un jour viendra ou tu ressentiras toi aussi le souffle crépusculaire de Nyarlathotep posé sur ta nuque. Ce jour là alors tu sauras...

Suivant donc les conseils de El JC après ma déconvenue à l'écoute du Cauchemar d'Innsmouth, je me suis une nouvelle fois aventuré en territoire Lovecraftien avec, cette fois-ci, Les Montagnes hallucinées, toujours en version sonore.

Un petit coup d'oeil dans le rétro et force m'est de constater que mes réticences vis à vis de l'auteur et de ses écrits sont pratiquement toujours les mêmes : impression de lire toujours la même histoire, celle où un homme témoigne de l'horreur absolue dont il a été le témoin – horreur symbolisée par la réapparition des Grands Anciens -, style plombé d'adverbes et d'adjectifs censés se faire l'écho de l'innommable et de l'indescriptible, descriptions incessantes... Malgré l'implication du narrateur dans les événements qu'il relate, malgré sa volonté d'empêcher une nouvelle expédition scientifique en Antarctique, là où se trouvent ces montagnes hallucinées dont les dimensions défient les lois de l'entendement - mais bien moins encore que ce qu'elles recèlent - malgré tout ceci, j'ai une nouvelle fois été totalement imperméable à cette narration, trop impersonnelle à mon goût.

Et pourtant la qualité du livre sonore est là sur tous les niveaux. J'écoute des livres lus depuis quelque temps maintenant et jamais encore je n'ai vu un tel soin accordé à la réalisation d'un ouvrage, hormis peut-être pour Les Chroniques des ombres de Pierre Bordage, mais le concept n'était pas tout à fait le même non plus. Le livret fourni avec le CD donne à lui seul un aperçu du travail entrepris par les éditions Libellus avec notamment une présentation de tous les acteurs impliqués dans cette édition : l'auteur, les traducteurs Thomas Bauduret et Christophe Thill, le lecteur Philippe Bertin, l'illustrateur François Baranger (avec son esquisse au crayon du projet de couverture dans le rabat du digipack) et le compositeur Benoït Seyral. En dehors de la musique de présentation de l'ouvrage, le texte lui même est parfois accompagné de mélodies ou même émaillé d'ambiances sonores qui collent au récit et lui donnent du relief. Crépitements de radio lors des liaisons entre les différents intervenants de l'expédition ou bruits intrigants et inquiétants à mesure que le narrateur s'enfonce dans les montagnes, s'engouffre dans la Cité et se trouve confronté à...

Si le texte n'a pour sa part pas répondu à mes attentes, j'imagine que les passionnés de Lovecraft sauront, eux, être séduits, histoire d'attendre aussi une de ses nouvelles déclinaison, prévue et orchestrée par Guillermo Del Toro. Si l'aventure vous tente, n'hésitez pas non plus à faire une petite visite sur le site des éditions Libellus. Elle proposent d'autres incursions sonores en science-fiction. Reste à espérer que le catalogue s'étoffera pour ce mauvais genre, encore bien peu représenté sur support CD.

12/01/2011

Masque de sang / Lauren Kelly

Avril 2003. Drew Hildebrand a disparu après avoir été kidnappée dans d'étranges conditions. Ceux qui la côtoyaient auront tôt fait de penser cela n'a rien de surprenant. Dans l'univers de l'Art Contemporain, cette galeriste pour le moins emblématique semblait ne rien pouvoir accomplir dans la simplicité. Sans compter que sa dernière exposition en date dédiée au bio-art, si elle avait suscité l'admiration des uns, n'en avait pas moins provoqué la colère des autres pour sa nette tendance à exposer corps humains et foetus selon des mises en scène scabreuses. De là cependant à s'en prendre physiquement à son instigatrice ? De là aussi à enlever aussi sa nièce, à la bourrer de « crystal meth », cette drogue synthétique redoutable, et de l'abandonner ensuite au cœur de la Shale River Mountain ?

Les choses sont-elles seulement aussi simples ?

Les réponses à ces questions, c'est justement Annemarie qui les possède. Un père en prison, une mère en proie à la dépression et à l'alcool, elle n'avait eu d'autre choix que d'aller vivre chez sa tante. Elle en était heureuse d'ailleurs et, malgré les excentricités de cette dernière, comme par exemple de lui faire changer de prénom, elle lui vouait en toutes circonstances une forme d'admiration, de fascination. De son côté, Drew la portait tantôt aux nues, lui accordait une importance au delà du raisonnable, puis feignait l'indifférence, lui témoignait sa déception en lui laissant entendre qu'elle n'était pas à la hauteur de ses attentes.

Tout ceci, c'est Annemarie qui l'apprend au lecteur. Très vite, celui-ci comprend qu'il n'a pas affaire à une enquête classique. A tout bien considérer, il n'y a pas même vraiment d'enquête. Car l'enjeu de ce roman ne se situe pas en premier lieu sur la résolution planant autour de la disparition de Drew mais plutôt sur la complexité des rapports de la tante avec sa nièce. Sur l'art aussi, mais dans une moindre mesure.

On est là loin, très loin des romans policiers tendance, dont j'ai déjà eu l'occasion de parler sur ce blog. Avec un titre pareil et une telle couverture - réussie au demeurant - on aurait été en droit de penser que l'on allait avoir droit à tout un panel de meurtres, ou hémoglobine et autres viscères auraient servis de principaux catalyseur à l'histoire. Ici c'est la tension psychologique qui est maintenue de bout en bout. En revenant sur leur relation, Annemarie / Marta tisse méticuleusement la trame du drame en devenir, inocule le malaise à petites doses, le rend palpable à un point tel qu'outre le fait de l'éprouver, on ne peut qu'être admiratif d'une telle maîtrise sur le long terme.

Il faut dire que Lauren Kelly n'en est pas à son coup d'essai. Elle a déjà signé deux autres suspenses, Coeur volé et Emmène-moi Emmène-moi mais elle a aussi au bas chiffre plus de soixante-dix bouquins à son actif, et pas des moindres puisque l'un d'entre eux, Les Chutes, a reçu le prix Femina Etranger en 2005. Vous le savez peut-être déjà ou bien vous l'aurez deviné, Joyce Carol Oates est effectivement derrière ce Masque de Sang. Avec une écriture si glaçante, si fine, et une histoire si diablement efficaces, on ne peut que s'en réjouir.

A voir aussi l'avis de Jean-Marc sur son blog.

04/01/2011

La Guerre tranquille / Paul J. McAuley

Lorsque survient la mort malencontreuse de Maximilien Peixoto, le doute n'est plus permis. La guerre contre les Extros aura bien lieu. Ce n'est qu'une question de temps. Car Maximilien Peixoto n'était pas seulement le commandant en chef des forces aériennes de Grand Brésil ni le mari de la présidente de cette même nation, la plus puissante de la Terre, ni même encore le membre d'une famille les plus influentes de la planète. Il était aussi l'un des farouches défenseur de la réconciliation et de la paix avec les Extros, ces humains partis en toute autonomie coloniser les lunes des principales planètes du système solaire il y a plus d'un siècle, départ suscité par les dérèglements climatiques ayant conduit à la Renverse, catastrophe écologique sans précédent dont la particularité avait été d'éradiquer une bonne partie de la population mondiale.

Pour autant, même si la guerre est imminente, si Terriens et Extros en sont tout à fait conscients, les différents accords et autres coopérations en cours sont toutefois maintenus. A l'image de la construction d'un biome sur l'une des lunes de Jupiter, censée jusqu'alors représenter de manière plus que symbolique le rapprochement des Nations, divergentes dans leur manière d'appréhender l'écologie ainsi que leurs percées technologiques et scientifiques. Des disparités que les instances terriennes voudraient étouffer dans l'œuf, avant qu'il ne soit trop tard, avant que les Extros ne soient réellement en mesure de se défendre, voire même de s'en prendre à la planète mère. D'où la nécessité d'une guerre. A titre préventif. Le tout consistant à y aller en douceur, créer les incidents nécessaires à une escalade sans pour autant perdre la face.

« Un roman complexe et à couches multiples débordant de personnages extraordinaires, de scènes stupéfiantes et d'idées fascinantes. » SFX

C'est ça. C'est exactement ça. Cependant, La Guerre tranquille malgré ses indéniables qualités, n'est pas aussi parfait que cette citation le laisse entendre. Quoique à bien y regarder, elle n'est pas que laudative. Ce « complexe », ces « couches multiples » et ce « débordant » pourraient aussi sonner comme un air d'avertissement. Attention les gars, c'est pas simple, va falloir s'accrocher. Certains risquent d'être perdus en cours de route. En quelque sorte, ceux qui tiendront seront récompensés de leur pugnacité. Alors bien sûr, cette interprétation ne tient qu'à moi. Peut-être m'est-elle venue aussi parce que j'ai bien failli abandonner cette Guerre tranquille à deux ou trois reprises et que je ne regrette en aucune façon d'avoir persévéré. Ce livre est une véritable montagne russe à lui tout seul. Les montées: des passages lents, bavards, pas toujours nécessaires mais qui permettent au moins d'apprécier le paysage à mesure que l'on monte. Entendre par là que ces descriptions ou ces scènes de présentation vont d'une façon ou d'une autre contribuer à la cohésion de l'ensemble, même si le livre aurait gagné à être un peu plus court. Ensuite, les descentes : de l'exaltation, de l'émerveillement, du suspense, générés par des scènes saisissantes variant aussi en fonction des quatre personnages principaux que Paul J. McAuley nous invite à suivre ; des images qu'on imaginerait sans mal s'épanouir sur grand écran, bien que dans la tête ce soit déjà grandiose. L'écriture, et sans doute aussi la traduction, contribuent en tout cas à l'amortissement à très brève échéance de votre Home Imagirama garanti sans son pour ce qui est des scènes extérieures dans l'espace – contemplation et splendeur assurées !

« Le retour triomphal de Paul McAuley au space opera de grande envergure. » Locus.

Pour ce qui est du retour triomphal j'aurais bien du mal à me prononcer, découvrant l'auteur avec cette histoire. En revanche, concernant le "space opera de grande envergure", je ne peux qu'être d'accord. Paul J. McAuley bâtit son histoire petit à petit, prend le soin de la cohérence, notamment en dressant le portrait de personnages parfois ambivalents et toujours complexes. Mais par dessus tout, il pose les bases d'une réflexion autour de l'acte de guerre lui-même, sur ses mécanismes et sa complexité. Une complexité qu'il aura tôt fait de répercuter sur l'Homme lui-même et sa condition de vivant qui, sous couvert de survie et de préservation de ses acquis, sous couvert de méfiance et d'incompréhension aussi, a tendance à reproduire d'anciens schémas où l'usage de la force est toujours dans la balance. Le titre de ce roman ainsi que son traitement ne laissent en tout cas la place à aucun doute. Ils portent en eux l'écho et l'aversion des mensonges et des manipulations qui ont conduit à une certaine guerre en Irak, dont l'onde de choc n'a pas fini de se faire sentir.

Tranquille, la guerre, vraiment ?

A voir aussi les avis de Val et de Marc, Guillaume et Mes Ailleurs.
CITRIQ

29/12/2010

Un Aller simple / Carlos Salem

Faire un résumé de ce livre se révèle un exercice impossible. Il faut y plonger et se laisser porter par la loufoquerie et l'absurdité régnantes. Si l'on voulait pourtant se rompre à l'exercice, il faudrait parler en premier lieu de la mort de la femme d'Ottavio, un décès brutal qui provoque chez lui un immense sentiment de soulagement et de liberté. Il s'ensuit alors une fuite en avant, une sorte de road movie hilarant en compagnie d'un vendeur de glaces dans le désert, et surtout, surtout, en compagnie de Carlos Gardel (ressuscité) dont le but ultime est d'assassiner Julio Iglesias, coupable à ses yeux d'avoir lui-même assassiné ses tangos en les interprétant de façon excessivement mièvre.

Ce trio entraîne le lecteur de rebondissements en coups de théâtre, tâchant de faire de cet Aller simple qu'est la vie, une véritable destinée, car « être malheureux c'est aussi un choix mais un choix de merde ». Alors autant tout faire pour être heureux. Pour résumer le résumé, citons enfin un des dialogues du livre : C'est un historie de dingues et personne n'y croira, mais c'est génial!

Gilles Moraton

Un aller simple, Carlos Salem, traduit de l'espagnol (Argentine) par Danielle Schramm, Moisson rouge, 265 p.

21/12/2010

Les Fils de l'air / Johan Heliot

Et si...

Et si Louis XVI n'avait pas été arrêté à Varennes le 21 juin 1791 ? S'il était parvenu à s'enfuir, à quitter la France, quelle aurait alors été la marche de l'Histoire ? A cette question qui brûle toujours les lèvres des passionnés, Johan Heliot a pour sa part décidé de lui consacrer un roman, Les Fils de l'air. L'occasion pour lui de laisser libre court une nouvelle fois à une imagination loin de se démentir, elle-même associée à un plaisir évident de jouer avec les personnages, célèbres ou non, et de les mettre en branle avec ce matériau inépuisable qu'est l'Histoire. Et quand bien même le roman est clairement estampillé jeunesse, tout lecteur pourra y trouver son compte tant son intérêt se révèle à travers des approches variées et complémentaires, qu'il s'agisse de l'Histoire (évidemment...), de l'Aventure ou bien même de l'ébullition scientifique.

Après avoir fui le palais des Tuileries, la famille royale s'est retranchée au château de Versailles pour un court répit, car la révolution gronde toujours. En conséquence de quoi Louis XVI, Marie-Antoinette, leurs enfants et quelques uns de leurs proches, dont le marquis de La Fayette et le scientifique Jacques Charles sont contraints de s'enfuir. Loin d'eux l'envie de finir à la prison du Temple ou de perdre la tête sous la lame affûtée de la guillotine... Aussi, sous le coup d'une attaque les empêchant de prendre la route, les voici qui empruntent la voie des airs à bord d'un ballon mis au point par Jacques Charles. Cette envolée, marquant le départ d'une longue traversée ponctuée par bien des remous, les mènera jusqu'aux Etats-Unis où, à l'aide de Benjamin Franklin et de George Washington naîtra une compagnie de transport aérien à même de créer une révolution d'un tout autre acabit que celle ayant ébranlé la France.

Les Fils de l'air est une lecture dont on aurait tort de ne retenir que son aspect divertissant. Car même si les perspectives uchroniques qui sont dévoilées ici ne s'étendent pas sur une durée excessivement longue qui aurait permis de noter toutes les incidences d'une évasion réussie de Louis XVI, elles séduisent justement par les altérations subtiles qu'elles engendrent inévitablement. Ainsi, on apprend que la Terreur a bien eu lieu en France, que Napoléon Bonaparte est bel et bien devenu un empereur avide de conquête et de puissance. Donc si changement notable il doit y avoir, celui-ci sera progressif, et Johan Heliot nous permet ici d'en apprécier les germes, d'en deviner l'impact à travers la construction d'une flotte de l'air, sous-tendant elle-même une variation clé dans l'occupation des territoires et de leur gestion. Une sorte de nouvelle donne géopolitique où le lecteur voit l'Histoire se transformer petit à petit sous ses yeux, dans le sillage d'une invention colossale pour l'époque. Certains pourront regretter que l'approche uchronique ne soit pas plus prononcée. Pour ma part, la subtilité proposée ici m'a parue plus crédible, plus juste dans sa vision et son appréhension d'un avenir qui aurait pu être...

Enfin, même si la plupart du roman se fait par le prisme de Charlotte, la fille du roi en exil et de Marie-Antoinette, Les Fils de l'air propose un rééquilibrage de la vision habituellement véhiculée autour de Louis XVI, faisant de lui un roi désintéressé par le sort du peuple, en plus d'être un traître à sa patrie. La démarche est ici de le présenter comme un être curieux, soucieux des mutations de la société et réceptif à ses changements, sans avoir toutefois les épaules d'un bon roi. Les éclairages réalisés autour des autres figures emblématiques sur l'échiquier de l'Histoire m'ont aussi paru réussis, qui plus est lorsqu'ils sont ponctués par de menus détails leur conférant une authenticité étonnante.

Une fois de plus, Johan Heliot a fait mouche en ce qui me concerne, d'autant que cette période de l'Histoire n'est pas celle que j'affectionne en particulier. Lecture agréable, donc, et qui a par ailleurs piqué ma curiosité au point d'ouvrir mes dictionnaires et de consulter divers articles sur internet concernant certains épisodes marquants de la construction des Etats-Unis ainsi que sur Robert Surcouf, figure marquante de la marine apparaissant aussi dans cette histoire. Qu'une uchronie parvienne à ce résultat, non pas pour vérifier la véracité de ce qui est avancé, je vous assure, ça a de quoi vous donner des ailes. En tout cas, après une telle lecture, c'est sûr, on aimerait bien faire un petit tour en ballon. Même si ça ne doit pas durer longtemps, hein. Faudrait pas non plus penser que je vais soigner mon vertige d'un simple claquement de doigts. Non mais quand même !


Les Fils de l'air, Johan Heliot, Flammarion (Ukronie), 302 p.

CITRIQ

12/12/2010

Trouvaille dans les décombres d'une ville dévastée

Journal relatif au rapport 67#25Azref/TIGLy/ :

Trouvé cette image dans les décombres.




Conformément à la clause 623b de la Charte des Néoresc, j'ai suivi la procédure habituelle consistant à transmettre le document au Mis'roy Detenko, qui a seul pouvoir de décision quant aux reliques trouvées sur l'AT, l'ancien territoire. Mis'Roy Detenko m'a sommé de ne rien dire de ma trouvaille. Louche.

Plus le temps d'écrire. Approchent pour me capturer. envoie image passé à Tiger Lilly initiatrice challenge... fin monde. suivre

11/12/2010

La Princesse des glaces / Camilla Läckberg, lu par Christine Pâris

Eh oui, je viens à mon tour rajouter une pierre à l'édifice déjà bien élevé autour de ce livre qu'on ne présente plus tant les échos ont été nombreux à son sujet. Mais comme je n'aime pas parler d'un bouquin sans l'avoir déjà lu et comme je suis amené à le prêter quand je suis à la ville, qu'on me demande régulièrement ce que j'en pense, j'ai sauté le pas. Je ne me suis pas vraiment forcé non plus, faut pas croire, d'autant que j'avais la possibilité de le découvrir dans sa version audio.

Pour expliquer les raisons d'un tel succès autour de La Princesse des Glaces et des autres titres de Camilla Läckberg qui lui ont succédé, j'aurais pu emprunter le raccourci très utile et un peu facile, c'est vrai, consistant à dire que la vague suédoise insufflée par le succès de la série Millénium n'y était pas étrangère. D'autant que certains aspects du livre pourraient inciter à le prendre, ce raccourci. Je ne vais pas vous dire l'inverse non plus. La percée de Stieg Larsson - pour lequel mon engouement s'est limité au premier tome – y a certes contribué mais ce serait vraiment réducteur de lui attribuer tout le mérite. Après tout, si ça avait été aussi nul que ça, il n'aurait jamais été édité, ce livre.

-Hé...
La petite voix – tiens, elle est de retour celle-là, ça faisait longtemps. Ne m'en veuillez pas pour la rupture momentanée de cette chronique, un petit dialogue intérieur s'impose.

- C'est bon je peux y aller, là, tu ne vas plus m'interrompre ?
- Non, non c'est bon.
- Bien, je voulais donc dire, d'après toi, Manu, tu t'imagin...
- BiblioMan(u), s'il te plaît.
- Hein ?
- Manu, c'est quand on est en dehors du blog, là c'est BiblioMan(u)

-… … … Mouais, passons, je disais alors comme ça tu t'imagines que parce qu'un livre a du succès, il est forcément bon. Toi même n'as-tu pas laissé entendre, ici même, que grosses ventes n'était pas synonyme de qualité ? Hein ?
-Oui, oui, sans doute... tu dois avoir raison... Et je le maintiens, mais à l'inverse ça ne veut pas dire non plus qu'un succès n'est pas mérité. On est bien d'accord ?
-Mh...tu devrais revenir à la Princesse des glaces, t'es en train de bassiner les lecteurs.


Bon, j'en étais où ? Oui, La Princesse des glaces a donc été édité. Pour des raisons évidentes. Ce n'est certainement pas le chef-d'oeuvre qui va révolutionner le monde du polar, mais là où c'est assez étonnant c'est qu'avec des côtés vraiment (vraiment!) exaspérants, eh bien on termine le livre avec une envie de retrouver les personnages. En espérant, deuxième roman oblige, que les défauts du premier auront été gommés.

Allez, à force de parler des défauts, je vous les expose. A commencer par une mièvrevrie dégoulinante qui nous ferait presque penser qu'on est dans de la chic... je ne vais pas plus loin, de toute façon Manu va m'arrêter.

-BiblioMan(u)
-Hein ?
-Ici c'est BiblioMan(u), tu as dit, pas Manu.
-Ah, non là, je parle de Manu qui a elle même écouté La Princesse des glaces dernièrement, ça n'a rien à voir.


J'ai soufflé de consternation à plusieurs reprises en écoutant le livre. J'ai eu l'impression d'être dans un roman à l'eau de rose dans lequel on ne m'a rien épargné, de la préoccupation du tour de taille à la tempête de neige qui bat son plein au dehors tandis que les deux amoureux se découvrent... Camilla Läckberg ne fait pas dans l'originalité non plus dans ses descriptions mais ce qui m'a aussi agacé, ce sont les petites invraisemblances qui jalonnent le récit. Jugez plutôt : on a une héroïne dont les parents sont morts il y a peu de temps, elle doit faire face à l'animosité d'un beau-frère bien déterminé à vendre la maison familiale quand il ne tape pas sur sa femme, elle découvre le corps d'une de ses amies d'enfance qui a été assassinée, elle vient d'obtenir une révélation de taille qui pourrait faire avancer l'enquête de façon déterminante et quelle est la question qu'elle se pose le matin en se levant ? Des idées, des suggestions ? Elle se pèse dans la perspective du rendez-vous avec l'inspecteur, fiancé en devenir, et se demande quelle incidence aura le retrait de sa petite culotte sur le chiffre de la balance...

Pour ne rien arranger, je n'ai pas non plus été réceptif à la voix de Christine Pâris qui empruntait l'intonation d'un ogre dans une histoire pour gamin pour les personnages masculins et surrenchérissait sur l'aspect mièvre et gnagnan.

Et pourtant. Et pourtant, tout ceci n'est en réalité que peu de choses si l'on y regarde bien. Car il y a une véritable fraîcheur là-dessous, une véritable énergie aussi et, ne l'oublions pas, ce serait dommage, une enquête tout à fait prenante. Le sort des personnages ne m'a pas laissé indifférent, aussi bizarre que ça puisse paraître au regard de ce que j'ai mentionné un peu plus haut. A tel point même, que j'ai enchaîné avec le deuxième ouvrage de Camilla Läckberg, toujours en livre audio. Après dix pistes, force est de constater que la voix de Eric Herson-Macarel me convient mieux et que le côté chick... sentimentalo-romantique a été épuré. Et si j'en crois une libraire de très bon conseil, le troisième ouvrage, le Tailleur de pierre, enfoncera le clou. J'ai bien fait de ne pas remballer les écouteurs au premier "nous étions destinés l'un à l'autre."

La Princesse des glaces, Camilla Läckberg, traduit du suédois par Lena Grumbach et Marc de Gouvenain, Audiolib, 14 h 15 mn

06/12/2010

Winter time travel

Durant la période d'hiver, il est fort probable que vous voyiez fleurir cette image sur certains blogs:






Celle-ci sera accompagnée de chroniques autour de livres, Bd, films ayant l'uchronie pour thème. Pour plus d'informations, voire même pour vous inscrire, je vous invite à visiter le blog des Lhisbeï qui sont à l'origine de ce challenge bien sympathique auquel je vais pour ma part participer. Une première en ce qui me concerne mais l'uchronie est un genre qui m'intéresse par bien des aspects. Il est fort probable que je commence d'ailleurs avec un livre signé Johan Heliot, intitulé Les Fils de l'air. Rendez-vous donc aux alentours du 21 décembre...