27/05/2009

Mémoires sous médocs / Tom Grimes

Il se passe parfois des choses surprenantes. Pas aussi surprenantes que ce qu'on peut lire dans ce Mémoires sous médocs, mais tout de même. Figurez-vous qu'en l'espace de quelques jours, j'ai conseillé ce livre à pas moins de quatre personnes. Et alors, me direz-vous ?Je parle souvent bouquins, je m'enquiers régulièrement des lectures des uns et des autres, et il n'est pas rare que l'évocation de tel ou tel titre m'entraîne sur des discussions où je ne peux m'empêcher de finir par une de ces phrases : « lis(ez)-le, tu (vous) vas (allez) te (vous) régaler ». Donc, qu'y a t-il eu de si surprenant cette fois-ci, à conseiller un livre à peine terminé ?

Je ne l'ai pas terminé. Je sais, je sais. Gonflé le BiblioMan(u), devez-vous penser. Il s'en est pété les chevilles à force de s'imaginer le sauveur des âmes en panne de lecture, alors que, franchement, c'est pas les bouquins qui manquent. Touché par le syndrome de l'ego de l'auteur de critique et celui de super-héros. Un mélange si explosif que vous vous demandez si vous faites bon de lire ces lignes; On ne sait jamais, ça pourrait être contagieux.

Alors ? Qu'en est-il de cette bizarrerie ?

Mémoires sous médocs, c'est l'histoire de Will, un étudiant mal dans sa peau dont la situation familiale n'est pas au beau fixe et qui, du coup, carbure aux antidépresseurs. Armé de son fidèle ordinateur portable Spunky, il raconte sur le web la quête insensée et complètement folle dans laquelle il s'est lancé, où sous l'influence des médicaments, il doit faire face au SI, le syndrome de l'information, ô combien mortel, et lutter contre un Dr Bones qui, c'est sûr, lui veut du mal.

Alors oui, je n'ai pas terminé le livre. Et oui, je l'ai conseillé. Pour la démarche entreprise par Tom Grimes. Il joue en effet de l'absurde pour parvenir à ses fins : à travers les situations les plus improbables et les plus rocambolesques, il dresse la satire d'un monde lui-même absurde où l'information à outrance gangrène le jugement autant que peut le faire l'industrie pharmaceutique avec ses médicaments déshumanisants. Absurde aussi l'hyperconsommation dans laquelle on se noie les uns et les autres, emportés malgré nous par son courant ravageur, à même de nous faire perdre tout sens moral si l'on n'y prend pas garde. Des sujets d'actualité, on le voit, sur lesquels il ne fait pourtant pas de mal de rire un peu.

Tom Grimes semble en tout cas s'être bien amusé à écrire ce livre. Les titres des chapitres sont des pépites d'humour à eux tout seuls, et les dialogues entre Will et Spunky sont tout simplement irrésistibles. Mais voilà, je fais partie de ceux qui ont du mal à s'accrocher quand on quitte le plancher des vaches trop longtemps, et c'est bien le cas de le dire, ce roman là, malgré toutes ses qualités, m'a bel et bien désarçonné. Tout le temps de ma lecture (la moitié du livre), je me suis dit que ceux appréciant Philip K. Dick ou, dans un registre plus proche et bien barré lui aussi, Chuck Pahlaniuk – on fait pire comme référence, non ? - je me suis dis, donc, que ceux-là y trouveraient leur compte. Il s'avère que j'en ai quelques uns autour de moi, alors...

Mémoires sous médocs, Tom Grimes, traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Patrice Carrer, Fayard (Fayard noir), 349 p.

22/05/2009

Un horizon de cendres / Jean-Pierre Andrevon

Méfiez-vous ! Ils sortent de partout ! Difficile pour eux de faire peau neuve (quoi que, quoi que…), mais depuis quelques années, ils sortent de terre pour envahir toutes les facettes de l’imaginaire : le cinéma, la littérature, les jeux vidéos, la BD. Ils ? Pas les vampires qui ne cessent d'avoir pignon sur rue depuis belle lurette, mais les zombies, vous savez, ces êtres repoussants à l’odeur putride qui dépeuplent les cimetières, et ne demandent rien de mieux que de vous prendre dans leurs bras avant de s’inviter pour un barbecue party où vous seriez, bien sûr, le plat principal.

Regardez, en peu de temps, il y a eu entre autres Land of the dead, Dance of the dead, Shawn of the dead (difficile de faire sans le mot dead, naturellement), Zombie la cavale des morts, World War Z accompagné de son extension, Guide de survie en territoire zombie, sans oublier une étude récente sur cette culture ne datant tout de même pas d’hier, Zombies, un livre à la couverture... poignante.

Un horizon de cendres s’inscrit dans cette mouvance et le résultat est plutôt réussi. N’ayant jamais été porté sur le phénomène des morts-vivants, je me suis demandé ce qui m’avait poussé vers cette lecture. La couverture de l’édition de poche dans un premier temps – du coup n’hésitez pas à répondre au petit sondage qui m’a été soufflé par cette constatation – et, naturellement, le résumé. Un résumé accrocheur, non dénué d'humour, comme si vous y étiez. Une tonalité que l'on se plaît à retrouver au début du livre. Oubliées les frayeurs enfantines occasionnées à la seule vision des affiches de cinéma d'un autre temps ! A travers le journal du héros de cette histoire, les zombies ne paraissent pas vraiment méchants. Au contraire, il sont même un brin lourdauds. D'accord, ils sont sales, ils ne sentent pas bon, mais on leur donnerait presque le bon dieu sans confession. Et s'ils deviennent un brin collants, il suffit de les réduire en miettes, à coups de hache ou tout autre ustensile tranchant à disposition. Pour les armes à feu, il faut prévoir la cartouchière, ils sont du genre coriaces. Mais ça ne mange pas de pain et, de toute manière, ils se reconstituent peu de temps après. Même ces braves gens de la télé ne s'y sont pas trompés, ils ont su profiter du filon – étonnant, non ? - en faisant revenir les défunts célèbres sur leurs plateaux. De la télé-réalité comme on n'osait pas l'espérer.

L'ambiance change du tout au tout lorsque ces chers morts-vivants, en plus de grossir leurs rangs (même le narrateur n'ose pas s'aventurer sur un calcul aussi vertigineux) entreprennent de muter en mangeant la cervelle d'animaux. Un début sur l'échelle de l'évolution du zombie... Le décor devient alors apocalyptique. L'Horizon de cendres est là, bien là. De la grisaille plein la tête où le lecteur devient assiste à la vie en communauté de quelques hommes et femmes, bien déterminés à survivre.

Le narrateur ne se pose pas d'incessantes questions sur le pourquoi du comment d'une telle invasion. Il n'en a pas le temps. C'est là sans doute aussi, l'une des forces de ce roman où le lecteur se trouve, avec le héros, emporté par la spirale folle d'un monde en déliquescence. Un renouveau pas pire qu'un autre ? C'est en tout cas l'une des questions posée ouvertement par ce livre, signé comme un constat d'échec de l'humanité, incapable de vivre sans détruire. Une tendance chez certains auteurs actuels. Mais comme on dit, ceci est une autre histoire, et j'aurai l'occasion d'y revenir.

Un Horizon de cendres, Jean-Pierre Andrevon, Pocket (Science-fiction), 242 p.

15/05/2009

Passage du vent / Harry Bellet

Depuis que j'ai terminé ce livre, voici deux ou trois jours, je le prends régulièrement dans mes mains. Je le tourne, le retourne, relis le résumé, l'ouvre, parcours quelques paragraphes au hasard, comme persuadé qu'il y a eu erreur sur le livre, que les pages qui se sont glissées à l'intérieur du livre ne sont pas les bonnes.

Décalage à tous les étages...

La couverture, pour commencer. La photographie ne cadre pas du tout avec le ton adopté dans le livre, où l'humour (enfin, un certain humour) prévaut.
Le nom de l'auteur, le titre. Normal. Et puis il y a cette mention qui, initialement devait être : une nouvelle enquête de Sam Adams. Le « nouvelle » a été supprimé, mais au final, le résultat reste le même : je la cherche encore, l'enquête. Il s'agit plutôt d'une aventure. Et là encore, le terme n'est pas des plus justifiés. Le fameux Sam Adams en question est très peu présent durant les chapitres assez courts qui constituent ce roman. Il n'est en fait que le noyau autour duquel s'affolent une bande d'électrons libres pétris d'intentions diamétralement opposées à son égard. Il y a ceux qui cherchent à le tuer quand d'autres entreprennent tout et n'importe quoi pour le libérer.

La quatrième de couverture. Une accroche digne d'un film, suivie d'un résumé où l'on apprend que, suite aux redoutables machinations du maire de New-York, Adhemar Thibodeaux, Sam Adams est emprisonné à Guantanamo. On nous parle de polar mené à cent à l'heure, d'un héros plein de flegme et... d'humour.

On s'attend à un roman brillant, plein de finesse, des personnages hauts en couleur, au service d'une histoire où l'on se doute que les conditions de détention dans la si célèbre prison sur l'île de Cuba seront vilipendées On se retrouve au final avec, non pas un polar, mais une farce grossière, mal fagotée, qui frôle le ridicule: Un maire de New-York dont l'excentricité principale revient à tuer un chat tous les jours, des tueurs pas très futés, des espions pas très crédibles, un héros quasi-inexistant et insipide (c'est l'effet qu'il m'a fait). On évolue sans cesse dans l'histoire en ayant l'impression d'avoir des personnages d'un autre âge, d'une autre époque.

« Nous y serons, répondit Boris en remettant dans son slip une quéquette que Souchon trouva, à sa courte honte, particulièrement imposante. »

« Il vomit dans le chapeau que Seamus, le collègue de Lev, avait laissé sur une table et que le sergent, dans un réflexe, lui tendit sous le menton. Il ne fallait pas polluer la scène du crime. »

« Le chien qui avait entamé son repas, reçut l'essentiel du kérosène sur le dos, ce qui le débarrassa pour un temps de ses puces, mais le fit aussi s'enfuir en couinant et la queue basse, sous des cieux plus cléments. »

Alors bien sûr, les traits sont volontairement grossis mais, à vrai dire, je m'interroge encore sur l'utilité d'un tel procédé ainsi que sur les intentions réelles de l'auteur. Dénoncer le traitement infligé aux prisonniers de Guantanamo ? User de l'invraisemblance au service de la mise en relief de l'inacceptable? Soit. Mais franchement l'humour balourd et pataud qui dégouline de tous les côtés de cet ouvrage a plutôt tendance à effacer tout l'intérêt que l'on aurait pu porter à une telle démarche.

Pour ceux qui souhaiteraient tout de même faire la connaissance de Sam Adams et se forger leur propre opinion, sachez que Passage du vent est sa troisième aventure, après L'Affaire Dreyer et Carré noir. Mais bon...

Bien sûr, cela reste une appréciation personnelle, je crois savoir que Brize a, quant à elle, adhéré au livre.

Passage du vent, Harry Bellet, Robert Laffont, 292p.

07/05/2009

Les Enfants de la destinée. Tome 1, Coalescence / Stephen Baxter

Constat n°1 : ça fait du bien de prendre du temps pour lire un gros pavé des familles. Vous me direz, ça fait deux à la suite et certains qui vont suivre ne manquent pas de volume non plus.

Constat n°2 : on lit ici ou là, notamment chez ce cher Henri dont j'adore parcourir les avis, qu'il y en a marre de tous ces ouvrages gargantuesques assortis de suites à rallonge. C'est vrai, il m'arrive de le penser aussi. Mais...

Constat n°3: Il m'arrive de raconter n'importe quoi et je suis bien obligé de me confronter à ma mauvaise foi ou bien sûr, à mon ignorance. Voilà, c'est dit, profitez-en, je ne ferai pas ça à chaque fois. C'est bien beau de se cacher derrière un costume, c'est sûr, on affirme des choses, on est même cinglant parfois, sous prétexte qu'on n'a pas aimé un livre. On taille dans le vif, on lacère à coups de mots, ça fait du bien. Après tout, on lit, on se sent lésé, on le dit, alors forcément, notre parole dépasse parfois notre pensée (mais pas toujours, quand même ; je veux bien faire un mea culpa mais sur certains titres je suis prêt à persister et à signer : je vous entends déjà scander : des noms ! Des noms ! Enfin, scander, non, vous n'êtes peut-être pas assez nombreux pour ça...).

Tout ça pour dire, qu'on est parfois assis sur notre quant à soi et que ça ne fait pas trop de mal d'être remis à notre place... par un livre.
Souvenez-vous, au mois de novembre dernier, je vous parlais du dernier livre de Dan Simmons, Terreur. Je faisais une courte allusion à la froideur des personnages d'un certain Stephen Baxter ainsi qu'à l'encensement un peu étrange dont il était l'objet. Pour ce faire je m'étais appuyé sur Voyage, pour lequel je conservais un avis mitigé, et sur Poussière de lune qui m'était tombé des mains.

Et voilà qu'en rangeant le premier tome des Enfants de la destinée à la médiathèque, je me mets à en parcourir les premières pages.

Je suis venu m'installer à Amalfi. Je ne peux pas supporter, pas encore, l'idée de retourner en Angleterre, et je trouve cet endroit apaisant après l'étrange multitude dans laquelle j'ai été plongé à Rome.

Alors là, j'ai bien été obligé d'admettre que la force de ce « je », son ambiguïté, sa fragilité aussi, m'ont remis les idées en place.

George Poole est informaticien à Londres. Il est divorcé. Sa soeur avec qui il entretient des rapports conflictuels vit aux Etats-Unis. Au moment où débute cette histoire, son père vient de mourir et c'est donc à lui qu'incombe la douloureuse tâche de faire le ménage. S'en acquittant, il découvre l'existence d'une sœur jumelle, Rosa, que ses parents auraient envoyé à l'Ordre de Sainte Marie Reine des Vierges alors qu'il avait trois ans. Une sœur dont il n'a gardé aucun souvenir et qu'il espère bien retrouver.

Ainsi résumée l'histoire, on pourrait se demander où se trouve l'effet science-fictif. Ne comptez pas sur moi pour vous le révéler. La quatrième de couverture en disait déjà trop.
On suit George dans sa quête. En parallèle, on assiste à l'éclosion de cet Ordre de Sainte Marie des Vierges alors que l'Empire romain entame son déclin (on oublie bien vite les quelques invraisemblances – je ne savais pas, par exemple, que la poste existait à cette époque, et encore moins les préservatifs. On comprend l'intention de l'auteur mais ça surprend à la lecture, et non, il ne s'agit pas d'une histoire de voyage dans le temps.).

A sa manière, Stephen Baxter revisite le mythe de la Caverne, met dans la balance le poids de l'individu avec celui de l'humanité et observe position et évolution de l'un et de l'autre dans des contextes spécifiques. C'est tout simplement prenant.

Constat n°4: j'embarque bientôt pour le tome 2.
Constat n°5: je m'arrête là... pour aujourd'hui.

Les Enfants de la destinée. Tome 1, Coalescence / Stephen Baxter, traduit de l'anglais par Dominique Haas, Pocket, 730 p.


CITRIQ

17/04/2009

Il est parmi nous / Norman Spinrad

Texas Jimmy Balaban aurait très bien pu ne jamais croiser Ralf. Mais voilà, il ne sait pas résister à l'appel de la chair. Et pour s'éviter un nouveau divorce extrêmement coûteux, il emmène sa conquête d'un soir dans un patelin paumé où personne ne sera en mesure de le compromettre.
C'est là, sur les planches de café théâtre de l'hôtel, qu'il rencontre Ralf, un comique prétendant venir du futur, où la biosphère ne serait plus qu’un souvenir, et où les hommes survivraient tant bien que mal dans des conditions effrayantes. Une Terre dévastée par des hommes qui doivent se reprendre en main, d’où le périple de Ralf.

Jimmy, en tant qu'agent Hollywoodien, sent tout de suite l'opportunité qu'il y aurait à signer un contrat avec cet homme si particulier. Particulier car Ralf semble ne jamais devoir quitter le personnage qu'il incarne, ce qui, bien sûr, n'est pas sans désagrément. Dans la perspective de réaliser un talk-show où ce comique du futur pourrait s’imposer au grand public, Balaban engage deux personnes diamétralement opposées : Dexter Lampkin, un écrivain de science-fiction dont le rôle sera de scénariser l’émission, et Amanda Robin qui devra coacher - la mince affaire !- Ralf selon ses principes New Age.
Accrochez vos ceintures, parce que c’est parti pour près de 700 pages de pur plaisir.

Il n’existe qu’une seule définition de la science-fiction qui me paraisse utilisable et sensée : la science-fiction c’est tout ce qui est publié sous le nom de science-fiction. Norman Spinrad.

Il est parmi nous n’est pas à proprement parler de la SF, il n'est pas que cela en tout cas. Les éléments de base sont là (le voyage temporel, une planète en perdition, un enjeu colossal) c’est un fait, mais ils ne servent que de prétexte à traiter des sujets chers à Norman Spinrad : le pouvoir des médias sur les masses, la place de l’argent dans la société, les enjeux autour de la sauvegarde de la planète et… la science-fiction. Ce qui ne veut pas dire pour autant que ces thèmes sont abordés au détriment de l’histoire. L’approche n’a ici rien de classique. Il n’y a pas de description minutieuse du futur, il n’y pas de gravité apparente autour de la préservation de l’espèce humaine, pas de grandiloquence non plus, ni d’action à tout va. Il y a l’humour sous plusieurs facettes : fin, vachard et satirique… ça tire dans tous les sens : les fans de SF en prennent pour leur grade (il y là des scènes hilarantes où les pages défilent le sourire aux lèvres – ah cette convention !), les écrivains aussi, la télé, bien sûr...

Les personnages, quant à eux, sont servis sur le plateau de la drôlerie. Que ce soit Texas Jimmy Balaban, Dexter Lampkin ou Amanda Robin. Voilà des anti-héros au relief vraiment retentissant. Pas toujours reluisants dans leurs intentions, et aveuglés par les paillettes du show-bizz, de l’argent, des femmes, ou illuminés par le mysticisme, ils ne se posent pas la question de savoir si Ralf vient effectivement du futur. Pas tout de suite. Ils n’ont que l’émission en ligne de mire. Ça et les taux d’audience. La planète fonce dans le mur ? Et alors, on a une émission à faire tourner. On recyclera notre merde pour la bouffer ? Il faut trouver du public. L’air sera irrespirable ? Il faut repenser le concept du talk-show, satisfaire ces téléspectateurs toujours avide de nouveauté. Bizarrement, seul Ralf, le comique, est d’une certaine façon le personnage le plus grave, le plus énigmatique. Le lecteur ne sait jamais vraiment s’il dit vrai ou pas, s’il vient vraiment du futur. Je me suis fait ma petite idée, celle qui me satisfaisait. Mais tous, quels qu’ils soient, même cette inénarrable Foxy Loxy qui évolue en parallèle de l’histoire – ah j’imagine le boulot et la joie de la traduction consacrée à elle seule – , touchent au fond par leur humanité, par leur authenticité.

Impossible pour moi de vous citer tel ou tel passage du livre pour vous donner ne serait-ce qu’un léger aperçu du souffle qui l'habite. Le choix est tout simplement difficile. Je le ferais pour un personnage au détriment d’un autre, d’un épisode au détriment d’un autre. Non, impossible. Il va vous falloir me croire sur parole.

Il est Parmi nous est un roman foisonnant, riche, aux pistes de lecture multiples. Et ce qui ressort de tout ceci, d’une certaine manière, en filigrane de cette histoire, c’est que les différences des uns et des autres peuvent s’avérer complémentaires, voire propices au sursaut à même d’insuffler une énergie salvatrice. Pour ne pas foncer dans le mur.

L’humour fait vendre.
Il fait aussi réfléchir. Et de bien belles manières, en l’occurrence.

Il est parmi nous, Norman Spinrad, Fayard,traduit de l'américain par Sylvie Denis et Roland C. Wagner, 691p.

13/04/2009

Le Jour où j'ai tué mon père / Mario Sabino

Lorsque mon ami, BiblioMan(u), m'a présenté les parutions à venir, des éditions Métailié, collection "Noir", allez savoir pourquoi, j'ai choisi Le jour où j'ai tué mon père du brésilien Mario Sabino.
Sans raison particulière, autre que ce titre qui m'a parlé. Qui a hurlé même.
Un peu à la manière dont j'avais choisi à la bibliothèque municipale, à 14 ans, et en cachette (c'est du moins ce que je croyais), "Quand j'avais 5 ans je m'ai tué" de Howard Butten.
Des titres ambigus, qui mettent mal à l'aise, parce qu'ils parlent d'interdit ou de tabou.
Et c'est bien cela que j'ai trouvé dans l'extraordinaire roman noir de Sabino.

Antonimo est enfermé. Où ? Je ne sais pas.
Et il dialogue. Avec qui ? Je ne sais pas non plus. A moins que ce ne soit avec moi.
Et puis, je comprends, que c'est avec une psychanalyste qu'il dialogue. Et qu'il est probablement enfermé dans un hôpital psychiatrique, à moins qu'il ne soit en prison.
Antonimo a tué son père.

Je n'ai pas d'histoire à vous esquisser pour vous donner envie de lire "Le jour où j'ai tué mon père".
Ici tout est psychologique, ou de l'ordre de l'idée et du ressenti.
Ce que je peux vous dire en revanche, c'est que je n'avais pas lu, depuis belle lurette, un roman aussi noir.
Un roman sous lequel gronde et grouille plus de deux mille années d'humanité, de philosophie, de religion, de psychanalyse.
Les questions soulevées sans cesse par Antonimo, m'ont plongé dans un profond mal-être, dans une gêne que j'aurais ici bien du mal à vous expliquer.
Peut être parce qu'elles ne m'ont pas laissé indifférente.
Tout se croise dans ce puzzle, tout et tout le monde. Les mythes, les penseurs, les écrivains, la réalité et la fiction, les dieux, les hommes, les femmes, les pères de sang, les pères de cœur, les mères biologiques et celles que l'on adopte plus tard.
Le tout dans une force, une finesse et une intelligence rares qui font de ce roman à la lecture pas forcément toujours facile, un chef-d'œuvre en son genre.

Vous avez envie d'être bousculé par un auteur brillant, vous vous êtes toujours posé des questions sur le sens de tout ? Vous êtes prêts à vous laisser envahir par la gêne, la nausée provoquée par les questions qui font comme les cailloux que l'on jette dans les eaux calmes, des ronds concentriques ? Vous êtes prêts à marcher avec un caillou dans vos baskets le temps de la lecture du roman de Sabino ? Alors n'hésitez plus. Vous êtes prêts pour affronter l'existentialisme de Le jour où j'ai tué mon père.


04/04/2009

La Guerre spéciale / Xavier Mauméjean

Il semble dorénavant inévitable de lire un Space Opera de veine militariste sans le rapprocher des deux œuvres maîtresses du genre : Etoiles, garde à vous ! de Robert A. Heinlein et La Guerre éternelle de Joe Haldeman. C'était déjà le cas ici avec le Vieil homme et la guerre de John Scalzi, et ça l'est à nouveau avec La Guerre Spéciale de Xavier Mauméjean. Le rapprochement est clairement affiché pour ce dernier puisque l'ouvrage est dédié aux deux auteurs référence. Ce qui n'est pas sans surprendre quand on sait les points du vue, politiques entres autres, qui séparaient Heinlein et Haldeman. A ce propos, il est troublant de constater que la question du militarisme et du patriotisme outranciers dont faisait montre Heinlein est toujours aussi controversée - le film adapté Starship troopers n'a en tout cas pas permis d'y voir plus clair. Donc, si un spécialiste sur la question passe par ici, qu'il n'hésite pas à se manifester.

Mais aujourd'hui, c'est de la Guerre spéciale dont je voulais parler. Dont acte.
Des années après avoir acquis son indépendance aux dépens de la Terre, suite à un conflit meurtrier, la Confédération est l'objet d'une menace, non identifiée cette fois-ci. A bord d'un vaisseau de l'armée, un militaire dont le patriotisme, la valeur et le courage n'étaient plus à prouver, est en effet parvenu à éliminer l'ensemble de son équipage avant de mettre fin à ses jours.
Aussitôt, la Confédération s'inquiète. La Terre, avide de revanche, aurait-elle mis au point une nouvelle arme capable de contrôler les esprits ? Ou bien des extra-terrestres sont-ils à l'origine de cette nouvelle menace ?
Les faits sont suffisamment inquiétants pour enclencher le programme "Guerre spéciale". La réussite de ce programme dépend de l'enrôlement de jeunes soldats dont on espère qu'ils portent en eux les germes de pouvoirs mentaux hors normes.

Je n'avais pas vraiment été séduit par le seul ouvrage que j'avais lu de l'auteur, La Ligue des héros ou comme Lord Kraven n'a pas sauvé l'Empire. Je ne l'ai pas été plus par La Guerre spéciale. Autant le premier m'avait ennuyé par ses côtés brouillon et longuet, autant le second m'a produit la même impression par son aspect impersonnel et glacé. Les trois jeunes autour desquels s'articule le récit me sont apparus déshumanisés et, froid, oui, comme s'ils étaient au service de l'histoire, celle-ci n'évoluant alors que sur une patte, l'inverse n'étant pas de mise. Du coup, le lecteur que je suis ne s'est jamais vraiment intéressé à leur sort, et la révélation finale m'a provoqué autant d'effet que la lecture de l'Ours du N°3089 de Télérama.

En ce sens, je serais du même avis que Bruno Para à propos de ce livre, à savoir que ceux ayant lu les ouvrages de Heinlein et Haldeman n'y trouveront pas leur compte. Pour les autres, cela reste à voir. Pourquoi pas ?
CITRIQ La Guerre spéciale, Xavier Mauméjean, Mango (Autres Mondes), 201 p.

19/03/2009

La Fille de nulle part / Fredric Brown

Quand les livres vous tombent des mains les uns après les autres, quand, pourtant doté d'une volonté sans faille, vos yeux se ferment sur des pages insipides, quand vous râlez, pestez, fustigez contre ces livres aux clichés racoleurs, contre ces livres nombrilistes, gnangnans, mal traduits, coquillifiés, et que sais-je encore, dans ces moments là, donc, rien ne vaut un bon vieux Fredric Brown pour pallier à ce qui n'est, peut-être, qu'une baisse de régime de votre part.

Alors après cette première phrase un peu longue qui vous a à peine laissé le temps de respirer, je me propose de vous parler de ce livre ébouriffant, La Fille de nulle part.

George Weaver se remet difficilement d'une dépression l'ayant obligé à cesser temporairement son activité d'agent immobilier. Il s'est retiré à Taos, une petite bourgade du Nouveau-Mexique. Seul. Ses filles sont en colonie de vacances et son épouse, Vi, ne devrait pas tarder à le rejoindre. George n'est guère enchanté à cette perspective. Il n'aime pas cette femme séduite à la va-vite dont la principale occupation est d'écouter des feuilletons radiophonique à l'eau de rose, avachie dans un canapé avec sa bouteille de Whisky. Oui, George préfèrerait rester seul. D'autant que sur les conseils d'un ami, il vient de louer une maison dans laquelle a eu lieu le meurtre énigmatique d'une jeune femme, huit ans plus tôt. Une affaire à laquelle George s'intéresse de plus en plus, jusqu'à se piquer au jeu de l'enquête.

A la lecture d'un polar, on a l'habitude d'échafauder des hypothèses, d'anticiper sur l'investigation à mesure que les indices se dévoilent. Là, on a beau faire, Fredric Brown, en artiste virtuose, ne laisse rien filtrer. Il maintient le lecteur dans une brume mystérieuse tout au long du récit jusqu'au dénouement, jusqu'à cette chute mémorable, magistrale. (Parenthèse presque rituelle : il est tout de même dommage, une fois de plus, que la quatrième de couverture - quand ce n'est pas la couverture elle-même pour ce qui est des éditions de la Découverte - donne des pistes qu'il aurait mieux valu tenir secrètes.)

Ecrit en 1951, La Fille de nulle part, fait partie de ces livres qu'on a envie de faire passer de mains en mains, de conseiller à tout va, parce que des histoires de cette trempe là, de cette tenue, aussi efficace qu'enthousiasmante, on a tout simplement l'impression d'en lire de moins en moins.

Alors si vous êtes en panne de lecture, que ce petit frisson à même de vous laisser pantois et tout ébaubi vous manque, vous savez ce qui vous reste à lire.

La Fille de nulle part, Fredric Brown, traduit de l'américain par Gérard de Chergé, Rivages (Rivages noir), 256p.

09/03/2009

Eifelheim / Michael Flynn

Pour continuer dans la comparaison culinaire comme je le fais parfois, voici avec Eifelheim un livre à ranger dans la catégorie des soufflés. De ceux qui, malheureusement, se ratatinent lorsque l'envie nous prend d'ausculter leur sommet afin de s'assurer de leur bonne tenue. Peut-être aurais-je dû attendre avant de procéder de la sorte, mais le mélange n'a pas pris. Ce doit être la faute à mon cerveau/four car je sais que certains l'ont apprécié aux petits oignons, comme ici ou , par exemple.

La préparation s'annonçait pourtant sous les meilleures augures, la levée s'étant faite de façon magistrale - n'ayons pas peur des mots - avec l'immersion dans une petite ville de l'allemagne médiévale, au XIVème siècle, dont la tranquilité se voit perturbée par l'avarie d'un vaisseau d'extra-terrestres aux allures de sauterelles. Parrallèlement le lecteur suit, de nos jours, les recherches d'un historien et de sa compagne physicienne, autour du mystère qui entoure la disparition de cette ville, jamais reconstruite.

La lecture s'est avérée passionnante, un temps du moins, avec cette rencontre du troisième type orchestrée sous le point de vue d'un prêtre érudit. Elle mettait l'éclairage sur "la relativité culturelle" annoncée sur la quatrième de couverture : religion, technique, technologie, la place de l'homme dans l'univers, le sens de la vie, le passage du temps... Autant de considérations et d'approches poussant à la réflexion, à laquelle je ne me suis pas forcé pour m'y prêter.

Mais voilà, j'attendais aussi autre chose de cette histoire dont le postulat de départ ouvrait la voie à de multiples possibilités. Un peu plus d'action n'aurait pas été malvenue, ainsi que des rebondissements, des révélations (pas besoin de tomber dans le sensationnalisme pour autant). Sans parvenir à mettre le doigt dessus, les extra-terrestres ne m'ont pas tellement convaincus non plus. Il leur manquait un je ne sais quoi de je ne sais quoi. Dur quand on ne trouve pas les mots...
De ce point de vue là, le livre n'a pas comblé mes attentes. Le potentiel était là, pas la surprise.

Alors tout cela s'est peut-être révélé par la suite, mais le moment est venu où je me forçais pour le lire. Et là, non merci, je préfère changer de recette. Mais je l'aurai un jour mon chef d'oeuvre de SF, je l'aurai...
CITRIQ
Eifelheim, Michael Flynn, traduit de l'américain par Jean-Daniel Brèque, Robert Laffont (Ailleurs et Demain), 525 p.

01/03/2009

Le Poulpe. Saint-Pierre et nuque longue / Serge Scotto

Après le brusque arrêt de la série du Poulpe en 2005 avec Poulpe Fiction, on croyait le personnage passé aux oubliettes de la littérature populaire. 250 numéros, autant de titres jeux de mots, les inénarrables et savoureuses couvertures de Miles Hyman, Gabriel Lecouvreur alias le Poulpe, Chéryl, Gérard, Vlad, Maria, le Pied de Porc à la Sainte-Scolasse, la bière, le Polykarpov à l'envol incertain ; à chaque épisode un auteur différent (ou presque), un film, des personnages, des lieux que beaucoup ont suivi avec un plaisir non dissimulé. Voir le Poulpe ruer dans les brancards, taper dans le fait divers, redresser les torts, s'indigner, râler, castagner, draguer, mentir, sauter dans l'action sans parachute, sans crainte du lendemain, c'était un peu comme l'accompagner dans une quête sans fin, sans fin parce que le monde est ainsi fait qu'un seul homme ne peut venir à bout de toutes les injustices ni, surtout, de tous ces salops qui poussent tels des champignons, et qui ont la fâcheuse tendance de polluer le quotidien des uns puis des autres, tout en profitant d'un système acquis à leur cause.

Alors on ne va pas non plus faire du sentimentalisme au point de sortir les mouchoirs, mais quand même, quand le Poulpe avait pris sa retraite éditoriale, il a laissé comme un vide. Finis les virées, les prises de bec, les hauts et les bas, le sexe et le bagout qui faisaient le charme du Poulpe. Finis aussi les repas passés en silence à la recherche d'un titre qu'on s'imaginait déjà écrire ou soumettre aux éditions Baleine. Et puis, pour être honnête, Gabriel devenait difficile à suivre dans sa quête effrénée : trop de parutions chaque mois, des auteurs avec lesquels il était parfois difficile d'accrocher, même si c'était après tout dans cette diversité qu'on pouvait y trouver un intérêt certain.

Fin de la rétrospection, passons au Poulpe revenu. Pas toujours des plus gais le bonhomme! Il a dépassé la quarantaine en 2000 et ça se sent. A croire que sa mise à l'écart l'a quelque peu ébranlé aussi. Le doute l'étreint, le sens de la vie, tout ça, forcément, ça le rattrappe. C'était le cas pour le 251ème, L'Appel du Barge de Lalie Walker ou La Ballade des perdus de Jean-Marc Ligny. Mais avec Saint-Pierre et nuque longue, on retrouve le Poulpe des grands jours, à la première personne - un signe de reprise en main -, rattrapé par son passé en la personne de Sabrina, un amour de jeunesse dont le frère vient de mourir dans d'étranges circonstances. Rien de bien original dans cette intrigue dont on connaît d'entrée les tenants et les aboutissants. Mais, à la rigueur, ce n'est pas le plus important. L'important, finalement, c'est de se rendre compte qu'on s'est laissé prendre par cette langue que Serge Scotto distille avec un plaisir évident. Ce Poulpe n'est pas pour lui l'opportunité de se livrer à un exercice de style, mais de renouer avec la simple délectation de raconter une histoire et de donner la part belle à la ville de Marseille, de nous faire toucher du doigt des personnages forcément délicieux, de nous dire que "dans les moments d'émotion, [il a] tendance à [se] répéter. Ça ne se fait guère en littérature, mais dans la réalité on s'en fout.", et de nous rappeler qu'il a écrit un bouquin pas mal du tout - Nous serons les rois de Marseille - avec trois points de suspension aux clins d'yeux multiples, le titre étant épuisé à ce jour...

C'est drôle, enjoué, grave aussi et humain. A l'image d'un Poulpe qui fait plaisir de voir revenir.

25/02/2009

Naissance d'un cadavre

Et voilà ! Je n'ai pas maintenu le cap que je m'étais fixé en me lançant dans ce blog. A savoir ne parler que des livres que j'aurais lu, évoquer mes impressions de lecture, donner la parole aux auteurs... Mais j'ai failli. J'ai été obligé d'effectuer un atterrissage forcé dans une contrée inconnue à vous donner froid dans le dos... A ce que j'ai compris, il y est aussi question de littérature mais je serais bien en peine de vous dire ce qu'il en est exactement. En me relevant de cette chute éprouvante, j'ai trouvé un billet à terre susceptible de me mettre sur la voie. Peut-être serez-vous à même d'y voir plus clair que moi, qui suis encore déboussolé. Je vous livre le message tel qu'il m'est apparu:


La Médiathèque André Malraux est heureuse de vous faire part
de la naissance de son premier
CADAVRE EXQUIS.

Mais le nouveau-né ne pèse encore que trois misérables épisodes
et demande à être alimenté de toute urgence sous peine
de voir sa
– courte – vie remise en cause.

Cela se passe sur le port
ail de la MAM :
http://www.mediatheque-beziers-agglo.org


et la date limite de retour de l'épisode 4 est
le
mardi 10 mars 2009 9h59
à l'adresse suivante :
cadavreexquis@beziers-agglo.org


Si le cœur vous en dit, lancez vous dans l'aventure ! A ce que j'ai compris, tout le monde (!) peut faire en sorte que ce cadavre grandisse et... prenne du poids. En ce qui me concerne, il me reste de la route à faire pour retrouver ma chronique à venir. Mais j'ai bon espoir. Je crois avoir retrouvé le chemin.


20/02/2009

Quelques questions à... Grégoire Hervier

Rassurez-vous ! Tous les commentaires que vous pourriez faire à l'écoute de cette interview menée par Calamity Jane ne seront pas enregistrés, et personne, ô grand personne, ne remontera jusqu'à vous pour avoir plus que tendu l'oreille aux propos de Grégoire Hervier. Alors n'hésitez pas à vous y plonger, et si vous voulez même prolonger cette immersion dans Zen City, laissez vous guider dans la description du site effectuée par Gentille Pestouille. Voilà, par contre, si vous voulez bien vous déplacer un petit peu sur la gauche vous êtes un peu à contre-jou....mais non, je ne vous vois pas....Personne ne vous voit. Allez, tous à vos clics !



tilidom.com

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17/02/2009

Peindre au noir / Russell James

Suite au décès de l'un de ses plus proches amis, Sidonie Keene, 85 ans, une femme au panache avéré et à la personnalité bien trempée, se fait un devoir de se rendre aux funérailles. C'est l'occasion rêvée pour Hugo Gottfliesh, un marchand d'art sans scrupules. Il envoie l'un de ses sbires , Ticky, fouiller la maison de la la vieille femme afin de confirmer ses soupçons. Il est en effet persuadé que Sidonie possède encore des tableaux de sa défunte sœur, Naomie Keene, dont l'apparition régulière de toiles sur le marché n'a eu de cesse de faire grimper sa cote. Cette intrusion marquera le début des confessions de la vieille femme, de ce que fut sa vie mondaine dand les années trente en Angleterre et de ses voyages fréquents en Allemagne.

Une nouvelle fois, le Mal incarné par le régime nazi s'invite dans le polar. Du déjà vu apparemment, d'autant qu'il est ici question d'art et de ténébreux secrets que d'aucuns auraient tout intérêt à laisser enfouis. Seulement Russell James aborde sa plongée dans l'Histoire d'une manière tout à fait surprenante, voire dérangeante au premier abord. Il apporte un éclairage nouveau sur certains aspects historiques de l'entre-deux guerres, méconnus, en ce qui me concernait : l'adhésion aux thèses fascistes par toute une partie d'européens encore ébranlés par les ravages de la crise de 29, et admiratifs en quelque sorte de la renaissance de l'Allemagne dans un contexte encore plus ardu.

En donnant la parole à une vieille femme partageant les thèses fascistes, Russell James cherche à ébranler le lecteur (cela fonctionne à merveille) mais en dehors de toute adhésion à l'ensemble des propos de Sidonie, il tend à montrer que le Mal n'était en aucun cas perpétré ni partagé par des monstres, des êtres assoiffés de sang et de revanche coûte que coûte, mais bel et bien par des êtres humains ancrés dans une époque bouleversée, ce qui lui a conféré un poids d'autant plus redoutable.

Néanmoins, c'est à travers ces focus récurrents et cette mise en garde implicite - personne n'est à l'abri - que l'histoire a sombré en cours de route. Elle n'est plus parvenue ensuite à se remettre à flot, pas même avec ses personnages pourtant délicieux et une fin trop vite prévisible.

"Il nous offre un roman noir d'une exceptionnelle tenue, un portrait dense et documenté de la figure du Mal dans toutes ses ambiguïtés.", mentionne la quatrième de couverture. "Documenté". C'est exactement cela. A un point tel que j'ai vraiment eu l'impression que partie documentée et partie fictionnelle ont évolué en parrallèle sans jamais parvenir à se confondre tout à fait, ne permettant pas à ce polar d'accéder au rang de "roman noir exceptionnel".

Intéressant et instructif, certes, mais souvent redondant, Peindre au noir, ne sera jamais parvenu à faire baisser mon désintérêt grandissant.

Peindre au noir, Russell James, traduit de l'anglais par Corinne Julve, Fayard (Fayard noir), 458 p.

13/02/2009

La Fin du monde / Fabrice Colin

La fin du monde, donc. Le titre est déjà suffisamment évocateur, la couverture aussi. Dans un futur proche, trsè proche, les chinois ont franchi le point de non retour, sans que l'on en connaisse les raisons exactes, mais peu importe, le fait est là, ils ont envoyé une bombe nucléaire sur les Etats-Unis. L'escalade est amorcée, répliques à l'appui. Quatre adolescents répartis sur le globe, dont les fils de leur histoire personnelle vont se croiser, assistent à la dégénerescence du monde. Leur seule chance de survie réside dans l'existence d'une base secrète située au Groënland vers laquelle ils vont tenter de converger.

Une simple et brève projection dans le futur. Presque une uchronie en temps réel.

...Et si...

Cela suffit en tout cas pour offrir un récit sans concession, un roman choc, coup de poing, d'une dureté âpre. Un roman qui ébranle par la force de son thème, de ses images, de ses situations, des émotions qu'il véhicule. En ce sens, le périple du jeune chinois, Xian, est bouleversant par bien des apects. Que l'on soit adolescent - le public visé en priorité par la collection - ou moins jeune, nul n'est épargné.

Il n'y a aucune place à l'espoir dans ce livre là, ou si peu. On l'anticipe néanmoins pour la suite qui lui sera donné (parenthèse pour dire que j'aurais préféré avoir toute l'histoire en main plutôt que ce roman trop bref, en fin de compte.), sans être sûr pour autant que ce soit là l'intention de Fabrice Colin. En tout cas, s'il voulait frapper un grand coup, c'est réussi.

CITRIQ La Fin du monde, Fabrice Colin, Mango (Autres Mondes), 2009, 200 p.

08/02/2009

Quelques questions à... Alfred Boudry et Edwin Hill

Il y a quelque temps, je vous avais parlé d’un OLMOepcNI, en la parution de la Bibliothèque Nomédienne aux éditions de l'Atalante. Et l’opportunité m’a été donné de prendre le micro pour le Zinc - l’émission que je ne devrais plus vous présenter - afin d’interviewer Alfred Boudry et l’un des gaillards d’avant, Edwin Hill. Fort heureusement, j’étais accompagné par Marie-Pierre Soriano, alias Calamity Jane, pour m’épauler dans cette première expérience radiophonique… Quand je vous disais que le voyage continuait !


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