Les romans construits sur la base de deux ou plusieurs récits qui finissent par se croiser ne sont pas rares. C'est notamment le cas pour ce dernier ouvrage de Romain Slocombe, hormis que le procédé va bien au-delà d'un simple "ah, c'était donc ça !" de la part du lecteur. En l'occurrence, la manoeuvre est plus complexe, ou tout au moins plus subtile. Car nous avons effectivement deux lignes narratives qui évoluent en parallèle, deux récits aux couleurs diamétralement opposées et qui, une fois combinées laissent alors la place à une nouvelle ligne romanesque, unique celle-ci, dont la teinte ainsi obtenue ne manque pas d'intérêt, bien au contraire.26/10/2008
L'Océan de la stérilité. Tome 1, Lolita complex / Romain Slocombe
Les romans construits sur la base de deux ou plusieurs récits qui finissent par se croiser ne sont pas rares. C'est notamment le cas pour ce dernier ouvrage de Romain Slocombe, hormis que le procédé va bien au-delà d'un simple "ah, c'était donc ça !" de la part du lecteur. En l'occurrence, la manoeuvre est plus complexe, ou tout au moins plus subtile. Car nous avons effectivement deux lignes narratives qui évoluent en parallèle, deux récits aux couleurs diamétralement opposées et qui, une fois combinées laissent alors la place à une nouvelle ligne romanesque, unique celle-ci, dont la teinte ainsi obtenue ne manque pas d'intérêt, bien au contraire.22/10/2008
Quelques questions à...Joseph Incardona
Amis internautes bonsoir et bienvenue sur notre fréquence à bord du zin...Ah, non, c'est vrai ! Nous ne sommes pas dans le studio d'une radio et on ne s'improvise pas animateur, comme ça en claquant simplement des doigts. Heureusement, il existe pour cela des virtuoses des ondes comme Marie-Pierre Soriano, avec qui j'ai eu le plaisir immense de préparer l'interview qui va suivre. Il y a peu de temps, je vous avais fait part de mon engouement pour le livre Remington de Jospeh incardona. Et c'est donc sans nous forcer que nous l'avons interviewé. Par ailleurs c'est un très grand honneur pour moi d'inaugurer la nouvelle rubrique du blog : « Quelques questions à... », avec cet auteur. Mais surtout, surtout, je vous recommande d'aller l'écouter au bord du zinc, ça vaut le coup d'oreille ! La première diffusion a lieu aujourd'hui, mercredi 22 octobre à 18 heures sur radio grille ouverte, puis le vendredi suivant à 14 heures sur radio divergence et à 20 heures sur radioclapas. Et si vous avez raté ces diffusions, vous pourrez toujours écouter l'émission dimanche à 17 heures sur n'importe laquelle de ces radios...
Incardona : Euh…Eh bien dans un premier temps je voulais devenir journaliste. Donc j’ai fini l’université et puis j’ai été engagé ici, à Genève, dans un journal qui s’appelle Le Courrier. J’ai commencé comme stagiaire pigiste, et puis ça a été la catastrophe, en fait. Rapidement…enfin, je restais le soir, longtemps, pour reprendre mes articles, etc. Le rédacteur me barrait tout en rouge et voilà, et puis un jour il me dit : « faudrait peut-être trouver autre chose ». Et en fait, voilà, c’est là que j’ai compris que c’était pas tellement… c’ était plus que le journalisme, c’était l’écriture, l’écriture qui m’intéressait. Et en fait j’avais pas suffisamment…enfin j’étais déjà en train de raconter des histoires.JI : Ben je dirais que c’est un livre charnière. C’est à dire que … y’a une maturité qui arrive petit à petit. Et je crois que il y a certains thèmes aussi qui ont été un petit peu disséminés soit dans les recueils de nouvelles, soit dans les romans précédents, et puis une réelle affirmation, on va dire, d’un genre surtout, parce que avant, je crois que mes deux précédents romans, on les avait qualifiés de « grise ». C’était pas complètement de la blanche, pas complètement du noir. Et en fait, ça faisait un moment que ça mûrissait et Patrick Raynal était un petit peu… enfin me suivait, avait suivi le précédent roman et puis petit à petit ça a mûri. Et puis je crois que déjà les recueils de nouvelles aussi ont clairement été vendus dans les librairies plutôt comme des recueils de noir. Et puis je crois que, voilà, j’ai vraiment trouvé mon genre, ma voie, ma voie avec « e » et avec « x »,hein. Et puis voilà, maintenant le style s’affine. On n’a jamais fini d’apprendre, de peaufiner, et puis de progresser, en fait.
JI : Ah oui ! Mais moi je pense que le roman noir, bon c’est peut-être un peu banal de dire ça, mais c’est ce qui se rapproche le plus du roman social. Ce qui définirait la noire, ce serait on va dire peut-être, à mon avis hein, un sens de la tragédie et puis bon bien sûr une atmosphère et puis…ce qui la différencie du polar où c’est plutôt une enquête avec un policier, un agent d’assurance, un journaliste… La noire est plutôt liée à l’idée de tragédie. Et puis je pense que effectivement depuis Léo Malet… Chandler… enfin bref, c’est quelque chose qui à mon avis est proche du roman social, effectivement. C’est une façon de bien faire ressortir certains malaises de société, enfin, certains problèmes. Je pense que c’est une bonne manière d’ouvrir la voie pour ça effectivement.
MPS : Alors pour rentrer plus dans Remington, le personnage de Matteo s’inspire de faits divers pour alimenter son écriture. Vous, en tant qu’auteur, vous les avez inclus ces faits divers dans la lecture en surnombre, et cela finit par la rendre de plus en plus banale. Est-ce là votre manière de mettre en lumière l’individualisme, l’égocentrisme qui sont en croissance exponentielle dans nos sociétés ?
JI : Mes références de travail ? C’est à dire la manière dont je travaille où… ?
MPS : Tout à fait oui. J’irais même jusqu’à dire que Matteo est un amoureux des mots justes, de l’économie d’énergie, d’adjectifs et d’adverbes, et ce, pour aller à l’essentiel, enfin c’est ce que moi j’ai compris…êtes-vous vous-même un auteur sensible à la musique des mots ou est-ce bien là votre manière de boxer avec les mots et la vérité ?
JI : Oh, je crois que c’est un peu les deux. C’est un peu les deux.. C’est à dire que d’une…enfin y’a déjà une chose. C’est que y’a l’idée où le fond rejoint la forme et inversement. C’est à dire que, on est sur un personnage qui est timide, plutôt introverti, obsessionnel et donc l’éc
riture se doit de rejoindre, si vous voulez, le fond, de se rejoindre avec le personnage. Donc c’est une écriture plus tenue effectivement avec très peu d’adjectifs, très peu d’adverbes, c’est…je ne dirais pas que c’est du minimalisme mais on va vers quelque chose de plus épuré. Alors que peut-être si le personnage avait été plus baroque, enfin par rapport à d’autres romans que j’ai pu écrire avant, c’était un peu plus truculent on va dire. Mais là, il y a l’idée vraiment que le personnage et l’écriture ne fassent qu’un. Sans bien sûr tomber dans quelque chose de complètement désincarné ou trop sec, j’aime bien quand même qu’il y ait de la chair. Mais effectivement les derniers chapitres où il se lâche, l’écriture s’enrichit tout d’un coup parce qu’on commence à savoir qui il est, réellement.JI : Je l’aime bien. Je l’aime bien et puis je crois qu’on sent qu’il y a une, enfin bien qu’elle soit éphémère, mais dans cette petite relation qu’ils ont, enfin une relation qui n’est pas une relation intime mais une relation de travail, mais y’a vraiment quelque chose qui passe entre eux. Effectivement après, sa directrice à l’agence est une personne plutôt sèche [rires]. Et puis Elsa, Elsa effectivement elle a, elle a…
e chose et puis je peux devenir la prochaine Gavalda, la prochaine Amélie Nothomb,etc. ». Je dis prochaine parce qu’il y a essentiellement, enfin y’a 90% de femmes qui fréquentent ces ateliers d’écriture. Et voilà y’a de tout, y’a les gens qui viennent là pour passer un bon moment, y’a ceux qui …, y’a quelques hommes effectivement qui viennent pour draguer, enfin ça c’est mon expérience, c’était assez rigolo. D’autres qui viennent pour partager un moment de convivialité, ect., y’a de tout. Mais y’a effectivement, y’a parfois une réelle ambition, et puis alors cette ambition elle peut se manifester d’une manière, on va dire tendre, avec conscience, et ça se fait progressivement, et puis une ambition qui va arriver vite et puis qui n’hésite pas à marcher sur les pieds des autres. Enfin c’était quelque chose d’assez significatif, comme une espèce de revanche sur la vie, etc. Et donc ce personnage que j’ai côtoyé deux trois fois en atelier, était un peu le point de départ. Alors bon, pour revenir à votre question…c’est pas de chance on va dire sur ce bouquin, par rapport aux femmes [rires]. Mais en fait y’a trois figures, y’a trois figures féminines qui effectivement sont, à part celle de la comtesse on va dire, ce sont deux figures en tout cas qui ne sont pas à l’honneur comme vous dites. Y’a rien de personnel là dessous. C’est juste l’histoire aussi qui veut ça. Parfois on part… parce que c’est aussi l’incommunicabilité de Matteo avec les femmes. Un homme qui a connu peu d’expériences, qui est coincé, et puis effectivement va dans des peep-show , etc., ça aussi c’est le seul moment où il peut se…on va dire…enfin, les seules relations qu’il a en général avec les femmes parce qu’il est trop timide, etc.
19/10/2008
Le Coup du sombrero / Marc Villard
Cela fait treize ans maintenant que sont parues les premières tranches de vie d'un vrai-faux Marc Villard, et le plaisir de lecture de ces nouvelles autobiographiques tantôt douces-amères, tantôt franchement drôles, tantôt douces-amères franchement drôles, ne s'émousse pas. Cette fois-ci, comme le titre l'indique, on plonge dans l'univers du football. Hep ! Je sens déjà le regard des non aficionados s'écarter de cette chronique pour vaquer sous d'autres hospices littéraires. Restez un peu, juste un peu, vous allez voir. Car en l'espace de dix-huit nouvelles des plus ciselées, le monsieur ne fait pas que nous dévoiler sa passion pour le ballon rond, même si cette évocation se suffirait à elle-même pour ravir le lecteur. Comme à son habitude, Marc Villard s'amuse, amuse jusqu'à en devenir touchant, même si cette fois-ci, il ne se met pas toujours en scène. Sensible à la musique des mots, comme il le disait dans une récente interview que vous pouvez trouver là, Marc Villard cède de temps à autre le terrain des mots à ceux qui font le football: gloires d'antan et d'aujourd'hui, supporters, dirigeants, joueurs...
"Cinq gamins se meuvent dans la demi-pénombre, le regard aimanté à un ballon de football flambant neuf offert par la femme de l'aide sociale. Deux d'entre eux flirtent avec la perfection. Ce sont les moins bavards, la musique des sphères est dans leur tête. La balle se faufile, collée à leurs tennis."
Avec nostalgie, sans pour autant être passéiste, Marc Villard vise juste sans oublier toutefois de mettre le doigt sur les travers de ce sport mondialement reconnu, sans pour autant tomber dans des clichés éculés et stériles. Des nouvelles efficaces, donc, surtout lorsqu'il se met en scène dans une maison de retraite -La Nuit tombe ; Bolton-Tottenham ; Crampons - où son art consommé de l'insulte - Salope. Demain, j'irai vomir dans tes chaussons -, entre autres, font de ce ronchon de service, roublard et vachard, un type diablement sympathique. A l'image de ses nouvelles.
Si vous désirez en savoir un peu plus sur les autres ouvrages parus précédemment, à savoir J'aurais voulu être un type bien ; un jour je serai latin lover ; Bonjour je suis ton nouvel ami ; Elles sont folles de mon corps ; Souffrir à Saint-Germain des près...ainsi qu'à sa bibliographie, vous pouvez cliquer ici.
09/10/2008
Le Livre du temps t.1 et 2 : La Pierre sculptée ; Les Sept pièces / Guillaume Prévost
Le jour de ses 14 ans, Sam Faulkner doit se rendre à une compétition de judo. Il traîne des pieds, renâcle. A la seule idée de se faire écraser par Monk, au sens propre comme au sens figuré, ses muscles font grise mine avant l'heure. Mais par dessus tout, c'est la mystérieuse et longue absence de son père qui lui plombe le moral. Depuis la mort de sa mère dans un tragique accident, il faut dire qu'il ne le voit plus guère. C'est avec Grand'Pa et Grand'Ma qu'il passe la plupart de son temps, avec eux qu'il tisse les liens de la complicité. Le manque se fait pourtant sentir et ce jour là, Sam semble bien décidé à savoir où est passé son père. Il se rend à la librairie de livres rares que ce dernier fait vivre tant bien que mal. Alors qu'il est dans la cave à la recherche d'indices, Sam découvre un passage secret où l'attendent un livre ancien ainsi qu'une étrange pierre sculptée. Le temps d'un battement de cils, le voici tout à coup projeté sur une île menacée par...des vikings. Commence alors pour Sam un incroyable voyage dans le temps, et les époques. Les vikings, la bataille de Verdun, l'Egypte ancienne, la Renaissance, Chicago en
pleine prohibition...le périple de Sam n'est vraiment pas de tout repos. On aurait pu craindre "l'effet catalogue" du voyage dans le temps : on balaie toutes les époques, on sort la machine à clichés, les événements attendus et convenus, on y incorpore un peu d'action et ça ronronne comme une machine bien huilée. Ce n'est ici, heureusement, pas aussi simple et je dirais même que Guillaume Prévost a pour le moment évité tous les pièges inhérents à ce type d'histoires, notamment en ce qui concerne les paradoxes temporels, sur lesquels il ne s'appesantit pas ni ne s'emberlificote. Mieux, il parvient à tirer son épingle du jeu et à faire du Livre du Temps une histoire réellement captivante où tout est à sa place.
04/10/2008
Remington / Jospeh Incardona
Il y a des signes qui ne trompent pas : quand, une fois entamée une lecture, la seule perspective de faire la queue à la préfecture ou à la sécu aurait plutôt tendance à vous enchanter ; quand vous prenez rendez-vous chez un médecin réputé pour son retard légendaire ; quand les personnages du livre en question se rappellent régulièrement à vous plusieurs fois par jours ; quand dans ces occasions vous vous surprenez à élaborer des hypothèses sur leur sort à venir ; quand, enfin, vous ne cessez de parler de cette lecture autour de vous, on peut penser que vous tenez là un bon, un très bon bouquin. De ceux qui comptent indéniablement. Comme Remington.