17/02/2009

Peindre au noir / Russell James

Suite au décès de l'un de ses plus proches amis, Sidonie Keene, 85 ans, une femme au panache avéré et à la personnalité bien trempée, se fait un devoir de se rendre aux funérailles. C'est l'occasion rêvée pour Hugo Gottfliesh, un marchand d'art sans scrupules. Il envoie l'un de ses sbires , Ticky, fouiller la maison de la la vieille femme afin de confirmer ses soupçons. Il est en effet persuadé que Sidonie possède encore des tableaux de sa défunte sœur, Naomie Keene, dont l'apparition régulière de toiles sur le marché n'a eu de cesse de faire grimper sa cote. Cette intrusion marquera le début des confessions de la vieille femme, de ce que fut sa vie mondaine dand les années trente en Angleterre et de ses voyages fréquents en Allemagne.

Une nouvelle fois, le Mal incarné par le régime nazi s'invite dans le polar. Du déjà vu apparemment, d'autant qu'il est ici question d'art et de ténébreux secrets que d'aucuns auraient tout intérêt à laisser enfouis. Seulement Russell James aborde sa plongée dans l'Histoire d'une manière tout à fait surprenante, voire dérangeante au premier abord. Il apporte un éclairage nouveau sur certains aspects historiques de l'entre-deux guerres, méconnus, en ce qui me concernait : l'adhésion aux thèses fascistes par toute une partie d'européens encore ébranlés par les ravages de la crise de 29, et admiratifs en quelque sorte de la renaissance de l'Allemagne dans un contexte encore plus ardu.

En donnant la parole à une vieille femme partageant les thèses fascistes, Russell James cherche à ébranler le lecteur (cela fonctionne à merveille) mais en dehors de toute adhésion à l'ensemble des propos de Sidonie, il tend à montrer que le Mal n'était en aucun cas perpétré ni partagé par des monstres, des êtres assoiffés de sang et de revanche coûte que coûte, mais bel et bien par des êtres humains ancrés dans une époque bouleversée, ce qui lui a conféré un poids d'autant plus redoutable.

Néanmoins, c'est à travers ces focus récurrents et cette mise en garde implicite - personne n'est à l'abri - que l'histoire a sombré en cours de route. Elle n'est plus parvenue ensuite à se remettre à flot, pas même avec ses personnages pourtant délicieux et une fin trop vite prévisible.

"Il nous offre un roman noir d'une exceptionnelle tenue, un portrait dense et documenté de la figure du Mal dans toutes ses ambiguïtés.", mentionne la quatrième de couverture. "Documenté". C'est exactement cela. A un point tel que j'ai vraiment eu l'impression que partie documentée et partie fictionnelle ont évolué en parrallèle sans jamais parvenir à se confondre tout à fait, ne permettant pas à ce polar d'accéder au rang de "roman noir exceptionnel".

Intéressant et instructif, certes, mais souvent redondant, Peindre au noir, ne sera jamais parvenu à faire baisser mon désintérêt grandissant.

Peindre au noir, Russell James, traduit de l'anglais par Corinne Julve, Fayard (Fayard noir), 458 p.

13/02/2009

La Fin du monde / Fabrice Colin

La fin du monde, donc. Le titre est déjà suffisamment évocateur, la couverture aussi. Dans un futur proche, trsè proche, les chinois ont franchi le point de non retour, sans que l'on en connaisse les raisons exactes, mais peu importe, le fait est là, ils ont envoyé une bombe nucléaire sur les Etats-Unis. L'escalade est amorcée, répliques à l'appui. Quatre adolescents répartis sur le globe, dont les fils de leur histoire personnelle vont se croiser, assistent à la dégénerescence du monde. Leur seule chance de survie réside dans l'existence d'une base secrète située au Groënland vers laquelle ils vont tenter de converger.

Une simple et brève projection dans le futur. Presque une uchronie en temps réel.

...Et si...

Cela suffit en tout cas pour offrir un récit sans concession, un roman choc, coup de poing, d'une dureté âpre. Un roman qui ébranle par la force de son thème, de ses images, de ses situations, des émotions qu'il véhicule. En ce sens, le périple du jeune chinois, Xian, est bouleversant par bien des apects. Que l'on soit adolescent - le public visé en priorité par la collection - ou moins jeune, nul n'est épargné.

Il n'y a aucune place à l'espoir dans ce livre là, ou si peu. On l'anticipe néanmoins pour la suite qui lui sera donné (parenthèse pour dire que j'aurais préféré avoir toute l'histoire en main plutôt que ce roman trop bref, en fin de compte.), sans être sûr pour autant que ce soit là l'intention de Fabrice Colin. En tout cas, s'il voulait frapper un grand coup, c'est réussi.

CITRIQ La Fin du monde, Fabrice Colin, Mango (Autres Mondes), 2009, 200 p.

08/02/2009

Quelques questions à... Alfred Boudry et Edwin Hill

Il y a quelque temps, je vous avais parlé d’un OLMOepcNI, en la parution de la Bibliothèque Nomédienne aux éditions de l'Atalante. Et l’opportunité m’a été donné de prendre le micro pour le Zinc - l’émission que je ne devrais plus vous présenter - afin d’interviewer Alfred Boudry et l’un des gaillards d’avant, Edwin Hill. Fort heureusement, j’étais accompagné par Marie-Pierre Soriano, alias Calamity Jane, pour m’épauler dans cette première expérience radiophonique… Quand je vous disais que le voyage continuait !


tilidom.com

Bijoux de famille / Laurent Maréchaux

Si je vous parle d’une histoire de famille couvrant trois générations en plein 20ème siècle, vous allez naturellement vous dire qu’il s’agit là d’une immense saga, d’un bon gros pavé où action, secrets et trahisons tiennent le haut du pavé autour de personnages hauts en couleurs. Ce en quoi vous n’avez pas tout à fait tort, hormis qu’il s’agit en fait d’un roman assez court, ce que l’absence de 3D ne vous permet pas de constater ici. Ce qui est surprenant, néanmoins, c’est que parvenu à son terme, l’impression d’avoir brassé l’Histoire, traversé la première guerre mondiale, puis la seconde, celle d’Indochine, d’Algérie tout en faisant en sorte que l’on connaisse chacun des personnages, qu’ils n’aient presque aucun secret pour le lecteur, cette impression, donc, est assez confondante.

La vie des Ivanov demeurerait une succession de malentendus, pavés de bonnes intentions.

C’est en fait sur les hommes de cette famille que se porte toute l’attention. Sur Sacha d’abord, quittant sa Russie natale avec son meilleur ami pour la France afin d’y accomplir ses études, pour finir emporté par le courant de l’Histoire dans laquelle il aura un rôle important à jouer. Tout comme ce sera le cas ensuite pour Igor puis pour Léo. Tous portent en eux les stigmates de cette « malédiction des bijoux de famille », qui consiste à ne pas pouvoir rester en place, qu’il s’agisse de céder aux appels de l’Aventure ou aux charmes des femmes, qu’ils aspirent d’une certaine manière à aimer toutes. Tous, sans exception, sont soumis à la reproduction du schéma paternel, plus que familial, sans parvenir à s’en défaire : la création du lien indéfectible de l’amitié, la participation marquante dans la marche de l’Histoire, la tromperie, donc, et ce fichu orgueil qui les empêche de venir les uns à la rencontre des autres. Seul Léo cherche à reconstituer le puzzle familial, à se démarquer de cette malédiction – sans préméditation ou bravade d’aucune sorte, il est le premier à lire Libération quand les autres pliaient et repliaient le Figaro – qui le ronge, encore et toujours dans ce qu’elle a d’inéluctable et de destructeur.

On pourrait penser, à la lecture de ces quelques lignes ,que les femmes sont écartées de cette histoire. Qu’on se détrompe – même si j’entends déjà Calamity Jane sortir tromblons et colts au traitement qui leur est réservé dans ce livre –, elles aussi, à leur manière, favorisent la continuité de la malédiction et s’affirment sur l’échiquier de l’Histoire.

Avec l’air de ne pas y toucher avec une histoire où l’humour est omniprésent, Laurent Maréchaux s'attaque en fait à des sujets sensibles avec une réelle émotion. Et le moins que l’on puisse dire c’est que ça fait mouche, avec ou sans gros pavé.

Bijoux de famille, Laurent Maréchaux, Le Dilettante, 252p.

04/02/2009

Acacia. Tome 1, La Guerre du Mein / David Anthony Durham

Le royaume d'Acacia, gouverné par la famille Akaran depuis plusieurs générations, vit de sombres jours. Une attaque de grande envergure visant à le renverser est sur le point de se produire, sans que quiconque ne s'en aperçoive. Les Mein ont tout fait pour que rien ne filtre jusqu'au roi Leodan. L'heure de mettre fin au joug de la lignée Akaran a enfin sonné. Car le royaume d'Acacia, aussi florissant qu'il puisse paraître, ne tire pas sa gloire et son rayonnement dans sa capacité à fédérer les peuples ni de ses valeurs. Depuis des siècles il permet en effet le trafic d'enfants en contrepartie d'une drogue dont les Acacians sont devenus dépendants. Cette pratique, le roi Leodan était prêt à l'éradiquer mais les forces en jeu sont bien trop complexes pour y parvenir facilement. Et le temps a fini par jouer contre lui. L'assassinat dont il est victime ne lui permettra pas d'arriver à ses fins. Néanmoins, dans l'éventualité d'un tel scénario, Leodan avait prévu de séparer ses enfants pour leur assurer la survie et favoriser leur retour pour, qui sait, rétablir un ordre nouveau, plus humain.

C'est vrai que cet ouvrage avait tout pour plaire : un effet « buzz » pas mal ficelé, des critiques élogieuses qui appuyaient sur le fait que non, nous n'étions pas dans une histoire aux clichés retentissants, que l'écriture était agréable... De quoi redonner envie de lire de la fantasy à celui qui aurait subi des déceptions à répétition quand il s'agissait de renouer avec le genre.

Mais...non.

L'histoire est assez prenante dès le début, c'est vrai, on se plaît à ne pas retrouver cette lutte archi-manichéenne dont on connaît à l'avance les tenants et les aboutissants avant d'avoir tout lu. Les enfants du roi Leodan sont attachants dans ce qu'ils offrent de diversité et de profondeur. Mais j'avoue avoir été désarçonné par la longueur de l'ouvrage, et, surtout, par le nombre de points de vues narratifs adoptés qui s'imposent par la force des choses: les enfants exposés tour à tour, Hanish Mein, l'intendant du roi, sans parler de tous les autres protagonistes qui s'inscrivent dans cette histoire. Pas de quoi en perdre son latin pour autant, mais ce processus pourra en gêner certains.

Et puis, tout simplement, je crois ne plus être sensible à l'univers médiéval, aux batailles, à l'aspect stratégico-politique qui touchent à ce genre d'ouvrages.
En revanche, pour ceux qui apprécient vraiment la Fantasy, je ne doute pas qu'ils trouveront en Acacia, un livre prenant et bien fait. Ce fut par exemple le cas de Sandrine Brugot-Maillard et de Bruno Para.

28/01/2009

L'Epouvanteur. Tome 1, L'apprenti épouvanteur / Samuel Delaney ; texte lu par Thierry Wermuth

Tom est le septième fils d'un septième fils. A ce titre, il est tout destiné à devenir épouvanteur dont la lourde charge est de protéger les populations des malédictions qui les frappent, des gobelins,des spectres et autres sorcières aux intentions malfaisantes. Sa mère a tout fait pour que les pouvoirs inhérents à son rang familial, ses perceptions exacerbées, soient utilisées dans ce sens. Et effectivement, quand l'âge vient pour lui d'apprendre un métier, le voilà obligé de quitter la ferme de ses parents pour aller vivre avec Maître Grégory où, en lieu et place d'initiation l'attendent la plus effroyable des aventures.

Dans la série lecture à haute-voix dont vous trouverez le premier épisode ici, avec cette expérience avortée autour de Skully Fourbery, nous avons une fois de plus décidé de ne plus nous disputer le programme télé (pour la forme bien sûr puisque je ne la regarde pratiquement plus). Cette fois-ci, nous nous sommes fiés à une autre voix, celle de Thierry Wermuth, servie par une musique de Rémi Chaurand et Gilles Relisieux. Bien nous en a pris.

Ce qui nous a frappé d'emblée, c'est la manière dont cette voix s'est mise au service du texte, a donné tout son relief au style de l'auteur. J'avais déjà eu l'occasion d'entendre d'autres livres enregistrés auparavant où la lecture à voix haute en révélait sa pauvreté. Et dans ces cas là, ça ne loupait pas, le petit bouton avec un carré représenté dessus faisait des appels au doigt déjà démangé.

Là, non, Thierry Wermuth sert le récit sur toute sa longueur, donne de la consistance à chacun des protagonistes. De variations infimes en minimes inflexions, les personnages sont aussitôt identifiables, quelles que soient leurs intentions, leurs humeurs, ou même leur sexe. C'est d'ailleurs si subtil que l’effet en est surprenant.

Conséquence directe, nous prenions plaisir à écouter le disque lors de nos déplacements en voiture, exécutant un rapide résumé pour savoir où nous en étions restés la fois précédente. L'histoire lancée, nous n'étions plus dans un habitacle métallique mais tantôt dans une maison hantée, tantôt dans un trou habité par un spectre, ou encore dans la ferme parentale où les souvenirs affluaient irrémédiablement. Oui, on a fait un bon petit bout de chemin avec Tom tout en prenant plaisir à l’accompagner dans son parcours initiatique à nul autre pareil. Parfois, j’avoue même qu’à l’occasion de certaines sorties préméd…(mot impossible à effacer entièrement), j’avais pris un peu d’avance.
Ben quoi, fallait bien que je vous en parle !

24/01/2009

Hiver arctique / Arnaldur Indridason

Ça n'aura échappé à personne, le polar nordique a le vent en poupe. Mais si l'effet Millénium est passé par là, il n'en demeure pas moins que d'autres auteurs avaient (heureusement) déjà ouvert la voie, et favorisé ainsi la rencontre avec des pays et des cultures souvent méconnues. On pense bien sûr à Henning Mankell, Gunnar Staalesen, Jo Nesbo pour ne citer qu'eux. Sans oublier bien sûr Arnaldur Indridasson qui s'était fait connaître du grand public avec La Cité des jarres, et qui signe avec Hiver arctique, un superbe dernier ouvrage.

L'Islande. L'hiver, le froid. Un petit garçon assassiné à son retour de l'école, non loin de son appartement. Qui a bien pu poignarder ainsi un enfant que tout le monde s'accordait à dire qu'il était adorable ? Se pourrait-il qu'il s'agisse d'un crime raciste, le petit étant issu d'un père islandais et d'une mère thaïlandaise, divorcés depuis peu ? Son grand frère, dont on n'a aucune nouvelle depuis le meurtre, aurait-il un rôle à jouer dans cette tragédie? N'a t-il pas toujours eu du mal à se familiariser avec ce pays où sa mère l'a fait venir ? A moins qu'il ne soit lui-même en danger... Ce sont là toutes les questions auxquelles vont être confrontés le commissaire Erlendur et son équipe.

L'islande. L'hiver, le froid. Un petit garçon assassiné. Une affaire de femme disparue qui obnubile le détective. Le décor est campé, vous saute à la figure dès les premières pages. Et rien, absolument rien ne semble venir contribuer à éclairer la noirceur qui habite cet ouvrage. L'impact n'en est que plus fort. Comme le souligne à juste titre la quatrième de couverture, il s'agit là d'un roman réellement impressionnant. Pas forcément dans le sens où on serait enclin à le croire dans un premier temps: pas d'effets de manche, encore moins de rebondissements survoltés ou de retournements de situation à faire pâlir. Tout est en fait dans la musicalité, dans la portée de ce qui est véhiculé dans l'ensemble de ce roman et qui prend toute sa force dans une montée en puissance servie par la triste réalité qu'il dépeint.

Un impact fort, donc, qui fait tourner la tête pour la simple raison qu'il touche à une corde sensible, dénuée de tout pathos. La cause n'était pourtant pas acquise dès le départ. Non pas que le fait d'avoir fait la connaissance du commissaire Erlendur avec cette enquête m'ait gêné outre mesure. En fait, dans les premiers moments de lecture la difficulté a été de s'immerger dans la complexité de ce petit pays dont je ne connaissais absolument rien, et de me familiariser avec ses particularités géographiques ainsi que de ses codes.

Erlendur ne m'a pas non plus semblé franchement original. Je n'ai d'abord vu en lui qu'un archétype de l'inspecteur désabusé, divorcé, vivant seul et entretenant des relations plus ou moins conflictuelles avec ses enfants. Le point de vue a pourtant changé, à mesure que la montée en puissance évoquée plus tôt et la complexité du roman se sont faits jour.

Car à travers les personnages, leurs histoires personnelles, et les relations qu'ils entretiennent les uns avec les autres, le manque de communication, de dialogue et de compréhension – certaines scènes sont surprenantes dans ce qu'elles révèlent de fermeture ou de repli sur soi – Arnaldur Indridason passe au crible le phénomène de l'immigration dans son pays et de toutes les formes de violence qu'il suscite. Il fait état de ces discours simplistes et réducteurs à la peau si dure que l'on entend que trop et qui, sous couvert d'une idée de perte d'identité nationale, ne trahissent en fin de compte que la peur et la méconnaissance de l'autre.
Impressionnant, oui, vraiment.

14/01/2009

Monster / Patrick Bauwen

Paul Becker a ouvert une clinique privée dans sa ville natale, non loin de Miami. Son travail lui prend un temps considérable et sa vie de famille finit par en pâtir. Rien d’irrémédiable en soi, il compte bien traverser ces heures sombres et retrouver une vie paisible auprès de sa femme et de son fils de six ans.
Rien d’irrémédiable si, en passant la porte de sa clinique, un homme dangereux, n’avait oublié son téléphone lors d’une altercation pour le moins musclée. Car sur ce portable figurent quelques photographies inquiétantes, dont l’une d’un enfant kidnappé récemment et une autre où figure le père de Paul lui-même.
Le téléphone sonne…

Amateurs de rebondissements, vous allez être servis ! A la louche ! Jusqu’à l’indigestion…
Pourtant c’est vrai que lorsqu’on se lance dans un thriller on n’aspire presque qu’à ça, la surprise, le retournement de situation qu’on n’aurait même pas imaginé possible. Mais là trop, c’est trop. Du jamais vu en ce qui me concerne.
Alors c’est vrai, Monster se lit assez vite, c’est assez aéré pour cela et bourré de détails inutiles qu’on lit à peine et qui ressemblent farouchement à du remplissage…

Une dame d’un certain âge en tailleur-pantalon strict entre par une porte latérale et dépose un plateau avec deux tasses, des petits pots en plastique pour la crème, et un assortiment de sachets de sucre et d’édulcorants.

… et le mystère du départ est suffisamment prenant pour susciter la curiosité. Mais mis à part quelques moments vraiment excellents où le suspense est bien dosé, il faut lui reconnaître ça, on nage pour le reste entre le téléphoné et le grand-guignolesque. Ah, vous pouvez y aller, envisager toutes les combinaisons possibles, soupçonner tout le monde, à tous les coups on gagne, en quelque sorte. J’exagère si peu. Et à force de révélations, ça en devient navrant. On ose à peine y croire. Alors la fin (ah…la fin… ), c’est la petite cerise qui fait s’écrouler tout ce gâteau déjà bien instable. C’est en tout cas en la lisant que je me suis dit ou plutôt exclamé : « non mais n’importe quoi, n’importe quoi ! ». Et quand j’y repense, parce que j’ai laissé du temps entre le moment où j’ai fini ce livre et la rédaction de ce billet, quand j’y repense, c’est en particulier la fin qui me vient à l’esprit. Et je me dis toujours la même chose.

Mais il y a également un autre aspect qui m’a vraiment agacé même si ce n’est pas propre qu’à Monster. Il y a une tendance dans certains thrillers récents à faire des tueurs en série de véritables puits d’intelligence pendant les ¾ du bouquin et voilà qu’ensuite, ce ne sont tout compte fait rien de moins que des benêts en puissance. Chacun en tire les conclusions qu’il voudra mais il semble évident que cette volte-face ne sert en rien le récit, et aurait même tendance à le décrédibiliser.

Bon, une fois de plus on a cédé à la facilité – ce que ne laissait pas forcément présager l’agréable surprise du l’Oeil de Caine du même auteur - et il y de fortes chances qu’on ait notre Patrick Bauwen tous les un an, un an et demi. On ne m’en voudra pas si je ne me joins pas à cette grande liesse de la nouveauté à l’arrache.
Voyez, je n’ai pas digéré.
Et je ne suis pas le seul apparemment puisque c'est aussi le cas de Laurence.
Peggy, quant à elle, a plutôt apprécié (sauf la fin, comme quoi...)

07/01/2009

Zen City / Grégoire Hervier

Attention…Attention…. : cette chronique est garantie sans pub, si ce n’est pour le livre lui-même, et lui seul.
Garantie…?!?
Et encore, ce n’est pas vraiment de la pub, plutôt ce qu’on peut appeler l’envie de partager une lecture ma foi bien sympathique.

Une chose est sûre. Vous n’êtes pas arrivé ici en tapant « Dominique Dubois » ou « blog de Dominique Dubois » dans votre moteur de recherche, sans quoi il vous aurait fallu vous coltiner , allez, au bas chiffre, quelques milliers de liens avant de croiser mes guêtres. Dominique Dubois, c’est un peu comme Albert Dupont, François Durand ou Arthur Martin.

- Pub !
- Quoi Pub ?
- Arthur Martin, c’est de la pub !

- Non mais ça va pas non ? J’ai dit Arthur Martin comme j’aurais pu dire Dominique Dubois ou…enfin, quoi, c’était pas de la…Ah…laisse tomber.


Aussi, comment voulez-vous ? Quand on sort d’un tel bouquin, on a l’impression d’avoir pris un bain de consommation à fortes radiations. A vous écœurer d’aller faire vos courses (déjà que…) ou alors de les plier vite fait bien fait, sans avoir à subir toutes ces balises qui ne sont là rien que pour vous, vous consommateur pa(s)tenté, ciblé, examiné, disséqué, mangé à la sauce « tuvasraquermonbonhomme ».

Car c’est bien de cela que traite Zen City. De cela et de l’évolution pernicieuse de ces nouvelles technologies censées nous faciliter la vie et coller au plus près à nos attentes.

A la lecture du titre et de la quatrième de couverture, je pensais qu’il s’agissait là d’une histoire de science-fiction, dans un futur relativement éloigné où les puces RFID seraient implantées dans le corps des habitants. Pourtant, le saut dans le temps n’est pas énorme, à peine quelques années. Pas plus mal, en fait.

Dominique Dubois est ce qu’on appelle un homme moyen. Si moyen qu’il en devient presque exceptionnel pour la ville de Zen City, pour ses concepteurs en tout cas. Il devient en effet très tôt le candidat rêvé pour intégrer la ville, implantée dans des Pyrénées jusqu’alors soumises à une désertification économique… Y’a plus de saisons… Là-bas, tout est régi par le biais de la RFID : téléphones, maisons, supermarchés…habitants.

Dominique, en être moyen donc, comme il se définit lui-même, accepte sa nouvelle vie avec une certaine candeur, toujours prompt à céder à la curiosité, à la découverte et, pourquoi pas, à l’âme sœur. Il achète, achète, loue, achète, cède aux charmes des têtes de gondole. Jusqu’au jour où le drame survient.

Très franchement, on ne s’ennuie jamais dans cette lecture, riche en trouvailles et en tristes réalités, en même temps qu’elle nous renvoie à notre croustillante société dont elle se fait la satire. Une satire tragico-comique de très bon ton. Grégoire Hervier, après son savoureux Scream test, tire une fois de plus le fil de nos dérives. Il le tire doucement, très doucement, subtilement, l’air de rien et nous donne malgré tout froid dans le dos. La consommation à outrance, la pub à outrance, les effets pervers des nouvelles technologies, la perte de notre liberté individuelle à petit feu... On ose à peine l'imaginer et pourtant, on le fait sans peine aucune.

Alors sans vous y pousser - à la consommation-, croyez-moi : ce livre vaut vraiment le coup d’œil, le vôtre, acéré et critique, pour le plaisir de rencontrer ou de retrouver une plume fluide et agréable, ainsi qu’une histoire pour le moins bien faite et bien pensée. Un produit d’appellati…

Oulà…
.
A lire également l'avis de Lily et n'hésitez pas non plus à visiter le site de ZenCity.

31/12/2008

Quelques questions à... Jean-Bernard Pouy

Il s'agissait de terminer l'année en beauté. C'est je crois chose faite avec cette interview préparée conjointement par Marie-Pierre Soriano et votre humble super-héros, à laquelle a bien volontiers voulu se prêter Jean-Bernard Pouy. Je ne vais pas m'étendre avec un long discours. Je vous laisse tout simplement savourer ce moment. Sachez tout de même que ces interviews ne sont que la partie émergée d'une émission de radio riche en découvertes dont vous pourrez avoir un léger aperçu, j'ai bien dit léger, en fin de bande. C'est dire !

tilidom.com

29/12/2008

La Fraternité du Panca. Tome 2, Soeur Ynolde / Pierre Bordage

Pour sauver l'ensemble des espèces vivantes, la Fraternité du Panca se voit dans l'obligation de reconstituer une chaîne Quinte. La tâche n'est pas aisée. Le Mal est là, prêt à tous les sacrifices, tous les meurtres, pour rompre le processus qui s'est enclenché avec le départ de Frère Ewen de sa planète pour Phaïstos où, conformément aux instructions qu'il a reçu, il a remis son implant vital au maillon suivant de la chaîne.

Dans ce deuxième volume - cinq sont prévus -, on suit donc le périple de Soeur Ynolde qui tente à son tour de rallier un autre membre de la Fraternité dans le système de Tau du Kolpter. En parallèle, on assiste à celui du jeune Silf, assassin du Thanaüm, dont l'ensemble des membres ont essaimé la galaxie pour enrayer la destruction de l'humanité qui incomberait à...la Fraternité du Panca.
Dans une récente interview accordée lors des Utopiales de Nantes au site Actu Sf, Pierre Bordage faisait part de la volonté qu'il avait eu d'insuffler plus de rythme à ce deuxième volume. Pari réussi, a-t-on envie de dire car c'est vrai, on se laisse facilement emporter par le récit et ce dès, le début. Il y a moins de temps mort que dans le premier tome qui m'avait surtout épaté dans sa dernière partie où l'action couvrait un nombre étendu d'années en un seul lieu, à savoir un vaisseau spatial.

Cependant, si le rythme est là ainsi que le plaisir toujours renouvelé de se laisser prendre par l'imagination de Pierre Bordage et de son talent avéré et nullement mis en doute de conteur, j'avoue être resté sur un avis mitigé au terme de ma lecture. Pour deux raisons principales dont l'une ne tient pas forcément au livre en lui-même. Je m'explique : j'ai lu beaucoup d'ouvrages de Pierre Bordage, presque tous, et il se trouve que dans celui-ci, les personnages, leurs mécanismes de pensées et de fonctionnements m'ont semblé étonnamment familiers. Comme des schémas récurrents, des clones d'autres livres et dont les intentions, qu'elles soient bonnes ou mauvaises, me sont apparues trop tranchées et prévisibles. J'en veux pour exemple le viol à répétition perpétré par le père d'un jeune homme qu'a rencontré Ynolde dans un vaisseau spatial, scène déjà lue, d'une certaine façon, et dont la principale victime se remet toujours de son traumatisme avec une rapidité surprenante. Familiarité aussi avec Silf, le jeune assassin, naïf et emprunt au doute qui s'aguerrit bien vite . Familiarité encore avec Dhuog qui, par bien des aspects m'a rappelé Abzalon.

Et puis il y a également un aspect mièvre pour le moins surprenant chez Pierre Bordage(je sais, je sais, je reviens régulièrement – trop ?- sur ces scènes qui entachent le récit par leur manque d'intérêt qu'elles leur apportent parfois, mais bon, on ne se refait pas...) : la baignade de Dhuog où Ynolde peut apercevoir ses muscles rouler sous sa peau, la déclaration d’amour avec ce " dès le premier instant où je t’ai vue "… de trop, à mon sens, pas vraiment nécessaire.

Fort heureusement, mis à part ces déconvenues, on ne peut par ailleurs qu’être ébloui par un bestiaire exceptionnel, les mondes visités, les villes traversées, les coutumes et l’Histoire de chaque peuplade que l’on découvre en même temps que les protagonistes de cette histoire. Alors là, pour la peine, l’originalité est là, bien là et on en prend plein les mirettes, comme on dit.

A mettre également au crédit ce deuxième volume, la distance prise par rapport à ce que l’on a l’habitude de lire dans ces histoires où le manichéisme est devenu monnaie courante. Ici, si les axes sont effectivement bien distincts, il n’en reste pas moins que les personnages sont tour à tour soumis au doute, à la remise en question, et enclins au renoncement. Pour des raisons qui sont propres à chacun. Le personnage de Silf est sans doute le plus représentatif de cette nuance apportée à la lutte du Bien contre le Mal, car depuis le début, il est conditionné pour tuer, pour obéir coûte que coûte, en aveugle. Et pourtant, on ne le considère jamais véritablement comme un assassin mais comme un garçon embarqué bien malgré lui dans une odyssée qui le dépasse et dont il se tire à merveille…

Déception d’un côté, emballement d’un autre, espérons que le troisième tome saura nous surprendre avec Frère…hé, comptez pas sur moi pour vous dévoiler son identité ! Non mais…
CITRIQ

26/12/2008

Le Pays sans adultes / Ondine Khayat

Le pays sans adultes est un roman signé Ondine Khayat, édité par Anne Carrière.
J'aurais préféré me cantonner à ce genre de parole informative. Purement informative.
Slimane est un petit garçon d'une dizaine d'années.
Slimane a un grand frère Maxence, qu'il aime plus que tout au monde. Une mère qui fait le ménage dans un hôtel sur l'autoroute, et un père alcoolique, chômeur chronique et violent. Tout est là. Lui, le père, c'est le Démon.
Il aurait peut être mieux valu que Ondine Khayat se contente aussi de ce genre de parole purement informative. Mais non.
Le démon donc, castagne toute la famille. Et croyez moi, on échappe à aucun détail. Le Démon a eu lui même des parents alcooliques, la mère de Slimane, elle, est une enfant de dame de joie, abandonnée, et incapable de sortir Slimane et Maxence de l'enfer de son mari.

Là, je commençais déjà à me dire : "Ça fait pas un peu beaucoup là ?"
Mais l'auteur et son éditrice, elles n'ont pas eu l'air de partager mon avis. Alors elles sont allées chercher toutes les grosses ficelles pour faire pleurer dans les chaumières. Et sur ce coup, rien à dire, elles ont réussi à merveille.
Voilà, je vais pas vous faire un dessin, je ne vais pas non plus vous dévoiler la catharsis et la fin du roman. Après tout, il ne s'agit là que d'un point de vue. Du mien.
Je ne suis pourtant pas de celles qui pensent que se taire est la meilleure des choses. Dénoncer l'horreur, dire pour ne pas oublier, ne pas se taire pour ne pas cautionner, il ne s'agit pas là que de simples concepts pour moi.

Mais je crois humblement, et l'histoire littéraire nous l'aura montré au fil de son histoire, que cela peut se faire avec beaucoup de talent. Je crois vraiment que l'auteur quand il est doué peut parvenir à éclairer nos consciences sur TOUS les sujets. Même les plus graves, les plus injustes. Même lorsqu'il s'agit de la maltraitance des enfants. Je me souviens de Du mercure sous la langue de Sylvain Trudel qui avec un talent incroyable dépeignait l'univers hospitalier vu par un adolescent. Je me souviens du non moins génial Entre Dieu et moi c'est fini de Katarina Mazetti qui lui traitait du suicide d'une adolescente vu par sa meilleure amie. Je me souviens du splendide Les larmes de l'assassin d'Anne-laure Bondoux, qui racontait l'histoire d'un enfant sans grande chance au départ de sa vie. Je me souviens d'Anne Franck, je me souviens aussi très bien de Poil de Carotte. Je me souviens encore d'Agota Kistof avec sa trilogie Le grand cahier, Le troisième mensonge et La preuve .... je me souviens donc très bien du fait qu'avec du talent, un auteur peut nous dire, absolument tout. Même en se plaçant d'un point de vue d'enfant ou d'adolescent.

Mais je ne me souvenais pas en revanche que cela devait rimer avec pathos et artillerie lourde. Je ne me souvenais encore moins que l'auteur se devait de sortir de la réalité pour nous arracher des larmes, et de faire d'un enfant, ce qu'il n'est pas : un adulte non corrompu.

Je ne savais pas que pour parler de l'injustice de la privation d'enfance et d'insouciance, seuls les ressorts de l'abject téléthon étaient utilisables. A savoir nous montrer des enfants qui n'avaient pourtant rien demandé - pas des comme nous salis jusqu'à l'os par les compromissions - des enfants accablés par la folie et la connerie des adultes, pour titiller nos mauvaises consciences, en nous les rendant encore plus innocents qu'ils ne le sont.

Voilà. Je vous avoue ici que bien des fois au cours de ma lecture, je me suis dis "là, j'arrête". Mais pour vous en parler, je suis allée jusqu'au bout. La dernière page refermée, une seule empreinte est restée : celle de la colère. Et cette sale impression de m'être fait manipulée.
Dommage.

17/12/2008

Carbone modifié / Richard Morgan

26ème siècle. L'Humanité a conquis les étoiles, s'est implantée dans plusieurs systèmes solaires. L'immortalité est presque acquise. Presque. Il suffit de stocker sa conscience dans une pile corticale et de la transférer dans un nouveau corps.

Pour Takeshi Kovacs, ancien membre du corps d'élite des Corps Diplomatiques, mort et résurrection sont devenues monnaie courante. Mais ce n'est bien sûr jamais une partie de plaisir, loin de là. A l'heure où commence cette histoire, Takeshi Kovacs renaît pour être envoyé sur Terre, dans un corps auquel il va devoir s'habituer très vite. Sa mission consiste à démêler les fils d'une bien louche affaire : un riche magnat voudrait élucider sa propre mort, retrouver celui ou ceux qui ont voulu l'assassiner. Pas si simple quand on sait que la police a quant à elle conclu au suicide, et qu'elle n'est pas forcément dans les meilleures dispositions pour lui venir en aide.

On dit souvent que c'est avec les vieilles recettes qu'on fait les meilleurs plats...mais pas forcément les meilleurs livres. L'employeur plus que riche dont la femme va au-delà de la simple drague avec le détective engagé pour une affaire où personne n'est ou tout blanc ou tout noir, les bôites de strip-tease, les bas-fonds de la ville... Il y a comme un sentiment de déjà-vu qui flotte là-dedans. En soi, ce n'est pas cela qui est vraiment gênant. Comme ne l'est pas non plus le monde à la Blade Runner dans lequel Richard Morgan campe son décor. Celui-ci est même plutôt plaisant. Cependant plusieurs éléments attrayants, au potentiel très riche (la réincarnation, le stockage de l'esprit, de l'âme, de la personnalité (rayez ce qui vous convient) ) auraient mérité d'être plus fouillés, mieux exploités dans un contexte qui s'y prêtait vraiment. Il y avait en effet tout pour faire de Carbone modifié un très grand titre de science-fiction.

Au lieu de quoi, on assiste à une succession de scènes bourrines de chez bourrines (et encore en disant ça, j'ai encore l'impression d'être en deçà de la réalité !) qui desservent sans cesse le récit, le décridibilisent. Takeshi Kovacs pulvérise crâne sur crâne sans état d'âme, provoquant ainsi la mort véritable de ses victimes. A quoi ça sert d'être devenu quasi immortel si on peut vous ôter la vie avec une facilité aussi déconcertante ? Hein, je vous le demande ! A moins bien sûr que l'auteur n'ait voulu signifier par là qu'il ne sert à rien de courir après l'éternité de la conscience. Franchement si c'est le cas, le traitement laisse perplexe. Quoi qu'il en soit, au bout de cinquante huit têtes carbonisées (à une ou deux près, bien sûr - mais comment ai-je tenu aussi longtemps ?!?!), ça devient on ne peut plus pénible. Au point de lâcher prise en se disant que c'est bien dommage.

A ne réserver qu'aux fans d'action pure et dure qui y trouveront peut-être leur compte.

10/12/2008

La Récup' / Jean-Bernard Pouy

Et voilà, pour peu que vous leur lâchiez la bride, les héros de polars se sentent pousser des ailes. Et vas-y que je vais me battre contre moulins et autres machines à broyer du commun des mortels, et que je n'hésite pas à me mettre dans des situations pour le moins inextricables.

Tenez, Antoine, par exemple, Loulou pour les intimes, le dernier personnage en date de Jean-Bernard Pouy – à moins qu'un autre ne voit le jour ces temps-ci, on ne sait jamais avec le monsieur : j'ai ouï dire qu'il allait s'adonner à l'écriture en feuilletons, à l'ancienne... - donc Loulou, pour revenir à lui, je n'aurais vraiment pas donné cher de sa peau, et d'ailleurs, dès le début, il était pas loin de rester sur le carreau, alors que rien ne laissait présager un tel scénario. Loulou, ça fait un bail qu'il s'était rangé, qu'il ne trempait plus dans la magouille. Son métier de serrurier, il l'exécutait en toute légalité. Mais là, l'occase était trop belle. Un petit contrat qui lui permettrait de se doter d'une nouvelle machine bien huilée. De l'investissement sur le long terme. Une serrure à déjouer dans un manoir et pas moins de 10 000 euros dans la poche au bout du compte. Mais voilà, c'était trop facile justement et les russes qui l'avaient embauché reviennent sur leur contrat et laissent Loulou à moitié mort sur le quai d'une gare.

C'est alors que commencent les vrais déboires pour Loulou. Car au lieu de se terrer et de se contenter de sa survie, celui-ci, un brin naïf, chanceux et quelque peu vieillissant va jouer de sa détermination – réjouissante détermination ! - et de sa chance – ça peut toujours servir quand les balles sifflent - pour récupérer son dû.

Y'a pas à dire, Jean-Bernard Pouy n'a pas son pareil pour capter l'attention de son lecteur. Il a la gouaille, le mordant, le mors aux dents, et cette déconcertante facilité, toujours, à jouer avec les mots, à les enrober pour le meilleur et pour le pire. Et derrière tout ça, avec tout ça, aussi, on sent le plaisir que prend le monsieur à l'écriture, le soin tout particulier qu'il prend à façonner son personnage principal, à le mettre en situation, à raconter son histoire.

De même, dans ce roman noir miroir, ce qui m'a le plus charmé, quelque part, c'est cette description d'un quotidien, l'attachement évident aux gens ordinaires, au sens mélioratif du terme, à une frange de la population qui se retrouve au bord des comptoirs, dans les bistrots ou les manifs pour échanger, vivre, vibrer à l'unisson, et cette volonté, presque sensible, de toujours coller à son époque, quoi qu'il advienne, quels que soient ses défauts, ses pauvres mordus du fric adeptes de l'empapaoutage à tous les étages.

Du Pouy en grande forme, comme on l'aime.

04/12/2008

Quelques questions à.... Régis de Sà Moreira

Un nouveau petit détour à bord du Zinc ! Après avoir tour à tour dévoré Mari et femme de Régis de Sà Moreira, Marie-Pierre Soriano, Gentille Pestouille et moi-même avons eu le plaisir de l'interroger à propos de ce roman qui a été - comment dire ? - l'objet de discussions passionnées et passionnantes sur nos chères conditions respectives... Alors pour ceux qui ont déjà eu la chance de lire ce livre et ceux qui auront la chance de le lire bientôt, n'hésitez pas : embarquez à bord du zinc pour cette chaleureuse interview !


tilidom.com

> Marie-Pierre Soriano : Régis de Sà Moreira, bonjour et merci d’avoir accepté mon invitation. Alors Mari et femme c’est votre dernier roman. Comment s’inscrit-il dans votre bibliographie, finalement ?

RdSM : Alors bonjour. Mari et femme c’est mon 4ème roman. Et comment il s’inscrit ?…Le dernier était paru en 2004. Donc il s’inscrit après 4 ans de silence.[rires]

MPS : Oui, il y avait eu une alternance régulière entre les trois premiers, hein ?

RdSM : Oui, c’était tous les deux ans.

MPS :Là vous avez un peu…

RdSM : Oui, j’ai pris un peu plus de temps.[sourires].

MPS: Il a été plus long à venir ?

RdSM : Euh, voilà ouais.

MPS : D'accord. Moi j'ai trouvé que c’était un roman qui pose beaucoup de questions et qui ne prétend pas y répondre. Est-ce que vous diriez qu'il s'agit d'un message...enfin...que le message contenu dans votre roman, il porte sur l'importance de s'aimer soi ou sur l'importance de se mettre à la place de l'autre?

RdSM: Les deux à la fois. En tout cas je suis complètement d'accord avec ce que vous dites sur les questions. Moi ce qui m'intéresse vraiment, c'est de poser des questions et puis de laisser les gens se les poser ensuite, et pas forcément y apporter des réponses. Donc...en tout cas ça questionne ce domaine là, quoi, qui est le...non seulement c'est la rapport à soi et à l'autre et sur la possibilité de vivre à deux, quoi.

MPS : Alors sur ce principe là, hein, du mari qui se réveille dans le corps de sa femme et la femme dans le corps de son mari, qu'est-ce qui est le plus important ,finalement. Le corps ou l'âme? Le contenant ou le contenu?

RdSM: Oh ben...Pour le coup je suis pas sûr. Je trouve que c'est une, un peu, dans le livre en tout cas une fausse question. J'ai l'impression, enfin je m'en rends compte de plus en plus, parce que on met toujours un peu de temps à comprendre ce qu'on a fait [rires]. J'ai l'impression que c’est pas tellement ça l’important, que l’échange de base même s'il est très attrayant et qu’on entre dans le livre comme ça, peu à peu peut être qu'il devient presque un prétexte en fait, et que on le laisse un peu de coté pour vraiment suivre ce qui est plutôt l'évolution d'un couple. Enfin je sais pas si vous êtes d'accord?

MPS: Oui, si si c'est vrai.

RdSM : Ou du coup ça devient moins...heureusement d'ailleurs parce que si c'était juste ça l'idée ça serait ....

MPS :…ça serait un peu pauvre.

RdSM : Ouais. Et donc, voilà, et puis on se rend co...enfin ce que j'aimais bien, moi, ce que je trouvais chouette enfin faut pas tout dire mais, quelque part ça a pas vraiment d'importance dans quel corps ils sont, quoi. Enfin, que…que pour eux en tout cas ce qui compte c’est de continuer leur histoire. Bon ben voilà ça leur arrive, donc ils le prennent aussi, aussi bien,[sourires]en fin aussi sincèrement que possible, et ensuite de voir comment on peut s'en sortir comme ça, quoi.

MPS :Est-ce qu'au cours de l'écriture vous avez eu des problèmes avec les doutes ? Enfin est-ce que vous avez douté quant à la place laissée aux clichés, aux poncifs parce que somme toute, vous ne pouvez que malgré tout supposer ce que c'est que d'être une femme ?

RdSM:[rires!] qu'en savez-vous ? [Rires].

MPS : Ah ben. Je vais vous dire [sourires]. Je l'ai lu figurez-vous, c'est bien embêtant…

RdSM: [rires].

MPS: Avant d'interviewer, je l'ai lu et j'ai bien compris que vous ne pouvez faire que supposer.

RdSM: Ben...Imaginer, ouais, ouais. Oui , ben oui, c'était le risque, oui. Enfin moi c'est un risque que j'ai couru. Enfin, d'ailleurs je pense, aussi que ça dépend des lecteurs sur le… comment se passe la réception. Mais bon, c'est une affaire de confiance, quoi. J'ai l'impression quand on tente comme ça une aventure imaginaire de manière un peu sincère, on est obligé de se faire confiance parce que si on se met des...à se juger trop vite et à se demander de quoi ça a l'air , « est-ce que c'est pas un cliché ? », ça devient intellectuel et ce qui est intellectuel c'est souvent ennuyeux, et puis faux. Donc c'est vraiment un livre moi où j'ai dû faire beaucoup confiance à la fois à mon inconscient et puis à la..., je sais pas, à la vie.

MPS: Est-ce que pour l'écrire vous avez posé beaucoup de questions aux femmes qui vous entourent ou pas du tout ? Vous avez tout fait tout seul.

RdSM : Très peu. Mais bon moi j'ai 35 ans, donc j'ai eu l'occasion dans ma vie de....

MPS: …de croiser quelques femmes.

RdSM : Ouais des femmes avant ça . Donc même si j'étais pas toujours dans un…dans un...dans une attitude d'enquête, je me suis toujours intéressé à ce que ça pouvait être d'être l'autre, enfin en tout cas d'être une femme donc euh, je suis sûr d'en avoir posé beaucoup dans le passé. Ensuite, une fois que j'ai commencé à écrire ce livre, à savoir que je l'écrivais, c'était vraiment des choses très très précises, et d'ailleurs la plupart, je m'en suis pas servi. Je me rappelle j'ai posé pas mal de questions sur les cheveux, les coupes de cheveux, les peintures de cheveux, des choses comme ça. Où je me demandais notamment, la fréquence, combien de temps ça mettait, enfin des choses auxquelles j'avais pas forcément pensé avant, comment on se séchait les cheveux...et finalement ça apparaît très peu dans le livre. [Rires]. Donc c'est un travail qui nourrit en profondeur mais qui est pas vraiment là, en surface.

MPS: D'accord. A quelle femme auteur, ou même peut-être pas d'ailleurs, proposeriez-vous d'écrire le pendant de votre roman, mais cette fois du point de vue de la femme dans le corps du mari?

RdSM: Ah....voilà une question intéressante !

MPS : D'ailleurs, on ouvre, enfin , on pose la question aux auditeurs. Si quelqu'un est intéressé, enfin si quelqu'une est intéressée, on est preneur.

RdSM[rires] : Ben ouais c'est marrant parce qu’en plus, je me suis demandé, moi à un moment si je devrais pas le faire et tout ça, et puis je me rends compte que c'est pas…c'est beaucoup moins ma place, quoi.

MPS : Ah ben…à mon avis c'est pas possible.[sourires]

RdSM: Ouais, je vais le faire avec moins de plaisir déjà, et je pense que c'est important que y'ait du plaisir là dedans, sinon ça deviendrait très laborieux; Et puis ensuite sans doute, vous avez raison, ouais, ça serait sans doute pas possible. Et quelle femme....?

MPS: Oui. A quelle femme vous confiriez ça ?

RdSM: Je sais pas si je connais assez bien les femmes contemporaines...

MPS: Enfin même si c'était, même on va dire, un auteur, même une femme morte, pour avoir une idée.

RdSM : Y'a un écrivain que j'aime beaucoup qui s'appelle Carson McCullers. Mais bon c 'est très différent, hein . Je sais pas pourquoi je pense à elle d'un coup, là. C'est un livre qui s’appelle Le Coeur est un chasseur solitaire, qui est vraiment formidable. Mais je suis pas sûr que ça ait tellement de connexions. Je sais pas. C'est une question intéressante mais difficile.[rires]

MPS : Savez-vous que quand même après la lecture de Mari et femme, je me suis surprise à me demander plusieurs fois si certaines personnes en face de moi n'étaient pas en réalité un ou une autre enfermé(e) dans un autre corps ?

RdSM : Ah ben c'est bien.[rires]

MPS : Finalement, est-ce que tout est possible Régis de Sà Moreira?

RdSM: Ah oui, ben moi, ça c'est mon hypothèse de départ, sinon je pourrais pas écrire, en fait, je crois. Enfin, c'est... Ça veut pas dire que je fais de la science-fiction mais euh, moi c’est ça qui m'intéresse. Ma démarche à moi c'est...de, je veux dire c'est pas parce que quelque chose n'est jamais arrivé qu'il arrivera jamais, et que donc pourquoi pas ? Et si ça arrivait qu’est-ce qui se passerait ? Et...Et Je remarque que peut-être pas toujours de manière aussi évidente, mais en fait que presque tous mes livres reposent là- dessus. Et que oui, tout est possible, oui.

MPS: D'un point de vue technique à présent, j'aurais voulu savoir comment vous vous en êtes sortis avec les pronoms. Est-ce que l'absence de pronoms, très souvent utilisés, et puis dès la page 118 l'utilisation du « nous », ça, ça a un sens précis en fait ?

RdSM : Ah ben je savais pas que ça commençait page 118. Qu'est-ce qui se passe page 118?

MPS : Ah ben en fait vous vous mettez à utiliser le « nous ».

RdSM : Ça n’y est pas avant ?

MPS : Non

RdSM : Ahhhhh...

MPS : [Rires].

RdSM : Ah bon ?

MPS : Vous l'avez lu ?

RdSM :[Rires].

MPS : Est-ce que vous l'avez lu ?

RdSM : Je l'ai lu. Enfin je l'ai lu. Je sais pas si je l'ai lu en fait. Mais je l'ai beaucoup relu, ouais. Euh...C'est partie naturelle, partie travaillée, ça. Moi, chez moi c'est comme ça que je fonctionne. C’est à dire que mon travail, c'est que je fais beaucoup de, pour commencer, de roue libre, comme ça. Comme je disais un peu d'écriture pas inconsciente mais vraiment très très libre et très improvisée. Vraiment comme de l'improvisation au théâtre. Et ensuite je reviens dessus et je fais un travail presque maniaque de réécriture. Donc après y'a une part qu'on...la plus grosse part a été faite au début mais c'est ensuite de la nettoyer , quoi, un peu comme une pierre précieuse, d'enlever tout ce qui est en trop. C'est beaucoup d'enlever. Donc y'a beaucoup de choses dedans qui sont pas réfléchies, qui ont été faites...

MPS :…spontanément...

RdSM : Ouais ou…ouais spontanément mais ensuite c'est réorganisé, quoi. Mais c'est pas mathématique, ouais. D'ailleurs y'a des supers livres qui sont faits sur des schémas mathématiques. J'ai rien contre. Mais celui-là n'a pas été fait comme ça.

MPS : En parcourant les blogs sur internet qui évoquent Mari et femme je me suis aperçu
que votre roman a été lu, bizarrement, par beaucoup de femmes. Est-ce que c'est le public auquel vous vous adressiez en l'écrivant ou pas du tout?

RdSM : Non, pas du tout. Enfin pas du tout, oui, mais pas seulement quoi. Moi je m'adresse à un lecteur imaginaire qui est homme ou femme, j'en sais rien. Vraiment. Ça c'était pour chaque livre, hein , pas seulement pour celui-là. J'ai même eu un doute, un doute de dernière minute, je crois, parce que quand je l'ai envoyé à mon éditrice, donc une femme [sourires], y'avait que mon frère qui l'avait lu. Et du coup, elle a mis un peu de temps à me répondre parce qu'elle était super occupée , quelle le lisait lentement et tout ça...et y'a un moment où ben bon on sait pas, on panique enfin, voilà quoi on se dit « merde...pourquoi »…

MPS: …qu'elle dise : « ça a pas marché »…

RdSM : Et où je me suis dit je me rappelle à ce moment là « merde peut-être que ça marche pas avec une fille, en fait, peut-être que ça marche pas avec une femme et que, ok, bon mon frère ça a super bien marché, mais que je vais me rendre compte que »....et puis pas du tout en fait. Elle était en retard parce qu'elle manquait de temps et au contraire elle avait vraiment beaucoup beaucoup aimé. Donc ça c'était, c'était la bonne nouvelle, c'est qu'elle m'appelait pour les deux. Ce qui en, fait est assez logique, enfin bon, quelque part.

MPS : Oui. Est-ce que vous avez pensé au cours de l'écriture à développer...alors, je vais essayer de ne pas tout dévoiler mais, plus, la toute fin, hein, c'est un peu le choc de la fin...Est-ce que n'aurait pas été une façon d'aller carrément plus en profondeur finalement dans le mystère de ce que c'est que d'être une femme pour vous, en fait?

RdSM: De continuer le livre, vous voulez dire...dans le temps ?

MPS: Non pas le continuer parce que je trouve que c'est sa concision qui fait toute sa force. Mais au lieu de développer plus sur les moments où il va au travail, plus prendre plus de temps pour parler justement de cette grande chose qui se passe à la fin ?


RdSM : Franchement...euh...est-ce que j'y ai pensé?

MPS : Ouais. Est-ce que vous y avez pensé et est-ce que vous avez reculé, parce que là vous vous êtes dit : « non ça je peux pas », enfin, tellement vous ne savez pas finalement.[sourires]

RdSM : Eh ben non, j'y ai même pas pensé en fait. Pour moi c’est arrivé comme la fin, quoi. Je sais que ça m'est arrivé dans d'autres livres de ne pas comprendre quand est-ce qu'ils s'étaient finis, de chercher , de revenir en arrière, d'aller plus loin et tout. Tandis que là c'était très clair, quoi. Et puis surtout la dernière phrase. Enfin j'ai pas… en tout cas, j'ai pas consciemment envisagé d'aller plus loin.

MPS : D'accord. Donc Régis de Sà Moreira, on va finir cette interview par la question que je pose à tous mes invités. Alors figurez-vous que vous êtes le premier à m'avoir mis un doute sur la question. La question c'est « Régis de Sà Moreira, avez-vous la vie dont vous rêviez quand vous étiez un enfant? »

RdSM : [Rires] [silence]....euh....je sais pas. Je crois pas que je rêvais une vie quand j'étais un enfant. Désolé, ça annule un peu la question mais...

MPS : Non. Pas du tout. Je vais vous poser la question que j'ai pensé juste pour vous. Est-ce que vous avez la vie dont vous rêviez quand vous étiez une femme ?

RdSM : Rires]... oui peut-être plus, oui....[sourires]


Pour toutes les informations concernant les embarquements à bord du Zinc, c'est simple comme un clic.