27/07/2011

Captif / Neil Cross

Kenny n'en a plus pour longtemps. Il le sait. Le verdict est tombé, implacable : tumeur au cerveau. A tout casser, il en a pour six semaines. Autant dire, très peu de temps. Plutôt que de succomber à l'abattement ou à la colère, Kenny décide de dresser la liste des personnes qu'il a déçues d'une façon ou d'une autre, d'aller à leur rencontre et trouver les mots pour leur dire combien il regrette, combien il les aime, combien elles ont été importantes à ses yeux. Parmi elles, il y a Callie Barton. Callie, il l'a connue au collège, puis il l'a perdue de vue. Il demande alors à une de ses amies, inspectrice à la retraite, de retrouver sa trace. Tâche difficile car même la police s'est cassée les dents sur l'affaire Callie Barton. Celle-ci a en effet disparue de la circulation du jour au lendemain. Son mari, Jonathan a un temps été suspecté, de sérieux doutes ont pesé sur lui. Il l'avait déjà battue. Mais faute de preuves et de corps, l'affaire a été classée. Kenny, lui, est persuadé de la culpabilité de Jonathan et va tout mettre en œuvre pour le prouver, malgré le peu de temps qu'il lui reste. Et c'est justement ce temps qui lui manque, s'enfuit à toute vitesse, qui va le pousser à commettre l'irréparable, amener les deux hommes à s'affronter, se confronter dans un rapport de force pour le moins inégal et violent. Aux dépends des uns, des autres, et de ses proches en particulier...
Captif est un roman qui se lit vite et bien. Police conséquente, interligne prononcé, marges importantes. Les phrases sont courtes, basiques dans leur construction. Le sujet, verbe, complément est de rigueur. Personnellement je n'ai rien contre, c'est parfois dans la sobriété que les mots révèlent toute leur portée, qu'ils claquent, percutent, ou trouvent la voie de la justesse, quand ce n'est pas tout cela à la fois. Cela dépend du contexte. Du style, aussi. Captif a un peu manqué le coche de ce point de vue là. Peut-être justement parce que tout va trop vite, que les intentions de Kenny se révèlent - à peine - dans la précipitation. Il n'y a pas de gradation réellement perceptible dans sa colère, dans la violence de ses actes, dans l'ambivalence de sa morale, de ce qu'il pense être juste ou pas. Tout s'opère sans vraiment de nuances, ce qui a pour conséquence directe de mettre le lecteur en retrait, de couper net la voie de l'empathie. Et à un ou deux près, il en va de même pour les autres personnages, non pas qu'ils se soient révélés trop caricaturaux, mais juste sans chair et sans saveur, comme désincarnés. Neil Cross a beau leur faire exprimer la douleur, la peine, le dégoût, le désespoir, ces sentiments ne résonnent ni n'éclatent jamais en nous. Finalement, on glisse dessus comme sur ce roman qui ne devrait pas me laisser un souvenir impérissable.
Captif, Neil Cross, traduit de l'anglais (Grande-Bretagne) par Renaud Morin, Belfond (Belfond noir), 350 p.

23/07/2011

Au Fil de Cl0 - 2 - : CSU de Caroline Terrée

Un peu de jeunesse dans ce monde d'adultes …

Les policiers étant de mise sur ce blog, je reste dans la tendance en vous présentant THE série policière pour pré-ados que j'adôôôre ! Attention les yeux : voici l'équipe du CSU qui débarque...

Bon première question : qu'est-ce que le CSU ? C'est le Crime Support Unit (ou, en gros, l'Unité Anti-Crime). Qu'est-ce qu'ils font ? Euh … ben lutter contre le crime, c'est des gentils quoi ! Basés où ? Laissez-moi vous embarquer dans ce magnifique pays qu'est le Canada, et plus précisément à Vancouver, lieu de tournage de nombreuses séries comme Sanctuary, Kyle XY ou encore Supernatural... Bref, un décor de rêve pour des histoires captivantes.

Dans cette équipe, je demande en premier lieu Nick Ballard, un monsieur muscle ancien officier de la Gendarmerie Royale du Canada, un géant au grand cœur. Puis, Connie Chang, experte dans la collecte et l'analyse d'indices matériels, un détachement professionnel agrippé à un sens profond de la hiérarchie. Après, Keefe Green, le petit dernier de l'équipe, génie de l'informatique et fou du travail, pouvant enchaîner des heures en bureau ou sur le terrain sans avoir besoin de se reposer. Et pour finir, il y a Kate Kovacs.

Kate, c'est l'enquêtrice, la chef de l'équipe mais surtout la narratrice de chaque roman. Kate, c'est une intelligence hors normes, une rapidité de réflexion terrible, et un courage à toute épreuve. Mais Kate c'est aussi un passé douloureux, des émotions en pagaille et une empathie qui trouve votre cœur dès le premier chapitre. Personnage complexe et en même tant fascinant, elle nous emmène avec elle à chaque enquête, comme si nous faisions partie de son équipe.

Et celles-ci ne sont pas toujours très simples à résoudre … À la façon de 24 H Chrono, on suit l'histoire heure par heure, étape par étape, en sachant que le temps est compté. On essaye de tout faire pour retrouver une victime, un tueur, de rendre la justice … mais le passé a tendance à ressurgir, surtout au moment où on ne l'attend pas.

Ce que j'aime dans ces romans, c'est en premier lieu la façon dont l'auteur, Caroline Terrée, arrive à nous submerger dans le monde de Kate. Grâce à son écriture fluide, on plonge dès le prologue dans un nouveau monde. On vit avec la narratrice : on enquête avec elle, on souffre avec elle, on s’essouffle avec elle. On est vraiment transporté dans son univers qui n'est pas toujours facile à vivre.

Je tiens aussi à tirer mon chapeau à l'auteur pour le rythme qu'elle donne à chacun de ses romans. On est pris dans un tourbillon d'émotions, de faits qui font qu'on ne peut pas couper sa lecture au milieu du livre. Si on le commence, on est obligé de le finir dans la foulée !

Toutes ses enquêtes sont très bien menées. Et même si celles-ci sont indépendantes, je vous conseille de les lire dans l'ordre : le mystérieux passé de Kate y est peu à peu dévoilé …


Huit tomes pour huit enquêtes tous parus aux éditions Milan dans la collection Macadam :
Portée disparue ; Le Phénix ; Le Dragon rouge ; Mort blanche ; Le Prédateur ; Impact ; Sacrifices ; Équinoxe.



19/07/2011

Au Fil de Cl0 - 1- : Mini Syros Soon

Vous en avez marre de lire des romans trop gros, avec trop de pages ou trop de tomes ?!? Ça tombe bien, moi aussi ! (Désolée Mauvaise Graine, je lutte contre ton pavé de 990 pages!) Et pour cela, rien ne vaut un petit tour dans les rayons jeunesse et plus particulièrement dans la collection Mini Syros (de Syros, bien sûr!).

Plusieurs genres littéraires pour plusieurs types de lecteurs : Mini Syros « Polars », Mini Syros « Romans », Mini Syros « Paroles de Conteurs », et celui qui m'intéresse le plus... Mini Syros « Soon » !! Cette sous-collection, spécialisée dans les histoires de science-fiction, est dirigée par Denis Guiot, grand critique littéraire spécialiste de la SF mais surtout créateur de la collection « Autres Mondes » chez Mango !! Rien que ça !! Et il s'est bien entouré le Mister Guiot : Jeanne-A Debats, Ange ou encore Éric Simard signe trois des six premiers titres de la collection ! Et pour vous, et rien que pour vous, petite présentation de deux titres phares de la collec'.



Premier édité : À la poursuite des Humutes, de Carina Rozenfeld. Carina Rozenfeld pour moi c'est avant tout l'Auteur (avec un A majuscule s'il vous plaît !) de la trilogie La Quête des Livres-Monde. Alors quand je vois un autre de ses romans, je saute littéralement dessus !! À la poursuite des Humutes, c'est un peu l'histoire des X-Men... Un enfant qui vit dans un monde où les personnes différentes sont persécutées et où lui-même est différent. Un enfant terrorisé par sa propre différence et par les adultes consentants de la persécution. On y retrouve le thème de l'acceptation de soi, la peur du regard des autres mais aussi la crainte de décevoir ceux qui nous aiment …






Premier dans mon
cœur : Opération « Maurice », de Claire Gratias. Dans ce livre, Claire nous fait voyager dans le temps pour sauver un poisson rouge nommé Maurice... mais qu'est-ce que ce poisson rouge a de si important ?!? Ça vous le saurez en lisant le livre mais je peux vous dire que ce livre m'a beaucoup touchée. On y parle de regrets, de compréhension de la vie quotidienne et de la valeur des choses et gens qui nous entourent. On a tous déjà regretté des paroles, rêvé d'effacer certains de nos actes, tenté de revenir en arrière en sachant pertinemment que c'est impossible... sauf pour Noé à qui on offre une seconde chance en tentant de lui faire comprendre qu'il doit sauver Maurice ! Après ce n'est qu'une occasion à saisir : il faut juste savoir faire le bon choix...





A la poursuite des Humutes, Carina Rozenfeld, Syros (Soon), 38 p.

Opération Maurice, Claire Gratias, Syros (Soon), 41 p.


12/07/2011

Les Vestiges de l'Aube / David S. Khara

Chaque fois qu'un livre avec des vampires s'étale sur les tables des libraires comme plagistes au mois d'août sur la Côte d'Azur, je me joins aux mille et une voix qui s'élèvent tout de même en disant que jamais, ô grand jamais, on ne me prendra à lire une de ces histoires surfant sur un fond de commerce diablement rentable, comme on ne me prendra pas, non plus, à m'allonger sur un sable brûlant au milieu de mes congénères.
Et voilà. Voilà. Je pourrais mentir en prétextant que non, non, je ne savais pas, je vous assure. Je le connais même pas cet auteur, et son livre encore moins, pensez-donc. Quoi ? J'ai déjà parlé de David S. Khara ici-même? Ah, maintenant que vous le dites, oui, c'est vrai je m'en rappelle vaguement. Très bien, oui. Comment oublier ? C'était une heureuse découverte. Mais son histoire avec le vampire, là, Werner quelque chose, non ça, voyez, ça ne me dit rien. J'ai consulté plusieurs chroniques à son sujet ? Visionné des vidéos concernant sa première édition aux éditions Rivière Blanche ? J'ai commandé ces mêmes Vestiges de l'Aube pour la médiathèque ? Moi ? Moi, j'aurais fait une chose pareille ? Vous divaguez ma parole ! Même quand on ne parlait pas encore autant des vampires, je n'ai jamais été attiré par ces histoires débiles de suceurs de sang. D'ailleurs, vous ne trouvez pas ça dégoûtant, vous ? Bram Stoker, Anne Rice ?... Même pas en film, non, je vous assure. Bon, dites, ces divers points éclaircis, je peux y aller maintenant ?Vaquer à mes saines lectures ? Comment ça, non ? Que j'avoue ? Mais avouer quoi bon sang ? Que je l'ai lu ? Apprécié aussi ? Non mais là, on touche le fond, vrai... hé, pas la peine de me regarder comme ça hein, je ne suis pas du genre à avoir honte de mes lectures, non, non, non. De mauvaise foi ? Là, en revanche...
Bon. Très bien. J'allais en parler des Vestiges de l'Aube. C'est vrai, j'allais le faire. J'attendais juste de savoir comment et quand, c'est tout. Des fois, c'est pas mal d'attendre un peu, de laisser décanter, voyez. Mais là, bien sûr... si on me pousse dans mes retranchements.
Je n'ai pas été lire la première version du livre de David S. Khara pour comparer avec celle-ci. Je ne crois pas que je le ferai. Je sais que l'occasion lui a été donnée d'explorer plus avant l'ambiance et la psychologie des personnages qu'il avait créés, de fouiller tout ça, d'aller plus loin et qu'il en a profité. Ça se comprend. Quand on a écrit un premier roman, qu'on s'est investi dedans et qu'on vous propose ensuite d'exploiter toutes ses potentialités, d'en révéler d'autres facettes, il serait bizarre de ne pas en profiter.
Ce qui, je crois, donne toute la dimension de ces Vestiges de l'aube, c'est toujours chez David S. Khara, cette préoccupation de toucher à la littérature populaire. Et encore, je ne sais pas s'il s'agit d'une préoccupation où si c'est une approche naturelle. Il faudrait lui demander. Quoiqu'il en soit, ce qui me plaît à nouveau ici, c'est à la fois l'accessibilité du texte et cette façon qu'a l'auteur de jouer avec les ambiances et les codes, de tisser des morceaux d'Histoire dans la trame du récit, pour finalement, encore une fois, nous inviter à vivre une aventure digne de ce nom. Sans pour autant oublier non plus de terminer sur une note bien mystérieuse que tout amateur d'histoires à feuilleton ne manquera pas d'apprécier.
Petite précision tout de même. Mon approche pourrait laisser penser que Les vestiges de l'Aube se résume à une seule histoire de Vampire dans laquelle David S. Khara se serait amusé à déplacer le curseur des normes communément admises autour de ce thème : un pieu dans le cœur ou pas ; monstre sanguinaire ou pas ; sensible ou non à la lueur du soleil... etc, etc... En fait si ces aspects là sont effectivement abordés, la trame se situe aussi ailleurs. Les Vestiges de l'aube, si vous voulez, c'est un peu le mariage idéal du polar et du fantastique.
Hein ? Le résumé, au moins ? Ah, non je n'y avais pas pensé. A croire que chaque fois que j'évoque un livre de cet auteur, je préfère vous en laisser la surprise. Peut-être en sera-t-il de même en novembre prochain pour la sortie de « Projet Shiro », qui sait ?
Pardon ? Vous me trouvez un peu pâlot ? Ah ça, mais ça, voyez, c'est que j'ai lu Les Vestiges de l'Aube à la maison, plutôt que d'aller à la plage sur la Côte d'Az... Non, non c'est pas ce que je voulais dire, enfin vous comprenez, moi la plage tout ça c'est... c'est... de la mauvais foi, oui.
CITRIQ

09/07/2011

Le Hameau des Purs / Sonia Delzongle

Dans les polars, il est comme de bien entendu question de mystère qu'une ou plusieurs personnes auront à cœur de résoudre. Il peut en aller de leur survie, aussi font-elles en sorte, ces personnes, de tout mettre en œuvre pour venir à bout dudit mystère en évitant les écueils qui ne manqueront pas de se dresser sur leur route. Charge au lecteur de les accompagner dans leur périple, leur quête, leurs déboires, d'émettre les hypothèses les plus folles, de s'émouvoir, de frissonner avec eux, de se réjouir des étapes successives qui viendront inéluctablement lever le voile de l'incompréhension. Tout ceci est vrai tant que le livre lui-même ne devient pas à son tour l'objet d'un mystère, tant que les émotions et les ambiances qu'il n'a pas manqué de générer perdent de leur superbe pour... pour quoi, au juste ?... pour s'évaporer purement et simplement, d'un simple revers de page.

Que s'est-il donc passé de la p.300 à la p.303 dans le Hameau des Purs ? Comment a-t-on pu basculer ainsi d'un récit bien mené, qui avait jusque là su se jouer des lieux communs et autres clichés inhérents aux histoires de tueur en série, à un nanar de la dernière heure, grand-guignolesque à souhait, pétri d'invraisemblances et d'heureuses mais fâcheuses coïncidences pour la tenue du roman ? De mémoire, je n'ai jamais lu un livre qui fasse montre d'une telle dichotomie, d'un tel sabordage dans son traitement. Alors je ne sais pas, c'est peut-être moi*. Mais bon, ce serait étrange tout de même car j'ai lu le Hameau des purs sans marquer de réelle coupure, je suis passé de l'enthousiasme des deux premières parties du récit à cette dernière où tout a participé au délitement de l'ensemble, en quelques minutes à peine. Le temps de comprendre ce qui se passait. De réaliser que l'histoire s'échouait irrémédiablement en eaux profondes.

Petit retour en arrière. Le Hameau des Purs est l'objet d'un incendie dans lequel sept victimes ont péri. Audrey Grimaud, journaliste, est dépêchée sur les lieux, au cœur de cette nature sauvage et hostile qu'elle a d'ailleurs bien connu pour y avoir séjourné chez ses grands-parents, à l'occasion des vacances scolaires lorsqu'elle était enfant, puis adolescente. Son père était lui-même un Pur. Il avait été contraint de quitter la communauté en raison de son amour pour une personne n'y appartenant pas. Car les règles des Purs sont strictes, rigides. A moins d'adhérer purement et simplement à leurs préceptes, ils refusent que l'on s'immisce dans leurs affaires. Ils vivent en complète autarcie. Refusent d'avoir recours aux technologies modernes.

En plus de l'incendie et du mystère qui l'entoure, un tueur en série sévit sur la contrée depuis plusieurs années, à date fixe : l'Empailleur. A mesure qu'elle progresse dans ses investigations, Audrey semble persuadée d'être au centre de ces affaires étroitement liées.

L'Empailleur. Avec un nom pareil on se dit qu'on aura beau tremper ne serait-ce que le doigt de pied dans cette histoire, il en ressortira rouge de sang. Force est de reconnaître que ce n'est pas le cas. Car plutôt que de nous emmener directement sur les traces de l'Empailleur, Sonia Delzongle campe son personnage principal, nous le livre à la première personne, nous permettant ainsi de voir d'une manière tout à fait singulière le monde rural dans lequel elle a évolué petite, les silences et les non-dits perçus par les yeux d'une enfant. Avant l'éveil au monde des adultes où le rideau se lève sur une autre réalité, dure, âpre. Les pages défilent, le lecteur se fond dans un décor où la tension et l'angoisse deviennent palpables. Quelque part, ça m'a rappelé le film Calvaire où j'avais sans cesse oscillé entre la fascination et la répulsion. Fascination esthétique, répulsion instinctive.

Puis survient ce que l'on n'a pas vu venir. Normalement cela devrait combler le lecteur. Pour ma part j'ai été déçu, aussi déçu que lorsqu'on gravit une montagne en sachant qu'une fois en haut le spectacle vous laissera sans voix, alors qu'on se retrouve finalement face à un nuage dépressif s'étendant à perte d'horizon. D'une part, il est difficile de ne pas faire le rapprochement avec une certaine œuvre de Dennis Lehane avec laquelle le Hameau des Purs souffre de la comparaison, mais en plus, on est en plein dans la surenchère de rebondissements et autres révélations qui n'ont pas été sans me rappeler mes jeux d'enfants. Vous savez, ceux là même où on s'imagine être un héros, on meurt criblé balles et on finit tout de même par se relever en disant : « Hé non je ne suis pas mort, qu'est-ce que tu croyais ? Que je ne savais pas ce que tu mijotais ?... Tu pensais m'avoir, hein ? Mais je ne suis pas celui que tu imagines ».... Paroles suivies d'un geste théâtral où on enlève le masque qu'on a sur le visage, lequel en cache un autre... et peut-être même encore un autre... jusqu'à ce qu'on se lasse de se trouver de nouvelles identités parce que celui qui joue avec vous trouve toujours des réparties pour vous pousser dans vos retranchements... un peu comme dans le conte du Fils du tailleur de pierre. Du grand n'importe quoi qui n'amuse que nous-même. Ou qui ne nous amuse qu'un temps, malheureusement trop long dans le Hameau des Purs même si cela ne concerne que les soixante-dix dernières pages.

Au final, le mystère est gâché.

*: le copyright de cette phrase revient à l'auteur dont je suis en train d'apprendre la pièce de théâtre. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais quand on se lance dans une telle entreprise – d'apprendre une pièce, ou le texte qui nous est dévolu, on a tendance à les rebalancer dans tous les contextes. Il y en a une que je ressors très souvent d'ailleurs : « Tiens, il est neuf heures ». Petit concours express de dernière minute sans autre récompense que d'avoir la satisfaction d'avoir trouvé le premier : quel est le titre de la pièce à laquelle appartient cette dernière réplique, et quel en est l'auteur ?
Le Hameau des Purs, Sonia Delzongle, Cogito, 380 p.

Un anonyme a eu la gentillesse de me laisser un lien dans le fil des commentaires dans lequel vous pourrez découvrir d'autres avis sur ce livre. Il vous suffit de cliquer ici.

06/07/2011

Le Passage / Justin Cronin

Cher Bibliomanu, chers Bibliomaniaques
Il m’aura donc fallu plus de temps pour vous préparer une petite chronique que pour finir cet OVNI de 990 pages. Le soleil d’été n’y est pour rien. Il faut simplement du temps pour digérer une telle œuvre.
J’hésite toujours à me lancer dans la rédaction d’une critique lorsqu’un auteur a réussi à faire naître autant d’émotion en moi à la lecture !
Et pourtant, je n’ai pas été rapide. Je n’ai pas dévoré ce roman en deux jours. J’ai pris mon temps. J’ai savouré chaque chapitre, chaque retour à la ligne et chaque arrivée de nouveaux personnages.
Depuis bien longtemps, un roman de Science-Fiction ne m’avait pas porté aussi loin. La construction est complexe, l’écriture impeccable, les descriptions des lieux léchées, et que dire des personnages !!!
Les acteurs de ce roman sont vivants, attachants, dotés d’une personnalité propre. Cette impression de toujours les avoir connus et de devoir les laisser sur le bord de la route est parfois douloureuse.
Pour faire suite à la demande de sa propre fille, Justin Cronin imagine les aventures d’une jeune demoiselle qui sauve le monde. Enfin qui devrait sauver le monde parce que pour le moment nous n’avons que le premier tome entre les mains.
Le Passage est l’histoire d’hommes, de femmes survivants à des attaques sanglantes dans une Amérique post-apocalyptique.
Tout part d’une forêt bolivienne, d’un mystérieux virus, de l’abandon d’une petite fille par sa mère dans un couvent, d’une expérience scientifique sur un condamné à mort, du FBI, et d’un train… Ca vous aide ? Non, évidemment, mais il est très complexe de vous donner plus d’informations sans vous gâcher le plaisir de découvrir chaque pièce du puzzle, chaque revirement de situation par vous-même.
La seule information à donner est celle-ci : il se passe près d’un siècle entre la première partie et la moitié du roman. Lorsque vous pensez avoir déjà tout vécu, vous n’avez encore rien vu ! Vous vous dites, après quelques jours de lecture, que décidemment, ce premier tome est beaucoup beaucoup trop court.
Après pas mal de déception littéraire en cette première moitié 2011, Le Passage nous apporte une bonne bouffée d’oxygène !
Le plus dur est qu’il va falloir attendre la sortie et la traduction du second volume et qu’entre temps, Amy et les survivants vont avoir du mal à se passer de notre aide.
Bien à vous,
Mauvaise graine



01/07/2011

Le Silence pour preuve / Gianrico Carofiglio

S'il y a bien un personnage pour lequel je suis prêt à arrêter toute lecture en cours, c'est bien Guido Guerrieri. J'ai déjà eu l'occasion de dire tout le bien que je pensais de lui lors de ses premières apparitions dans Témoin involontaire et Les Yeux fermés. Naviguant sur d'autres eaux que la seule blogosphère, je n'avais pas évoqué Les Raisons du doute, roman tout aussi saisissant et touchant que les précédents, tout aussi enthousiasmant que ce dernier titre, paru il y a peu, Le Silence pour preuve.
Cette fois-ci, Guido Guerrieri, avocat pénaliste à Bari, est contacté par l'un de ses confrères. Celui-ci se trouve dans une impasse et ses clients sont désespérés. Leur fille, Manuela, a disparu corps et bien depuis bientôt six mois. Sans de nouveaux éléments concluants, la police est prête à clore définitivement l'enquête. Leur seul espoir réside donc dans Guido Guerrieri qui, à sa propre surprise, accepte de les aider en jouant de ses différents contacts et en interrogeant tour à tour les différents amis de la jeune femme, les dernières personnes à l'avoir vue vivante.
Si Guido quitte sa robe de prétoire pour endosser un habit de détective dans lequel il ne sent pas très à l'aise, il ne perd cependant rien de son attrait, de son humanité qui le rend si authentique, fort et fragile à la fois. Dans le Silence pour preuve, on suit l'enquête pas tant pour avoir le fin mot de l'histoire que pour toucher du doigt les tourments qu'elle génère en Guido, les incertitudes et les troubles qu'elle réveille en lui. Vous l'aurez compris, ce n'est pas l'action qui prime ici mais plutôt une forme d'introspection. Une introspection qui se matérialise contre le sac de boxe de Guido, sac auquel il a pris l'habitude de s'adresser dans ses joutes expiatoires, ou au cours de ses errances nocturnes dans Bari, voire même à travers les personnages qu'il côtoie : une ancienne prostituée qu'il a défendue des années plus tôt et avec laquelle il noue une réelle amitié, un inspecteur de police avec qui il a déjà eu l'occasion de travailler, ou bien même ce trafiquant et néanmoins client que Guido sait apprécier pour la franchise et l'honnêteté dont les éminents protagonistes de l'univers judiciaire dans lequel il évolue sont loin de toujours faire preuve.
Rien n'est tout blanc ou tout noir dans l'univers de Guido. Tout s'y conjugue en nuances et la nostalgie ne manque pas de s'y inviter de la plus désarmante des manières. Mais le plus impressionnant, avec cette série consacrée à Guido Guerrieri, c'est sans doute la déconcertante facilité avec laquelle Gianrico Carofiglio nous délivre la complexité de son personnage, un être en perpétuelle construction.
Vous ne me croyez pas ? Allez donc faire un tour par ici, par , ou même encore par ...
Le Silence pour preuve, Gianrico Carofiglio, traduit de l'italien par Nathalie Bauer, éditions du Seuil, 247 p.