09/07/2011

Le Hameau des Purs / Sonia Delzongle

Dans les polars, il est comme de bien entendu question de mystère qu'une ou plusieurs personnes auront à cœur de résoudre. Il peut en aller de leur survie, aussi font-elles en sorte, ces personnes, de tout mettre en œuvre pour venir à bout dudit mystère en évitant les écueils qui ne manqueront pas de se dresser sur leur route. Charge au lecteur de les accompagner dans leur périple, leur quête, leurs déboires, d'émettre les hypothèses les plus folles, de s'émouvoir, de frissonner avec eux, de se réjouir des étapes successives qui viendront inéluctablement lever le voile de l'incompréhension. Tout ceci est vrai tant que le livre lui-même ne devient pas à son tour l'objet d'un mystère, tant que les émotions et les ambiances qu'il n'a pas manqué de générer perdent de leur superbe pour... pour quoi, au juste ?... pour s'évaporer purement et simplement, d'un simple revers de page.

Que s'est-il donc passé de la p.300 à la p.303 dans le Hameau des Purs ? Comment a-t-on pu basculer ainsi d'un récit bien mené, qui avait jusque là su se jouer des lieux communs et autres clichés inhérents aux histoires de tueur en série, à un nanar de la dernière heure, grand-guignolesque à souhait, pétri d'invraisemblances et d'heureuses mais fâcheuses coïncidences pour la tenue du roman ? De mémoire, je n'ai jamais lu un livre qui fasse montre d'une telle dichotomie, d'un tel sabordage dans son traitement. Alors je ne sais pas, c'est peut-être moi*. Mais bon, ce serait étrange tout de même car j'ai lu le Hameau des purs sans marquer de réelle coupure, je suis passé de l'enthousiasme des deux premières parties du récit à cette dernière où tout a participé au délitement de l'ensemble, en quelques minutes à peine. Le temps de comprendre ce qui se passait. De réaliser que l'histoire s'échouait irrémédiablement en eaux profondes.

Petit retour en arrière. Le Hameau des Purs est l'objet d'un incendie dans lequel sept victimes ont péri. Audrey Grimaud, journaliste, est dépêchée sur les lieux, au cœur de cette nature sauvage et hostile qu'elle a d'ailleurs bien connu pour y avoir séjourné chez ses grands-parents, à l'occasion des vacances scolaires lorsqu'elle était enfant, puis adolescente. Son père était lui-même un Pur. Il avait été contraint de quitter la communauté en raison de son amour pour une personne n'y appartenant pas. Car les règles des Purs sont strictes, rigides. A moins d'adhérer purement et simplement à leurs préceptes, ils refusent que l'on s'immisce dans leurs affaires. Ils vivent en complète autarcie. Refusent d'avoir recours aux technologies modernes.

En plus de l'incendie et du mystère qui l'entoure, un tueur en série sévit sur la contrée depuis plusieurs années, à date fixe : l'Empailleur. A mesure qu'elle progresse dans ses investigations, Audrey semble persuadée d'être au centre de ces affaires étroitement liées.

L'Empailleur. Avec un nom pareil on se dit qu'on aura beau tremper ne serait-ce que le doigt de pied dans cette histoire, il en ressortira rouge de sang. Force est de reconnaître que ce n'est pas le cas. Car plutôt que de nous emmener directement sur les traces de l'Empailleur, Sonia Delzongle campe son personnage principal, nous le livre à la première personne, nous permettant ainsi de voir d'une manière tout à fait singulière le monde rural dans lequel elle a évolué petite, les silences et les non-dits perçus par les yeux d'une enfant. Avant l'éveil au monde des adultes où le rideau se lève sur une autre réalité, dure, âpre. Les pages défilent, le lecteur se fond dans un décor où la tension et l'angoisse deviennent palpables. Quelque part, ça m'a rappelé le film Calvaire où j'avais sans cesse oscillé entre la fascination et la répulsion. Fascination esthétique, répulsion instinctive.

Puis survient ce que l'on n'a pas vu venir. Normalement cela devrait combler le lecteur. Pour ma part j'ai été déçu, aussi déçu que lorsqu'on gravit une montagne en sachant qu'une fois en haut le spectacle vous laissera sans voix, alors qu'on se retrouve finalement face à un nuage dépressif s'étendant à perte d'horizon. D'une part, il est difficile de ne pas faire le rapprochement avec une certaine œuvre de Dennis Lehane avec laquelle le Hameau des Purs souffre de la comparaison, mais en plus, on est en plein dans la surenchère de rebondissements et autres révélations qui n'ont pas été sans me rappeler mes jeux d'enfants. Vous savez, ceux là même où on s'imagine être un héros, on meurt criblé balles et on finit tout de même par se relever en disant : « Hé non je ne suis pas mort, qu'est-ce que tu croyais ? Que je ne savais pas ce que tu mijotais ?... Tu pensais m'avoir, hein ? Mais je ne suis pas celui que tu imagines ».... Paroles suivies d'un geste théâtral où on enlève le masque qu'on a sur le visage, lequel en cache un autre... et peut-être même encore un autre... jusqu'à ce qu'on se lasse de se trouver de nouvelles identités parce que celui qui joue avec vous trouve toujours des réparties pour vous pousser dans vos retranchements... un peu comme dans le conte du Fils du tailleur de pierre. Du grand n'importe quoi qui n'amuse que nous-même. Ou qui ne nous amuse qu'un temps, malheureusement trop long dans le Hameau des Purs même si cela ne concerne que les soixante-dix dernières pages.

Au final, le mystère est gâché.

*: le copyright de cette phrase revient à l'auteur dont je suis en train d'apprendre la pièce de théâtre. Je ne sais pas si vous avez remarqué mais quand on se lance dans une telle entreprise – d'apprendre une pièce, ou le texte qui nous est dévolu, on a tendance à les rebalancer dans tous les contextes. Il y en a une que je ressors très souvent d'ailleurs : « Tiens, il est neuf heures ». Petit concours express de dernière minute sans autre récompense que d'avoir la satisfaction d'avoir trouvé le premier : quel est le titre de la pièce à laquelle appartient cette dernière réplique, et quel en est l'auteur ?
Le Hameau des Purs, Sonia Delzongle, Cogito, 380 p.

Un anonyme a eu la gentillesse de me laisser un lien dans le fil des commentaires dans lequel vous pourrez découvrir d'autres avis sur ce livre. Il vous suffit de cliquer ici.

10 commentaires:

Anonyme a dit…

Je ne suis pas d'accord...Pour ma part, je ne l'avais pas vu venir ce revirement et j'ai trouvé que c'était spectaculaire...

BiblioMan(u) a dit…

Bonjour,

Je dis la même chose. Je ne l'ai pas vu venir ce revirement. ça aurait pu être très bien, ce qui aurait été encore mieux c'est qu'on ait envie de relire le livre en voyant des éléments qui nous ont amené à celui-ci, comme s'ils avaient été glissé de manière subliminale. Là ce n'est pas le cas, le revirement est trop abrupt à mon sens. D'autant que l'auteur nous place (attention spoiler possible) selon un axe narratif qui n'a pas lieu d'être. Comment peut-on envisager les pensées, les désirs et les intentions d'une personne qui est morte ? Comment le meurtrier peut-il savoir tout ceci quand on sait que lui-même se trompe sur son propre sort, sur son état?... L'aspect fantasmatique ou psychotique ne m'a pas semblé du tout probant ni vraiment réaliste, surtout encore une fois, quand on fait le parallèle avec les deux premières parties du roman.

L'auteur a dit…

Là, je me dois d'intervenir suite à votre commentaire pour le moins capillotracté, super Manu (ça ne vous fait rien si je reprends à ma sauce votre propre désignation qui, je l'avoue, me fait sourire ?).
Vos explications me font sortir (pas de mes gonds, il m'en faudrait plus) mais de ma réserve...
Surtout lorsque vous évoquez la possibilité des pensées, des désirs et des intentions d'une défunte. Je n'ai pas dû bien lire mon livre, alors ! Mais je ne vois pas où ni comment tout cela apparaît. Le lecteur l'aura bien compris, il s'agit d'un leurre. Difficile d'en dire plus sous peine de déflorer cette chute que d'autres lecteurs aimeront...ou pas.
Vous parlez du meurtrier, mais il faut laisser le lecteur lire l'histoire avant. L'avez-vous bien lue, d'ailleurs ?
Quant au réalisme de l'aspect psychotique, je suis bien placée (et documentée) pour savoir qu'il peut en être ainsi.
Par ailleurs, comment pouvez-vous parler d'"axe narratif qui n'a pas lieu d'être" ? En avez-vous quelconque autorité pour définir ce qui a lieu d'être ou non dans un roman dont vous n'êtes pas l'auteur ? Même un membre de l'Académie Française ne pourrait contester cette liberté narrative qui, ici, se tient, quoique vous en pensiez.
Encore une fois, je ne vous reproche pas de ne pas avoir aimé la fin de ce roman ni de le clamer assez violemment, d'ailleurs, mais de ne pas être assez explicatif tout au long de votre chronique (dont l'introduction reste pour le moins ésotérique), on y voit à peine plus clair dans votre commentaire ci-dessus.
En tout cas, encore merci pour le buzz que votre chronique est en train de créer sur votre blog tout comme sur ma page Facebook !

BiblioMan(u) a dit…

Bon. Je constate encore une fois que les auteurs ont bien du mal à accepter les avis négatifs qui sont proférés sur leurs livres. Faut-il encore préciser que ce n'est qu'un ressenti de lecteur, que je ne fais que soulever les points qui me semblent positifs et négatifs. Mais c'est sûr c'est certainement plus simple de dire à un lecteur qu'il ne sait pas lire ou qu'il n'a pas bien lu une histoire. Pour autant vous avez raison, je suis mal placé pour dire qu'une chose a ou n'a pas lieu d'être. En fait, c'est sans doute une erreur mais je ne m'embête pas pas enrober toutes mes phrases de "à mon sens", "à mon avis"... Pour Pour le reste, loin de moi l'envie de rentrer dans des polémiques stériles ni d'entretenir un quelconque buzz. A ce propos, nous ne nous connaissons pas, alors vous ne pouvez pas savoir mais je ne cherche en aucun cas à créer un buzz ni sur mon blog, ni ailleurs. Si je lis un livre, c'est parce que j'ai envie de le lire et ensuite de faire partager le fruit de ma lecture. Pas toujours de la habile des manières, peut-être, mais c'est la mienne et je n'oblige personne à y souscrire.

Sonia Delzongle a dit…

Bon, en effet, trêve d'échanges et de polémiques stériles (dommage, d'ailleurs), puisque vous semblez faire un amalgame entre les auteurs en pensant que je fais partie de ceux qui n'acceptent pas les avis négatifs alors que je vous ai bien précisé le contraire dans mon précédent post.
Je les accepte lorsqu'elles me semblent argumentées et non pas relever du "cassage" pur et(trop) simple.
Quant au buzz, je ne vous soupçonne pas de vouloir en créer un sur votre blog (il se crée tout seul!)et je respecte vos goûts même s'ils ne sont pas en faveur de mon roman.
Très bonne continuation à vous

BiblioMan(u) a dit…

Bonne continuation à vous aussi. Et comme je vous l'avais dit, je n'hésiterai pas à venir vous voir sur un salon.

Jean-Marc a dit…

Salut l'ami.

Je l'ai lu pendant mes vacances, et je suis plutôt de ton avis, en plus négatif parce que j'ai vérifié, une fois de plus, que les thrillers ne m'intéressent guère ...
Et je trouve moi aussi le procédé final un peu facile ... Bon ce sera en ligne dans quelques jours.

BiblioMan(u) a dit…

Salut Jean-Marc !

Je viendrai lire ça de très près... là je viens d'ouvrir la page pour voir ton avis sur le Evangelisti que je connais assez mal. J'avais lu le premier tome des chroniques Eymerich, ça m'avait un peu désappointé. Je crois que je suis moi aussi en train de lâcher l'affaire avec les thrillers (la surprise n'est plus de mise), petit à petit je passe à autre chose. Je vais bientôt me plonger dans les bouquins d'Hervé Le Corre et Christian Roux (une table ronde à venir avec eux). Bon retour de vacances :O)

Anonyme a dit…

Pour ne pas avoir qu'une version (pour les visiteurs de ce blog)sur ce thriller :

http://sonia.delzongle.romanciere.over-blog.com

Sonia Delzongle a dit…

Tant qu'on parle du Hameau des Purs, en bien ou en mal (heureusement, c'est sur la majorité des blogs beaucoup plus en bien, il y en a qui reconnaissent la qualité littéraire de ce roman), cela veut dire qu'il n'est pas mort !
Alors merci quand même, Messieurs, je suis flattée par l'intérêt que vous lui portez...
Par ailleurs, je crois qu'en matière de thrillers, le temps n'est plus aux surprises, alors si c'est ce que vous attendez d'un thriller aujourd'hui, je crains que vous ne perdiez votre temps. Il y a tant d'autres critères que la "surprise" qui font un bon thriller (je pense au magnifique Seul le silence de R.J.Ellory, classique et sans surprise, mais quel régal!).
Merci à cet Anonyme qui me veut du bien...